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Marie est la Tour de David

Marie est la tour de David, couronnée de créneaux, où sont suspendus mille boucliers et toutes les armes des forts : Sicut turris David, que ædificata est cum propugnaculis ; mille clypei pendent ex ea, omnis armatura fortium (Ct IV, 4). Aussi l’Église l’appelle-t-elle ainsi : Turris Davidica, ora pro nobis : Tour de David, priez pour nous (Litan.).

Les Pères de l’Eglise reconnaissent aussi la belle et forte tour de David pour un emblème de la force et du pouvoir de la Mère de Dieu dans la protection de l’Église.

En effet, si nous la considérons de près, nous trouverons que ce n’est autre que le Saint-Esprit qui l’a tracée comme un très excellent crayon. Car si David édifie son fort et sa tour après avoir contraint le Jébuséen à se retirer, le Sauveur n’élève sa Mère en place de défense qu’après avoir foulé aux pieds l’ancien ennemi qui s’était emparé du monde. Si David emploie tout ce que l’industrie humaine peut apporter pour rendre un ouvrage parfait, contemplons l’admirable soin du Sauveur du monde à rendre la sainte Vierge la merveille et la forteresse de l’univers. Si David met sa tour en vue pour être remarquée de très-loin, le Sauveur monte sa Mère si haut qu’elle peut être aperçue des anges et des hommes, et regardée de tous les endroits de la terre et du ciel. Si David fonde sa tour sur le rocher et s’étudie à la rendre très-forte pour maintenir dans le de voir tous les ennemis de son peuple, le Sauveur pose sa Mère sur les fondements des plus hautes montagnes pour découvrir de loin les ennemis de son Église et les remplir de crainte et de tremblement à sa seule vue. Si David fait de sa tour un arsenal garni de toutes sortes d’armes offensives et défensives, le Sauveur change sa Mère en une tour de protection qu’il assortit de toutes pièces nécessaires à la garde et à la défense des chrétiens. Si David trouve sa tour et sa citadelle si accomplie qu’il l’honore de son nom, et ensemble de celui de cité, l’appelant la cité de David, le Sauveur n’a pas moins fait d’honneur à sa Mère, lui donnant le glorieux titre de cité de Dieu. Enfin, si David nomme la sienne la tour des enseignements, le Sauveur a bien plus de raison de donner le même nom à sa sainte Mère ; car elle est en toute vérité la tour des enseignements, qui est assise à la vue des hauts chemins pour redresser ceux qui s’égarent, pour assurer ceux qui tiennent le bon chemin, et pour servir au monde entier de phare et de port de salut ; tour des enseignements, d’autant qu’elle contient et découvre aux siens les rares documents et les merveilles cachées de la divine Sagesse ; tour des enseignements, parce qu’il y a et il y aura toujours de quoi admirer les excellents traits de la maîtrise de Dieu qui se retrouvent en elle. Il y a bientôt deux mille ans que les esprits bienheureux la contemplent et s’étonnent de voir en elle tant de perfections, tant de grandeur, de beauté, de puissance, de bonté ; et plus ils iront en avant, plus ils y trouveront à étudier ; et nous aurons, par son secours favorable, une éternité tout entière pour contempler ces mêmes grandeurs et pour admirer une pure créature qui est capable de soutenir le monde, de s’opposer à tous les ennemis de l’Eglise et de les abattre à ses pieds (Le P. Poiré, 7ème étoile, chap. 8).

Marie, semblable à la haute et solide tour de David, voit de loin l’ennemi ; de plus, le méprise, le regarde comme s’il n’existait pas. À la vue de Marie, cet ennemi tremble, fuit, désespère de venir à bout de ses noirs desseins ; toutes ses menaces, ses malices, ses fraudes, ses projets sont renversés ; autant la vue de cette puissante Reine le fait trembler, autant elle est puissante à le repousser.

Cette formidable tour de David, dit Louis de Grenade (Sur l’Assomption de la Vierge), n’est autre chose que la Vierge, qui a été tellement fortifiée de toutes les vertus et de tous les dons du Saint-Esprit, que toutes les puissances du monde, de la chair et du démon n’ont pu ébranler une seule pierre de cette tour.

Marie, plus puissante et plus inébranlable que la solide tour de David, vend puissants et inébranlables ceux qui l’invoquent, qui la prient, qui l’aiment et surtout qui l’imitent.

Mais comparer Marie à la tour de David, ce n’est pas assez : une tour, quelque forte qu’elle soit, se ressent de la faible et impuissante main de l’homme qui l’a élevée ; elle est bientôt renversée. Marie doit être comparée aux plus hautes et aux plus fortes chaînes de montagnes, qui sont les forteresses, les tours bâties de la main de Dieu. Que peuvent les plus nombreuses armées et les plus fortes armes de destruction contre les inébranlables montagnes ? Telle est Marie.

La tour de David, dit Paul a Sancta Catharina (De B. Virg. predestinat. et nativit., lib. 1, cap. 1, sect. 4), était bâtie sur la montagne de Sion ; elle était vue de toute la ville et d’une grande distance. Ainsi l’auguste Vierge domine tous les prédestinés, représentés par la ville de David ; elle est leur force, et ils se réfugient sous sa puissante protection. Cette tour de Sion était de David, et la Vierge fut choisie et prise de la race de David pour être Mère de Dieu. Cette tour sur la montagne de Sion était la force et la défense de la ville construite tout autour, et la prédestination de la Vierge, comme une tour inexpugnable s’élève, paraît fondée dans la participation sublime des mérites de Jésus-Christ. Quoique tous les saints élèvent la construction de leur salut sur les mérites de Jésus-Christ, Marie est sans comparaison fondée plus solidement sur le Christ, montagne sainte, soit parce qu’elle a conçu le Christ en son sein, soit parce qu’elle a été toujours et inébranlablement attachée et unie à lui. De là cette tour merveilleuse, munie de toutes les armes de la grâce, a été donnée pour asile à l’Eglise entière, afin que tous les pécheurs se réfugient en ses mérites, et que par elle ils soient sauvés, et qu’ils puissent monter ensemble avec les justes jusqu’au Christ, montagne divine.

Cette tour est couronnée de créneaux : Ædificata est cum propugnaculis. Ces créneaux en Marie sont les dons des diverses grâces et vertus que Dieu lui avait préparés dès l’éternité, la choisissant pour sa Mère de préférence à toutes les autres femmes ; et, munie de toutes les grâces et de toutes les vertus, elle a renversé toutes les forces infernales. Cette admirable tour, conçue dans l’esprit de Dieu de toute éternité, a été élevée avec tout l’appareil et la solidité des vertus. Les pierres furent ses vertus, et la grâce en fut le ciment.

Mille boucliers y sont suspendus et toutes les armures des forts : Mille clypei pendent ex ea, omnis armatura fortium. Mille boucliers, c’est-à-dire le nombre innombrable des saints ; car le nombre mille est pour un nombre indéfini. Ils sont appelés boucliers suspendus à Marie, parce que, comme des boucliers, ils défendent la ville royale de l’Eglise. Ils la défendent par la science, la prédication, les miracles et l’exemple. Mais la bienheureuse Vierge est au milieu d’eux comme une tour couverte de tous côtés par la vertu du Saint-Esprit; de loin et de près, dans tous les temps et dans tous les lieux, elle a chassé tous les ennemis de l’Eglise, elle a extirpé les hérésies et a conservé entièrement toute l’Église. Mille boucliers sont suspendus à Marie, tour céleste, parce que tous les saints, par ses exemples, soit d’humilité, soit de mansuétude et de patience, ont reçu les armes des vertus, qui sont l’armure des forts, c’est-à-dire des prédestinés, que le démon ne pourra jamais arracher de la main de Jésus-Christ, parce que, appuyés sur les prières et les mérites de la bienheureuse Vierge, placés dans cette tour de Jésus-Christ, ils résistent à toutes les tentations et à tous les efforts des puissances infernales.