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De l'amour de Marie envers Dieu

Saint Anselme dit que plus un cœur est pur, et vide de soi-même, plus il est rempli d'amour envers Dieu. Comme Marie était humble et toute vide d'elle-même, le Seigneur la remplit de son amour ; elle surpassa en amour tous les hommes et tous les anges. Saint François de Sales la nomme la reine de l'amour. L'homme a reçu de Dieu le précepte de l'aimer de tout son cœur ; mais il ne pourra accomplir pleinement ce précepte que dans le ciel (St. Thomas d’Aquin, Somme de Théologie. IIa, IIæ, q. 24). Il ne convenait pas que Dieu donnât un précepte qui n'aurait été pleinement rempli par personne, si sa divine mère ne l'eût parfaitement accompli (St. Albert le Grand. Sup. Miss., c. 76 ; Ric. l. 2, de Em., c. 29). L'amour divin fit une si profonde blessure au cœur de Marie, qu'il n'y resta aucun lieu qui ne fût blessé d'amour : ainsi elle remplit entièrement ce premier précepte (St. Bernard, ser. 39, in Cant. Cant., a. 10) ; de sorte qu'elle pouvait bien dire, Mon bien-aimé s'est livré tout entier à moi, et je me suis livrée tout entière à lui (Ct II, 10). Les Séraphins pouvaient descendre du ciel pour apprendre dans le cœur de Marie la manière d'aimer Dieu.

Dieu, qui est l'amour par essence, vint sur la terre pour embraser tous les cœurs du feu de son divin amour ; mais aucun cœur n'en fut aussi enflammé que celui de sa mère, qui, étant tout pur et dégagé des affections terrestres, était tout disposé pour brûler de ce feu précieux (St. Jérôme, ser. de Ass.) Ainsi le cœur de Marie fut transformé en une flamme d'amour, comme il est dit dans les saints Cantiques (Ct VIII, 6) ; ce cœur brûlait intérieurement d'amour, et brillait à tous les yeux par l'exercice des vertus. Quand Marie portait Jésus, on pouvait dire que le feu portait le feu (St. Ildeph., de As. or. 1). Le cœur de Marie fut figuré par le buisson que Moïse vit brûler sans se consumer. C'est avec raison qu'elle se montra à saint Jean, revêtue du soleil (Ap XII, 1), puisqu'elle fut si unie à Dieu par l'amour, qu'il semble qu'une créature ne puisse s'unir davantage à son créateur (St. Bernard, ser. in Sign.).

Marie ne fut jamais tentée par l'enfer ; car de même que les mouches s’éloignent d'un grand feu, ainsi le cœur de Marie n'étant qu'une flamme de charité, les démons étaient mis en fuite, et n'osaient pas même s'approcher d'elle (St. Bonaventure, t. 2, ser. 51 ; Rich., p. 2, c. 26). Son âme bienheureuse ne faisant autre chose que contempler Dieu, les actes d'amour qu'elle produisait étaient sans nombre (Suarez, t. 2 in 3 p. d. 18). Marie, sans répéter les actes d'amour de Dieu l'un après l'autre, comme le font les autres saints, eut le privilège tout-à-fait singulier d'aimer toujours actuellement Dieu par un seul et continuel acte d'amour (Ber. à Bust., p. 2, ser. 4). Semblable à l'aigle royal, elle tenait toujours les yeux levés vers le soleil divin, de manière que les actions journalières ne l'empêchaient point de l'aimer, et l'amour ne l'empêchait point de vaquer à ses occupations (St. Pierre Damien, ser. 1 de Nat.). Marie, dit saint Germain, fut figurée par l'autel de propitiation, où le feu ne s'éteignait jamais, ni jour ni nuit.

Le sommeil même n'empêchait pas Marie d'aimer son Dieu. Si ce privilège fut accordé à nos premiers parents, dans l'état d'innocence (St. Augustin, l. 5, in Jul., c. 9), on ne doit point douter qu'il n'ait aussi été dé parti à la mère de Dieu , comme le pensent Suarez, Rupert, saint Bernardin et saint Ambroise (L. 2 de Virg. ; Pv XXI, 18 ; Ct V, 2). Marie, tant qu'elle vécut sur la terre, ne cessa jamais d'aimer Dieu : elle ne fit jamais que ce qu'elle connut être agréable à Dieu, et elle l'aima autant qu'elle crut le devoir aimer (St. Bernard, t. 2, ser. 51, a. 3). Marie fut remplie de tant de charité, qu'il eût été impossible à une créature d'en recevoir davantage sur la terre (St. Albert le Grand. De laud. V., c. 96). Marie, par son ardente charité, se rendit si belle aux veux de son Dieu, lui inspira tant d'amour, qu’épris de sa beauté il voulut bien descendre dans son sein pour s'incarner (St. Thomas a Villeneuve, conc. 5 in Nat. ; St. Bernardin, t. 2, ser. 61, a. 1, c. 3).

Mais puisque Marie aime tant son Dieu, il est certain qu'elle ne désire aussi rien tant de ses serviteurs que de les voir aimer Dieu de toutes leurs forces.

Ah ! Reine de l’amour, Marie, la plus aimable, la plus aimée et la plus aimante de toutes les créatures, vous disait saint François de Sales ; ah ! Ma mère, vous brûlâtes toujours et tout entière d'amour pour Dieu : hélas ! Daignez m'en donner du moins une étincelle : vous priâtes votre fils pour les époux qui manquaient de vin, et vous ne prieriez pas pour nous qui manquons d'amour pour Dieu, et qui sommes si obligés de l'aimer ! Dites-lui donc que nous n'avons pas d'amour, et obtenez-nous cet amour. C'est la seule grâce que nous vous demandons, ô notre mère ! Par le grand amour que vous portez à Jésus, exaucez-nous, et priez pour nous. Ainsi soit-il.