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Jésus et la samaritaine : Jn IV.

En jour que Jésus passait par la Samarie, près de la ville de Sichar, il se trouva épuisé du chemin qu’il avait parcouru à pieds. Il s’assit sur le bord d’un puits.

Ne nous méprenons pas, la lassitude et la fatigue de Jésus ne sont pas uniquement en son corps, elles sont surtout en son âme, en son cœur.

Jésus est Dieu, par sa science divine, Il voit clairement toutes les grâces données à chaque homme, à chaque femme. En chacun, il voit jour après jour, heure après heure, les résistances à ses grâces… C’est une vision terrible qui régulièrement l’accable profondément.

Jésus voit à chaque instant en de milliers d’âmes, la mauvaise volonté qui stérilise la grâce…

À l’approche de Sichar, il voit la samaritaine, s’approcher, il a aussitôt la connaissance de tous les recoins de son âme. « Le Seigneur est le Dieu de toute science, et qu’il pénètre le fond des pensées. » (I Sam II, 3)

Il voit son péché, sa misère, Il voit qu’elle a péché surtout par ignorance (Saint François de Sales, VIII, 309 : « la samaritaine pécha par ignorance »).

Il en ressent une grande compassion qui suscite une grande soif : la soif de toucher son cœur pour la ramener vers Dieu.

Seule avec la samaritaine près du puit de Jacob, Jésus engage la conversation de façon très aimable : Femme, « donnez-moi à boire » s’il vous plaît.

La samaritaine répond sur le vif : « Comment, vous qui êtes juif, vous me demandez à boire, à moi qui suis samaritaine ? »

Assurément, la réponse est assez piquante, assez désinvolte, irrespectueuse et désagréable ; Saint François de Sales commente : « Cette femme donc lui reproche cela, comme disant : Vous autres Juifs, tenez les Samaritains pour excommuniés ; et comment donc me demandez-vous à boire ? Elle sait bien que ce n'est pas commerce que de demander un peu d'eau, mais elle lui dit cela par reproche. » (Saint François de Sales, VII, 149, sermon pour le vendredi après le 3ème dimanche de Carême)

C’est une femme blessée qui lui parle et Jésus le sait. Jésus sait très bien pourquoi elle a ce ton assez agressif. Elle a eu cinq maris, et celui qu’elle a maintenant n’est pas son mari. (Jn IV, 16) Jésus le sait.

Cette femme n’a pas su garder un seul homme près d’elle. Les causes en sont nombreuses, Jésus les connaît toutes. Le Seigneur connait la juste mesure de ses responsabilités. Il sait bien qu’elle n’est pas entièrement responsable de son malheur. Et c’est pourquoi Jésus est plein de compassion pour cette femme. Ainsi, Il ne s’offense pas de sa réponse. Il ne lui adresse aucune correction. Jésus répond avec une exquise douceur, « Il commence à lui tirer les flèches de son divin amour. » (Saint François de Sales, VII, 150, sermon pour le vendredi après le 3ème dimanche de Carême)

« Si vous connaissiez le don de Dieu, et qui est Celui qui vous dit : Donnez-moi à boire, vous-même lui en auriez fait la demande, et il vous aurait donné de l’eau vive. » (Saint François de Sales, VII, 150, sermon pour le vendredi après le 3ème dimanche de Carême : « Celui qui te demande à boire ; c'est Celui qui est venu abreuver toutes les âmes, c'est Celui qui est venu répandre son sang pour arroser l'Eglise, c'est Celui qui est venu non appeler les justes, mais les pécheurs à la pénitence. (Lc V, 32). Si tu eusses connu et l'un et l'autre, le don du Père, et que c’est moi qui suis ce don là ; peut-être lui en eusses-tu demandé. »)

La samaritaine est touchée par cette bonté de Jésus et intriguée par cette réponse mystérieuse, elle demande : « Seigneur, vous n’avez rien pour puiser, et le puits est profond : d’où auriez-vous donc cette eau vive ? Êtes-vous plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et en a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses troupeaux ? »

Jésus répond : « Quiconque boit de cette eau aura encore soif, mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, n’aura plus jamais soif ; au contraire l’eau que je lui donnerai, deviendra en lui source d’eau jaillissant jusqu’à la vie éternelle. »

Avec sa réponse pleine de douceur, Jésus n’est plus le juif ennemi qui ose s’adresser à une samaritaine. Il est déjà reconnu comme « Seigneur ». La samaritaine par une seule parole est déjà conquise toute prête à écouter.

Quelle est cette eau que Jésus se propose de donner ? C’est une eau qui deviendra « source jaillissante jusqu’à la vie éternelle ». Cette eau, c’est sa grâce, sa vie, sa vérité, l’amour de son Sacré Cœur.

La samaritaine demande alors : « Seigneur, donnez-moi de cette eau, afin que je n’aie plus soif, et que je ne vienne plus puiser ici. » La samaritaine n’a pas compris la réponse. Jésus lui demande alors : « Allez, appelez votre mari, et venez ici. »

« Je n’ai pas de mari », dit la samaritaine. « Vous avez raison de dire : je n’ai pas de mari, car vous avez eu cinq maris, et celui que vous avez maintenant n’est pas à vous, en cela vous avez dit vrai. » (Jn IV, 16) (Saint Thomas d’Aquin, commentaire sur saint Jean, c. 4, leçon 2, n°592. Je n’ai pas de mari. et c’était vrai, car bien que précédemment elle en ait eu plusieurs, jusqu’à cinq, à présent elle n’avait pas de mari légitime, mais vivait avec quelqu’un. Aussi est-elle confondue par le Seigneur (convincitur a Domino). Jésus lui dit donc : « tu as bien dit : je n’ai pas de mari,  c’est-à-dire de mari légitime, car tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant, c’est-à-dire celui avec qui tu vis comme s’il était ton mari, n’est pas ton mari ; en cela tu as dit vrai. »)

Cette parole de Jésus est une flèche qui transperce le cœur de la samaritaine. Elle est toute confondue, déconcertée, déstabilisée, immobilisée. Elle ne pouvait prévoir une telle question, une telle réponse. Elle comprend que Jésus voit toute sa vie, tout son péché, toutes ses misères. Elle ne fait aucune contestation. Son silence est déjà une réponse. Qui ne dit mot consent. La pauvre femme en son malheur garde un silence qui à nos yeux est très parlant. C’est un de ces non-dits plus expressifs que bien des discours. C’est le silence d’une femme qui se sait dans le péché et ne peut contredire le Maître de la vérité. C’est le silence d’une femme qui souffre, mais qui n’a pas encore compris que le remède à son mal est dans le pardon de Dieu. Par son silence, elle essaye encore de cacher son déshonneur et son malheur en le déguisant.

Après quelques instants, elle fait sa confession. « Seigneur, je vois que vous êtes un prophète. » (Jn IV, 19) Confessio peccatorum, écrit saint François de Sales (Saint François de Sales, VII, 156, sermon pour le vendredi après le 3ème dimanche de Carême). C’est la confession des péchés.

David a bien écrit : « Je confesserai contre moi mon injustice au Seigneur, et vous m'avez remis l'iniquité de mon péché. » (Vulgate Ps XXXI, 5)

Elle a perdu toute son arrogance. Elle prononce cette parole avec un ton beaucoup plus humble. La samaritaine était déjà prise dans les filets du divin Chasseur. Une seule conversation en quatre répliques avait suffit au Maître pour amorcer une conversion en profondeur dans le cœur de cette pauvre femme pécheresse !

Après sa confession, la Samaritaine ne désire pas rester sur le sujet, elle se dérobe à nouveau : « Nos pères ont adoré sur cette montagne, et vous vous dites que c’est à Jérusalem qu’est le lieu où il faut adorer. »

Jésus accepte la diversion ; par délicatesse, Il ne revient pas sur sa demande. Il a tout le temps pour agir sur son âme et lui appliquer la dernière grâce qui la rendra sa fille pour la vie et l’éternité. En bon pasteur qu’il est, Jésus reste patient et très délicat avec cette femme. Il ne veut surtout pas la blesser, ni la froisser. En père très aimant, il ne commet aucune précipitation. Il l’approcher doucement, avec précaution et place une à une ses paroles.

Jésus dit : « Femme, croyez-moi, l'heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne, ni dans Jérusalem, que vous adorerez le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l'heure approche, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; ce sont de tels adorateurs que le Père demande. Dieu est esprit, et ceux qui L'adorent doivent L'adorer en esprit et en vérité. »

La samaritaine répond : « Je sais que le Messie (celui qu'on appelle Christ) va venir ; lorsqu'il sera venu, il nous instruira de toutes choses ». Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui vous parle. » Nouvelle fléche incissive. Jésus se fait connaître comme le Messie que tous les hébreux attendent depuis des siècles. La samaritaine était elle aussi dans cette attente. Le monde entier l’attendait et Il est là devant elle. C’est un moment sollennel impressionnant. C’est un moment où le Sacré Cœur lui applique une deuxième vague de grâces. Cette fois elle va en défaillir.

        À ce moment arrivèrent ses disciples. « La samaritaine, alors, laissant là sa cruche, s'en alla dans la ville. » (Jn IV, 28) Elle est transpercée par l’intensité de la lumière et la bonté de Dieu. Il lui faut un long moment pour comprendre ce qui se passe. La conversion est radicale, subite, profonde, Jésus a opéré le miracle d’une conversion totale en quelques instants. C’est un nouveau prodige sans précédent de son divin Cœur.

Après un long temps pour laisser agir pleinement la grâce en son cœur, elle se relève peu à peu comprenant que sa vie sera désormais radicalement nouvelle. Elle rejoint les habitants de la ville et leur dit : « Venez voir un homme qui m'a dit ce que j'ai fait; ne serait-ce point le Christ ? » (Jn IV, 29)

Par sa conversion, le pardon de Jésus déjà donné et reçu, elle a retrouvé toute sa jeunesse spirituelle. Elle parle avec sérénité, avec enthousiasme, avec grâce, avec majesté, avec une joie toute angélique, elle se fait très convaincante.

Après l’avoir entendu longuement, les samaritains « sortent de la ville, et viennent voir Jésus » (Jn IV, 30). Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus sur la parole de la samaritaine. Ils le prièrent de rester chez eux, et Jésus accepta de demeurer deux jours. Un plus grand nombre alors crurent en Notre-Seigneur pour l'avoir entendu lui-même. (Jn IV, 42)

Jésus - ce jour-là - ne pris pas qu’une âme dans ses filets, mais un village tout entier avec l’aide de cette samaritaine convertie. Chers amis, voyez ce qu’une âme peut accomplir comme merveille avec le saint amour de Dieu. Purifiée par la grâce, la samaritaine a su conduire tous les habitants de son village. Par sa parole, ce sont des centaines d’âmes qui ont pu trouver le chemin du salut. C’est un sujet d’émerveillement de voir ce que la grâce peut faire par une seule servante.

« Heureuse Samaritaine, qui venant à l'eau maintenant, y a trouvé Notre-Seigneur qui, de pécheresse qu’elle était l’a rendue sa fille et son épouse » (Saint François de Sales, VII, 149, sermon pour le vendredi après le 3ème dimanche de Carême).

Que Dieu nous accorde la grâce de le servir avec autant de zèle.