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De la chasteté de Marie

Après la chute d’Adam, les sens s'étant révoltés contre la raison, la vertu de la chasteté devint aux hommes la plus difficile de toutes les vertus, dit saint Augustin. Cependant, loué soit à jamais le Seigneur, qui nous a donné en Marie un grand modèle de cette vertu. Marie est appelée la Vierge des vierges parce qu'ayant été la première à offrir spontanément sa virginité à Dieu, elle lui a donné toutes les vierges qui l'ont ensuite imitée (St. Albert le Grand. Mar., p. 29) comme David l'avait prédit (Ps XLIII). Je dis qu'elle a été la première à l'offrir, et à l'offrir spontanément ; et c'était pour qu'elle fût à jamais un exemple de chasteté, que Dieu choisit pour sa mère cette Vierge très pure, dit Sophronius. C'est pourquoi saint Ambroise dit que Marie leva l'étendard de la virginité.

La sainte Vierge, à cause de sa grande pureté, fut aussi appelée par l'Esprit-Saint, belle comme la tourterelle (Ct I, 9), le lys par excellence (Ct II, 2), et lys entre les épines, parce que sa seule présence inspirait à tout le monde des pensées et des désirs de pureté (St. Thomas d’Aquin. Ap. Par.) Saint Jérôme pense que saint Joseph garda sa virginité à cause de la compagnie de Marie. On croit que Marie fut si jalouse de cette vertu, que pour la conserver elle aurait été prête à renoncer même à la dignité de mère de Dieu. Cette opinion est appuyée sur les paroles qu'elle répondit à l'ange : je ne connais pas d'homme ; et sur celles qu'elle ajouta en donnant son consentement, d’après l'assurance reçue de l'ange qu'elle deviendrait mère sans autre coopération que celle du Saint-Esprit. Ceux qui sont chastes, dit saint Ambroise, sont comme des anges, selon les paroles du Seigneur (Mt XXII) ; mais ceux qui perdent cette vertu sont haïs de Dieu, comme les démons. Saint Remi croyait que la plupart des adultes se perdent par ce vice abominable. Il est rare qu’on en triomphe, mais pourquoi ? Parce qu'on n'emploie pas les moyens qui le facilitent. Il y en a trois : le jeûne, la fuite des occasions, la prière. Par le jeûne on entend la mortification, spécialement des yeux et de la bouche. Marie, toute pleine de grâce qu'elle était, fut néanmoins si mortifiée des yeux, qu'elle les tenait toujours baissés, sans jamais les arrêter sur personne, disent saint Epiphane et saint Jean Damascène : dès sa plus tendre enfance, elle était si modeste qu'elle étonnait tout le monde. C'est pour cette raison que saint Luc observe qu'en allant visiter sainte Elisabeth, elle se hâtait, pour être moins vue du public. Elle jeûnait habituellement, et jamais elle n'aurait reçu tant de grâces, dit saint Bonaventure, si elle n'eût été sobre et mortifiée ; car la grâce et la sensualité dans les aliments sont incompatibles.

Le second moyen, c'est la fuite des occasions (Pv XI, 2). Dans la guerre des sens, dit saint Philippe de Néri, il n’y a que les poltrons qui soient vainqueurs ; c'est-à-dire ceux qui fuient l'occasion. Marie se dérobait autant qu'elle pouvait à la vue des hommes.

Le troisième moyen est la prière (Sp VIII, 21). Marie n'eut aucune vertu sans peine et sans une prière continuelle. Saint Jean Damascène dit que Marie est pure et aime la pureté ; elle ne peut supporter les impudiques. Mais en recourant à elle, on sera certainement délivré de ce vice, et seulement en prononçant son nom avec confiance. Le V. P. Avila dit que beaucoup de personnes tentées en cette matière, ont vaincu par une simple aspiration affectueuse à l'Immaculée Conception de Marie. Ô Marie ! Ô très pure et très chaste colombe ! Combien n'y en a-t-il pas qui sont en enfer pour l'impureté ! Faites, ô notre reine ! que dans nos tentations nous ayons toujours recours à vous, et que nous vous invoquions, en disant : Aidez-nous, ô Marie, aidez-nous ! Ainsi soit- il.