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Marie, notre secours pendant la vie

Il est certain, dit Suarez, que la bienheureuse Vierge prie et intercède pour nous au ciel ; cela est de foi d'après le sentiment commun de l'Église et la tradition : Est de fide ex communi sensu Ecclesiæ et traditione. Cela est principalement prouvé par les témoignages et les raisons par lesquels on a coutume en général de prouver que les saints prient pour nous. Car, si les autres intercèdent pour nous, à plus forte raison la bienheureuse Vierge le fait, elle qui, en grâce auprès de Dieu et pleine de charité en vers les hommes, surpasse tous les autres. Tous les Pères et l'Église entière sont unanimes pour proclamer cette vérité (Præfat., auæst. 37, sect. 1).

La sainte Vierge, après Dieu, est la plus élevée dans le ciel. Placée près de son divin Fils, elle nous prodigue trois puissants secours, dit saint Bernardin de Sienne (Serm. 11, cap. 3) : premièrement, elle nous dirige ; secondement, elle nous protège ; troisièmement, elle nous rafraîchit. Elle dirige en nous préparant la voie, elle protège en repoussant l'ennemi et ses attaques, elle rafraîchit en nous obtenant la grâce. Elle peut donc à juste titre s'appliquer les paroles de l'Ecclésiastique : En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité, en moi toute l'espérance de la vie et de la vertu. Venez à moi, vous tous qui me désirez avec ardeur, et remplissez-vous des fruits que je porte (Ec XXIV, 25-26).

Les yeux pleins de compassion de Marie, Mère de miséricorde, sont toujours ouverts sur nous et semblent se multiplier pour découvrir tous nos besoins, dit saint Liguori (Paraphrase du Salve, chap. 7). Cette très clémente Reine ne fait autre chose que de descendre sur la terre pour y apporter des grâces aux hommes, et remonter ensuite au ciel pour y présenter à Dieu nos requêtes. Marie ne se contente pas de veiller sur nous pour nous empêcher de tomber, elle nous surveille encore pour nous relever aussitôt que nous avons fait quelque chute. Marie est notre défense, notre gardienne, notre protectrice. Qui pourrait dire avec quelle affection elle vient à notre secours et nous préserve de mauvaises rencontres ?

Saint François de Sales fit une heureuse expérience de l'efficacité du secours de Marie. Nous lisons dans sa Vie qu'à l'âge de dix-sept ans, se trouvant à Paris où il achevait ses études, il fut affligé d'une horrible tentation de désespoir. Le Seigneur, pour l'éprouver et le rendre de plus en plus digne de son amour et de ses faveurs, permit au démon de persuader le saint jeune homme que tout ce qu'il faisait pour Dieu était inutile, puisque sa réprobation était écrite dans les décrets éternels. Dans ce même temps, Dieu, se cachant à lui, le laissa dans un état d'obscurité et de sécheresse qui le rendait insensible aux pensées les plus consolantes sur la bonté divine ; en sorte qu'au milieu de ses désolations intérieures, et tourmenté par la crainte de l'enfer, François de Sales perdit l'appétit, le sommeil, la santé, et il n'était plus qu'un objet de compassion pour tous ceux qui le voyaient. Au milieu de cette horrible tourmente, le saint n'avait d'autres pensées que des pensées de désespoir, et ne pouvait proférer que des paroles de découragement. Ainsi donc, disait-il, comme nous le lisons dans sa Vie, je serai éternellement privé de la grâce de mon Dieu, qui, au temps passé, s'était montré si aimable et si doux envers moi ! Ô amour, ô beauté à laquelle j'aurais consacré toutes mes affections, je ne dois donc m'attendre qu'à vos rigueurs ! Ô Vierge, Mère de Dieu, la plus belle des filles de la Jérusalem céleste, je ne vous verrai donc point en paradis ! Ah ! S'il ne m'est pas donné de contempler la beauté de votre visage, ne permettez pas du moins que je sois condamné à vous blasphémer et à vous maudire dans l'enfer. Tels étaient alors les tendres sentiments de ce cœur affligé et brûlant d'amour pour Dieu et pour sa sainte Mère. La tentation dura un mois ; mais enfin il plut au Seigneur de l'en délivrer, et ce fut par le moyen de Marie, à laquelle le saint avait déjà voué sa virginité. Un soir, revenant de chez lui, il entra dans une église, et vit, pendue à la muraille, une tablette sur laquelle était écrite l'oraison célèbre : Memorare, o piissima Virgo Maria, etc. Se prosternant devant l'autel de la Mère de Dieu, il récita avec ferveur cette prière, renouvela son vœu de chasteté, et promit à la Vierge de réciter tous les jours le chapelet en son honneur. Ô ma Souveraine, lui dit-il encore, soyez mon avocate auprès de votre Fils, auquel je n'ose recourir ; si je dois être assez malheureux dans l'autre monde pour ne pas aimer mon Seigneur, obtenez-moi du moins de l'aimer de tout mon pouvoir dans celui-ci. Après quoi il se jeta dans les bras de la miséricorde divine, entièrement résigné à la volonté de Dieu. Mais le fruit de sa prière ne se fit pas attendre longtemps : Marie le délivra de sa tentation ; la paix rentra dans son cœur, et avec elle la santé et la joie. Depuis lors il eut toujours la plus grande dévotion pour la sainte Vierge, et il ne cessa de recommander dans ses sermons et dans ses écrits la dévotion à Marie.

Marie ravit à l'enfer sa proie en lui arrachant les âmes qu'il tient en son pouvoir.

On sait que la palme est le symbole de la victoire ; aussi est-il dit de notre grande Reine qu'elle a été exaltée devant tous les princes du peuple, et que, du faite de sa grandeur, elle domine comme une belle palme, en signe de la victoire certaine que remportent ceux qui se placent sous sa protection. Mes enfants, nous dit Marie, quand l'ennemi vous attaque, regardez-moi et prenez courage, car en me regardant vous voyez la victoire.

Le recours à Marie est un moyen sûr de vaincre dans les tentations, dit saint Liguori (Paraphrase du Salve). Elle est terrible aux démons comme une armée rangée en bataille. Cette armée rangée en bataille, ce sont toutes ses vertus, sa puissance, sa miséricorde, ses prières qu'elle dispose, comme un sage capitaine, pour la honte de ses ennemis et la défense de ses serviteurs.

Oh ! Que Marie est redoutable au démon ! Pareil à cet ennemi dont parle Job, qui profite de l'obscurité de la nuit pour venir percer une maison, mais qui, si l'aurore le surprend, fuit plein de terreur comme devant la mort, ainsi, dit saint Bonaventure, le larron infernal fait son irruption dans une âme, à la faveur des ténèbres et de l'ignorance ; mais si la grâce et la miséricorde de Marie viennent à luire pour cette pauvre âme, c'est l'aurore qui dissipe la nuit et chasse les esprits de l'abîme. Tel est l'empire que le Seigneur lui a donné sur eux, comme nous l'apprend sainte Brigitte dans ses Révélations, que toutes les fois qu'ils osent s'attaquer à une âme qui implore le secours de la Vierge, au moindre signe d'elle, ils fuient tremblants ; car les supplices de l'enfer mille fois redoublés leur sont moins insupportables que les effets du pouvoir de Marie.

Ô Vierge glorieuse, ce n'est pas seulement votre protection, c'est votre nom seul qui fait trembler l'enfer ; ce nom redoutable est pour les démons comme un coup de tonnerre, comme l'éclat de la foudre qui renverse les mortels et leur ôte le sentiment.

Marie prête l'oreille â tous ceux qui l'appellent à leur secours, et elle les exauce.

Marie étant la femme qui, d'après la promesse de Dieu, devait écraser la tête du serpent infernal, on est toujours assuré de vaincre avec son aide tous les efforts de l'enfer.

Par Marie, on triomphe toujours du monde, des démons, de la concupiscence et de la chair, de toutes les passions et de toutes les tentations. Rien ne lui résiste, pas même Jésus-Christ, son divin Fils, dit Cornelius a Lapide (Comment. in Luc.).

Voici, choisis entre mille autres, quelques exemples frappants et vraiment miraculeux du secours, de la protection que Marie étend sur ses serviteurs.

En l’an 552, Marie rendit victorieux des Goths Narsès, général de l'empereur Justinien. Après avoir invoqué Marie, il défit, à la tête d'une poignée d'hommes, l'armée de ces barbares, très nombreuse et très forte, la tailla en pièces, et délivra l'Italie de la cruelle oppression qui pesait sur elle (Evagrii Hist. Eccles., part. 1, lib. 4, cap. 26).

Au moment où ses États, envahis par Chosroes, roi des Perses, lui échappaient, l'empereur Héraclius mit sa confiance en Marie, l'invoqua avec foi, et bientôt il battit l'ennemi et se fit rendre la vraie croix, l'an 626 (Pauli diacon. Longobard. Hist., lib. 18, et Theophan. Chronogr.).

Pélage, roi des Asturies, ayant imploré le secours de la très sainte Vierge, reconquit, en 718, sa principauté occupée par les Maures, et leur tua quatre-vingt mille hommes, y compris leur roi (Hist. Hisp. Lucæ Tudensis, Marianæ, et alior. hist. Hisp.).

L'an 867, Basile Ier, empereur de Constantinople, vainquit, avec le secours de Marie, les Sarrasins, qui insultaient Jésus-Christ et la très sainte Vierge, et il leur enleva presque toutes leurs conquêtes (Hist. eccl.).

L'an 1099, les chrétiens, ayant à leur tête Godefroy de Bouillon, enlevèrent la Terre-Sainte aux infidèles. Il était ordonné à tous ceux qui le pouvaient de réciter chaque jour le petit office de la très sainte Vierge. Leurs prières ni leurs vœux ne furent inutiles, et après plusieurs combats où ils demeurèrent victorieux, les croisés emportèrent d'assaut Jérusalem (Belli sacri hist. Gulielmi Tyrii, Baronii et aliorum hist. eccles.).

L'an 1212, Alphonse VIII, roi de Castille, se mit à la tête d'une poignée de soldats, et, précédé de la croix et d'un étendard sur lequel était peinte l'image de Marie et de son Fils, il pénétra dans le camp des Maures, et extermina près de deux cent mille d'entre eux, sans perdre lui-même plus de vingt-cinq à trente hommes. Les Espagnols célèbrent encore chaque année cette victoire par une fête qui a lieu le 16 juillet, et qui porte le nom de fête du Triomphe de la Croix (Hist. eccl.).

Le 7 octobre 1571, sous le pontificat de Pie V, une grande victoire navale fut remportée sur les Turcs, dans le golfe de Lépante, par l'invocation et le secours de la très sainte Vierge. Pour la remercier de ce témoignage de sa protection et en perpétuer la mémoire, on établit une fête lui se célèbre le jour anniversaire de ce triomphe, sous le nom de sainte Marie des Victoires.

Marie, dit Paul à Sancta Catharina (De Partu B. Mariæ Virginis, lib. 4, cap. 4, sect. 1), étant maintenant dans la gloire, purifie, éclaire et perfectionne toutes les hiérarchies des anges. En voici la raison : Si les anges supérieurs illuminent les inférieurs sur les choses qu'ils apprennent immédiatement de Dieu, à plus forte raison cet office doit appartenir à Marie, étant la Reine de tous les saints, et étant placée dans un ordre beaucoup plus élevé de dignité. Et comme il convient à un roi de faire part de ses secrets à la reine avant de les faire connaître aux autres, ainsi convient-il à Dieu, qui est l'auteur de tout ordre raisonnable, de révéler à Marie, avant tout autre, les mystères de la grâce, ayant établi Marie Reine de toute l'Église triomphante et militante.

Les anges supérieurs reçoivent immédiatement de Dieu les révélations, parce qu'ils sont plus près de lui ; mais Marie est plus rapprochée de Dieu que les anges les plus élevés de la première hiérarchie, qui sont les chérubins et les séraphins. Elle est plus près de Dieu soit sous le rapport de la grâce et de la gloire qu'elle a au-dessus d'eux, soit surtout par la proximité immense de parenté qui existe entre elle et le Fils de Dieu. Ainsi Marie est purifiée, éclairée, perfectionnée immédiatement de Dieu ; elle sait les secrets célestes, qu'elle transmet ensuite aux anges pour les purifier, les illuminer, les perfectionner. En cela n'est-elle pas d'un très grand secours pour les anges ?

Je dis, en dernier lieu, que Marie purifie, éclaire et perfectionne les fidèles. Elle est en effet la Reine de tous les fidèles ; et comme elle est la Reine la plus parfaite et la Mère des chrétiens, elle procure leur salut en les purifiant, en les illuminant, et elle agit ainsi en obtenant de son Fils pour eux les secours de la grâce actuelle, de saintes inspirations qui purifient leur âme, la délivrent de l'ignorance et de l'erreur. C'est ainsi, à la lumière de pieuses pensées, que les pécheurs se convertissent à Dieu, et, lavés de leurs péchés, ornés de vertus, avancent de plus en plus dans la perfection. Et Marie nous procure ces grâces par les anges, étant leur Souveraine, ou par les prédicateurs, ou par les confesseurs, à qui elle suggère ce qui peut engager puissamment les hommes à revenir à Dieu, exciter leur volonté à s'occuper sérieusement des choses éternelles et à mépriser les temporelles ; et elle purifie et éclaire surtout ceux qui l'invoquent, et comme elle est très-agréable à son Fils, elle ne lui demande rien qu'elle ne l'obtienne.