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SERMON DE SAINT FRANÇOIS DE SALES POUR LE VENDREDI SAINT Retour Accueil 17 avril 1620 Édition d’Annecy, 1897, Tome IX, page 266
Le grand Apôtre saint Paul, prédicateur de la Croix de Notre
Seigneur, raconte (Act. XVII, 22-23) qu'étant allé un jour en la ville d'Athènes
il fit de ses yeux la rencontre d'un autel qui avait pour titre : Au
Dieu inconnu. Je rencontrais de mes yeux, dit-il, un autel dédié au
Dieu inconnu ; et de là il prît occasion de prêcher aux Athéniens
quel était ce Dieu inconnu qu'ils adoraient. 0 bien aimés et très
chers Athéniens, leur disait ce grand prédicateur de la Croix, ce Dieu
que vous ne connaissez point encore et que tout maintenant je vous veux
faire connaître n'est autre que Dieu le Père tout puissant, qui a
envoyé son Fils ça bas en terre pour prendre notre nature humaine; en
icelle, bien qu'il fut Dieu comme son Père, de même nature et essence
que lui, ce divin Fils a néanmoins souffert la mort, et la mort de la
croix (Phil. II, 6-8), pour satisfaire à la justice de Dieu son Père
justement indigné contre les hommes en suite du péché de nos premiers
parents, péché qui nous eut sans doute causé à tous la mort éternelle.
Les Athéniens, comme la plupart des hommes de ce temps-là,
reconnaissaient plusieurs dieux, mais enfin ils confessaient qu'entre
tous ceux-là il y en avait un qu'ils ne connaissaient point.
Le grand Apôtre donc prit sujet de cette inscription pour leur
faire une excellente prédication, leur donnant à entendre avec des
termes admirables quel était ce Dieu qu'ils ignoraient encore. Et moi,
mes très chères Sœurs, ayant à vous entretenir ici quelque temps,
j'ai jeté les yeux de ma considération sur le titre que j'ai vu non
au-dessus de l'autel des Athéniens, mais au-dessus de cet autel
incomparable sur lequel notre Sauveur et Maître s'est offert pour nous
à Dieu son Père en sacrifice très agréable et d'une suavité non
pareille, autel qui n'est autre que la Croix, laquelle depuis a toujours
été honorée comme très précieuse et adorable. Or, ayant considéré
le titre placé sur icelle, j'ai pensé qu'à l'imitation du prédicateur
de la Croix, je ne devais pas rechercher autre sujet pour fondement de
ce que je vous devais dire. Non pas que je vous veuille parler d'un Dieu
inconnu, car grâce à sa bonté nous le connaissons; mais certes, je
pourrais bien parler d'un Dieu méconnu. Nous ne vous ferons donc pas
connaître, mais nous vous ferons reconnaître ce Dieu tant aimable qui
est mort pour nous. Oh que
c'est une chose utile que cette reconnaissance! Car véritablement, au
dire de plusieurs, Abraham, Isaac et Jacob eussent eu quelque excuse
s'ils n'eussent pas reconnu la divine Majesté, d'autant qu'ils ne
l'avouent pas connue si clairement que nous, qui sommes hors d'excuse,
ayant appris de Dieu même ce qu'il est, par la divine bouche de Notre
Seigneur qui est, comme nous avons dit, un même Dieu avec son Père.
Les Chrétiens seront inexcusables (Rm I,20) de ne l'avoir pas aimé et
servi de tout leur cœur, puisqu'ils ont été si bien enseignés
combien il est aimable et comme chèrement il les a aimés en donnant sa
vie pour eux (Gal. II,20 ; Eph. V,2). Lui-même a semblé nous le vouloir inculquer
lorsqu'il dit aux femmes qui le suivaient de ne point pleurer sur lui,
mais sur elles mêmes (Lc XXIII, 27-28). Si nous avons des larmes,
pleurons tout simplement, car nous ne les saurions jeter pour un plus
digne sujet; mais ne nous arrêtons pas là, passons à des considérations
plus utiles selon que le requiert le pâtir de notre Sauveur. Je reprends donc mon propos et considère le
titre qui est posé sur le haut de la croix. O qu'il est admirable !
Je suis presque ravi en le considérant. Jesus,
Nazarenus, Rex judaeorum (Jn XIX,19). Qui eut jamais pensé que des
paroles si saintes eussent été prononcées par la misérable bouche
d'un si méchant homme qu'était Pilate ? Pourtant elles furent très véritables,
et Notre Seigneur les confirma pour telles en sa Passion, ainsi que nous
verrons en la suite de notre discours. C'est chose remarquable combien
les juifs dirent de belles paroles en la mort de Notre-Sauveur,
quoiqu'ils ne les entendissent pas et les disent malicieusement et à
mauvaise intention. Quelle sentence plus belle et plus vraie peut être
prononcée, que celle du plus méchant d'entre tous les hommes, ce misérable
Caïphe : Il est requis qu'un
homme meure (c'est à dire, un homme: le plus excellent d'entre tous
les hommes), de peur que tous les
autres ne périssent, que toutes les gens ne périssent (Jn XI,
49,50). Et les Juifs : Que son
sang soit répandu sur nous et sur nos enfants (Mt XXVII, 25). Ce
qui arriva tant en la personne de plusieurs d'entre eux, comme en la
conversion des Apôtres et des autres disciples qui étaient leurs
enfants. Pilate ayant écrit le titre de la croix : Ce
que j’ai écrit est écrit, dit-il; il est ainsi, confirmant cette
vérité (Jn IXI,22).
Mais que veulent donc signifier ces divines paroles ? Premièrement,
Jésus est autant à dire que
Sauveur deuxièmement, de Nazareth,
ville fleurissante, fleurie en troisième lieu, il est dit que
Notre-Seigneur était Roi :
trois qualités qui lui sont extrêmement bien dues. O quelle pensée suave et agréable plus qu'il ne se peut dire, quelle joie, quelle douceur de cœur, quelle délectation doit causer à l'homme cette vérité, que Notre-Seigneur est son Rédempteur et qu'il tient la vie de lui ! La vie lui a été donnée afin qu'il la donnât à un chacun et que tous la tinssent de lui comme il la tenait de son Père (Jn V,24-26 ; VI,58). Ce n'est pas de la vie corporelle que nous entendons parler, car nul n'en peut douter, mais de la vie spirituelle. Or, Notre-Seigneur possède une vie non commune et petite, mais une vie surabondante (Jn X,10), afin qu’un chacun des hommes y participât et vécut de la même vie, qui est celle de la grâce, toute parfaite et tout aimable. Mais pour nous acquérir cette vie, Notre-Seigneur nous l'a achetée au prix de son sang (I Cor.VI ; I P.I,18,19) et a livré la sienne: donc notre vie n'est pas notre, mais sienne, nous ne sommes plus à nous, mais à lui. Puisqu'il nous a achetés, nous sommes ses esclaves ; quel heureux esclavage! Il ne faut donc plus vivre pour nous mais pour lui (II Cor.V,15). O que cette raison est puissante pour nous faire dédier totalement au service de cet amour céleste duquel nous avons été si chèrement favorisés, et si je l'ose dire, au-dessus des anges mêmes.
Les hommes, pour montrer que ce qui est écrit est leur volonté
et qu'ils entendent qu'il soit ainsi fait, le cachettent de leur sceau,
mais ils ne l'appliquent qu'après que tout est parachevé. Le Sauveur
ne voulant prononcer son testament qu'en la croix et un peu avant que de
mourir, appliqua néanmoins son sceau et cacheta son testament avant
toutes autres choses. Son sceau n'est autre que lui-même, ainsi qu'il
l'avait fait dire à Salomon parlant en sa personne à l'âme dévote
(Cant. VIII, 6) : Mets-moi comme un sceau sur ton cœur et comme un
cachet sur ton bras. Il appliqua ce sceau sacré lorsqu'il institua le
très saint et très adorable Sacrement de l'autel, qu'il appelle son
nouveau testament (Mt XXVI,28); Sacrement qui contient en soi la Divinité
et l'humanité tout ensemble, et entièrement la Personne sacrée de
Notre-Seigneur.
Il se posa et appliqua donc sur nos cœurs par le moyen de la très
sainte Communion comme un sceau sacré et un cachet très aimable. Puis
il fit son testament, manifestant ses dernières volontés sur la croix
un peu avant que de mourir, afin qu'un chacun des hommes qui devaient être
ses cohéritiers (Rm VIII,17) au Royaume de son Père céleste fussent
grandement bien instruits, tant de ce qu'ils devaient faire comme de
l'affection incomparable qu'il avait pour eux. Il s'oublie soi-même
pour penser premièrement à eux, tant sa charité est grande, puis en
après il retournera à soi même.
Son testament, mes chères âmes, n'est autre que les divines
paroles qu'il prononça étant en la croix. Absorbé donc en cet amour
qu'il portait aux pécheurs, il se prit à amadouer son Père céleste
l'appelant Père : Mon Père, pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font. O
que voici un document incomparable d'une parfaite charité! Aimez-vous
les uns les autres comme je vous ai aimés disait-il souvent prêchant
au peuple ou à ses Apôtres, de telle sorte qu'il semblait n'avoir
point tant d'affection pour autre chose que pour inculquer cette très
sainte dilection. Mais maintenant il en donne un exemple du tout
inimaginable : il excuse ceux-là même qui le crucifiaient et
l'injuriaient d'une rage toute barbare, et cherche des inventions pour
faire que son Père leur pardonne, et cela en l'acte même du péché et
de l'injure. O que nous sommes misérables nous autres, car à peine
pouvons-nous oublier une injure dix ans après qu'elle nous a été
faite ; oui même il s'en est trouvé qui à l'heure de la mort ne
pouvaient ouïr parler de ceux dont ils avaient reçu quelque outrage et
ne leur voulaient pardonner. O Dieu, quelle misère est la notre ! A
peine pouvons-nous pardonner à nos ennemis, et Notre-Seigneur les
aimait si chèrement et priait ardemment pour eux ! Cette prière
si admirable porta un tel fruit que plusieurs d'entre eux se
convertirent : quelques-uns sur le champ, confessant, après l'avoir ouïe,
que cela étant tout à fait au-dessus de la nature humaine,
« il était véritablement Fils de Dieu » (Mt XXVII,54 ;
Mc XV,39). Les autres firent comme une biche laquelle étant blessée va
néanmoins rendre les abois encore assez loin du lieu où elle a reçu
le coup de la mort. Notre divin Maître avait obtenu de son Père céleste
qu'il envoyât des hauts lieux plusieurs traits et flèches dans les cœurs
de ceux pour qui il priait ; ce qu'il fit tout ainsi qu'il avait désiré.
Mais pourtant plusieurs ne rendirent pas sur l'heure même leur vie par
leur conversion, mais portèrent le coup de ces divines flèches des
remords intérieurs jusque à la Pentecôte, jour auquel, en la première
prédication de saint Pierre, se convertirent bien trois mille personnes
(Act. II,41), entre lesquelles étaient indubitablement plusieurs de
ceux qui se trouvèrent à la mort de notre Sauveur; conversion qui
appartenait au mérite de cette tant admirable prière qu'il fit à son
Père céleste en l'acte même des injures et méchancetés que ses
ennemis lui faisaient souffrir. Chose étrange certes, en même temps
que les hommes pervers et malheureux vomissaient contre sa divine Majesté
et contre celle de son Père ces blasphèmes insupportables : il est
tout puissant comme il dit, et se
confie en son Père qui l'a envoyé, qu'il l'appelle maintenant
et qu'il le sauve; s'il veut que nous croyions en lui, qu'il se
sauve maintenant soi même ; il dit qu'il
rétablira le Temple en trois
jours, et semblables paroles vraiment diaboliques (Mt XXVII,39-43),
Notre-Seigneur, dis-je, à même temps relançait vers Dieu des soupirs
de compassion et des Paroles plus douces que le miel (Ps CXVIII,103) et
le sucre afin qu'il leur pardonnât leurs forfaits et leur donnât sa grâce.
Voyez donc comme Notre-Seigneur est très justement appelé Sauveur.
Mais outre la grâce qu'il octroie aux pécheurs, il la demande
pour eux à son Père céleste avec une charité si artificieuse qu'il
ne l'appelle point son Dieu ni Seigneur, comme nous verrons qu'il fera
ci-après en parlant pour soi, mais il l'appelle mon
Père, sachant bien que ce mot si tendre étant prononcé par
l'amour cordial, est plus respectueux que celui de mon Seigneur, et que
partant il serait plus tôt exaucé. Et semble qu'il commence par là sa
prière pour charmer ce cœur paternel, afin qu'il pardonne aux pauvres
pécheurs pour lesquels il se rendait caution devant la justice divine ;
comme s'il eut voulu dire : Mon Père,
pardonnez à ces pauvres pécheurs et à ceux mêmes qui me
crucifient, car je suis ici pour payer pour eux. Je ne demande pas que
vous me pardonniez à moi, car je suis monté sur le comptoir de la
croix afin de satisfaire à toutes leurs dettes ; et pour que vous ne
leur demandiez rien et que votre bonté leur pardonne je répandrai
jusqu’à la dernière goutte de mon sang, bien qu'une seule fut
suffisante. Je me soumets de très bon cœur à supporter les effets de
votre justice, prenez sur moi la vengeance de leurs péchés; mais quant
aux pécheurs, pardonnez-leur, car telle est ma volonté. O Dieu, quelle bonté et
quelle douceur du cœur de notre très doux Sauveur. Le premier légat qu'il
fit en son testament fut de donner aux pécheurs sa grâce, par le moyen
de laquelle ils pussent par après parvenir à sa gloire, où nul ne
peut entrer sans sa grâce et sans les mérites de sa Passion. Ayant
donc déjà montré qu'en donnant sa grâce aux pécheurs il était très
véritablement appelé Sauveur, il promet la gloire au bon larron qui était
pénitent (Lc XXII, 39-43). Mais il faut
remarquer en passant que l'un des larrons se convertit et l'autre non. Nous
autres, dit le bon larron, sommes
très justement punis de nos méfaits, car nous avons toujours été
méchants et malheureux, ayants commis des grandes voleries : il
confessa ainsi ses péchés. Nous en pourrions bien faire autant toutes
les fois que nous recevons quelque affliction. Nous
sommes très justement punis, devrions nous dire, faisant ainsi de nécessité
vertu, et confessant nos péchés; mais hélas, nous nous comportons
comme l'autre larron qui demeura en son endurcissement, et blasphémait
encore en mourant.
Soudain après avoir fait sa confession, le bon larron demanda
l'absolution : Hé, Seigneur,
ajouta-t-il, souvenez-vous de moi
quand vous serez en votre Royaume. A quoi notre cher Sauveur répondit
gracieusement : Aujourd’hui tu
seras avec moi en Paradis. Et ce fut la première fois qu'il le
promit, à ce que l'on sache. O quelle douce et aimable parole : Aujourd’hui tu seras avec moi. Grand a toujours été l'amour de
Notre-Seigneur envers les pénitents. Peu auparavant il demandait que la
grâce fut donnée aux pécheurs; maintenant il donne la gloire aux pénitents.
La grâce rend les pécheurs pénitents, et ceux-ci sont seuls rendus
dignes de la gloire. Le Ciel n'est presque rempli que de pénitents. Il
n'y a que Notre Dame, saint Jean-Baptiste, saint Joseph et quelques
autres qui aient été exempts de péché et prévenus de la grâce qui
les a empêchés d'y tomber. La très sainte Vierge l'a été d'une façon
toute particulière au-dessus de tous autres, car elle ne fut pas
seulement préservée de péché tant originel qu'actuel, mais elle fut
aussi préservée de l'ombre d'icelui, ne commettant pas même des
imperfections pour petites qu'elles pussent être
Le Paradis est tout tapissé de pénitents, et, comme nous avons dit,
l'on n'y voit presque autre chose. Les Martyrs ont été pénitents en répandant
leur sang dans lequel ils ont été lavés comme dans un bain de pénitence
; tous les tourments qu'ils ont soufferts n'ont été que des actes de pénitence.
Les Vierges ont été pénitentes, les Confesseurs aussi; bref, nul
n'est entré au Ciel sans pénitence et sans se reconnaître pour pécheur,
excepté ceux dont nous avons parlé. Tous sans exception ont eu besoin
du mérite du sang répandu par Notre-Seigneur, lequel, comme je crois,
jetait des odeurs et des parfums si excellents, tant devant la Majesté
du Père éternel que devant les hommes, qu'il était presque impossible
qu'il ne fut reconnu pour être le sang non d'un homme seulement, mais
d'un homme Dieu. Il m'est avis que ce sang très sacré était comme l'encens lequel étant jeté dessus le feu répand de toutes parts autour d'icelui sa fumée odoriférante, voire exhale cette fumée en haut; ainsi le sang de Notre-Seigneur distillant de son corps très sacré en terre jusqu’à la dernière goutte, jetait des parfums de tous cotés (Eph. V,2). Aussi cette odeur précieuse parvint jusqu’au bon larron, lequel fut rempli d'une si grande suavité qu'il se convertit à l'instant et mérita d'ouïr cette tant gracieuse parole: Aujourd’hui tu seras avec moi en Paradis. Paradis dont notre Sauveur n'avait pas voulu parler jusqu’à maintenant qu'il était si proche d'y entrer et se trouvait déjà à la porte. N'est-ce pas une vraie marque que Notre-Seigneur était vraiment notre Sauveur, puisqu'il promet si absolument la gloire qu'il ne diffère point de la donner, mais dit aujourd’hui ? O parole de grande consolation pour les pécheurs pénitents, car ce que sa Bonté a fait pour le bon larron elle le fera pour tous les autres enfants de la Croix qui sont les chrétiens.
O heureux enfants de la Croix, puisque vous êtes assurés qu'au même
temps que vous serez pénitents et vous repentirez de vos péchés,
notre Sauveur sera votre Rédempteur et vous donnera la gloire!
Cependant il lui restait encore quelque légat à faire en son
divin testament. Et quoi, me direz-vous, qu'y a-t-il autre chose ? Quoi,
mes chers Sœurs ? Il y a une certaine délicatesse spirituelle dont il
devait faire présent à ses plus chers amis, délicatesse qui n'est
autre qu'un moyen très singulier pour conserver la grâce acquise et
pour parvenir au plus haut degré de gloire. Regardant donc de ses yeux
pleins de compassion sa très bénite Mère,
qui était debout au pied de la croix avec son bien aimé disciple,
il ne lui voulut pas donner la grâce ou la demander pour elle, car
elle la possédait déjà fort excellemment, ni moins lui promettre la
gloire, car elle en était toute assurée ; mais il lui donna une
certaine union de cœur et amour tendre pour le prochain, cet amour des
uns pour les autres qui est un don des plus grands que sa bonté fasse
aux hommes.
Mais quel amour? Un amour maternel. Femme,
dit-il, voilà ton fils. O Dieu, quel échange ; du Fils au serviteur, de
Dieu à la créature ! Néanmoins elle ne refuse point, sachant
bien qu'en la personne de saint Jean, elle acceptait pour siens tous les
enfants de la Croix et qu'elle en serait la chère Mère. Notre divin Maître
nous enseignait par là que si nous voulons avoir part en son testament
et aux mérites de sa Mort et Passion, il faut que nous nous aimions
tous les uns les autres de cet amour tendre et grandement cordial du
fils envers la mère et de la mère envers le fils, qui est en quelque
façon plus grand que non pas celui des pères.
Il nous faut remarquer que Notre Dame était debout au pied de la croix. En quoi certes ont grand tort
ceux qui pensent qu'elle fut tellement outrée de douleur qu'elle en
demeura pâmée; car sans doute cela n'est point, mais elle demeura
ferme et constante, bien que son affliction fut la plus grande que
jamais femme ait ressenti pour la mort de son enfant, parce qu'il ne
s'en est jamais trouvé qui ait eu autant d'amour qu'elle en avait pour
Notre-Seigneur, non seulement parce qu 'il était son Dieu, mais aussi
parce qu'il était son Fils très cher et très aimable.
Grande fut la constance de la très sainte Vierge et du bien aimé
Disciple; c'est pourquoi celui-ci fut favorisé du don que sa bonté lui
fit de sa très sainte Mère, Mère la plus aimable qu'il soit possible
d'imaginer. Cette vertu de constance et générosité d'esprit a
toujours été grandement chérie de Notre-Seigneur au-dessus de
plusieurs autres. L'amour de Notre Dame était vraiment plus fort et
plus tendre qu'il ne se peut dire, et par conséquent sa douleur plus véhémente
que toute autre en la mort et Passion de Jésus-Christ; mais comme cet
amour était selon l'esprit, conduit et gouverné par la raison, il ne
produisit point de mouvement déréglé en l'affliction qu'elle
ressentit se voyant privée de son Fils, qui lui causait une consolation
incomparable. Elle demeura donc, cette très glorieuse Mère, ferme,
constante et parfaitement soumise au bon plaisir de Dieu, qui avait décrété
que Notre-Seigneur mourrait pour le salut et rédemption des hommes.
Il nous faut passer outre, car je n'ai pas le temps de m'arrêter
beaucoup sur ce sujet, bien que je prendrais plaisir de finir sur cette
sainte délicatesse spirituelle, c'est-à-dire cet amour cordial et
tendre que notre cher Maître désire tant que nous ayons les uns pour
les autres. Notre Seigneur fut donc appelé Sauveur,
et à très juste raison, puisqu'il l'approuva lui-même et en fit
tout particulièrement l'office sur la croix, comme nous avons dit. Car
si bien tout ce qu'il a fait durant le cours de sa vie mortelle a été
pour nous sauver et en intention de satisfaire pour nous vers son Père
céleste, néanmoins ce qu'il opéra en sa Mort et Passion est appelé
l’œuvre de notre Rédemption par excellence, comme en étant l'abrégé.
Mais il ne se montra pas seulement digne du nom de Jésus, mais encore
de celui de Nazaréen, ; et
ceci est le deuxième point de notre discours et la deuxième parole de
ce titre sacré que j'ai regardé et considéré sur l'autel de la
Croix, dédié non au Dieu inconnu
mais au Dieu méconnu. Le
doux Sauveur de nos âmes voulut qu'on le nommât Jésus de Nazareth
pour ce que Nazareth est interprété ville fleurie ou fleurissante ; et
lui-même, au Cantique des Cantiques, avait voulu être appelé la
fleur des champs et le lys des vallées (Cant.II). Or, pour nous
montrer qu'il n'était pas seulement une fleur, mais qu'il était un
bouquet composé de l'assemblage des plus belles et plus odoriférantes
fleurs que l'on sut rencontrer, il a voulu garder le nom de fleurissant
sur l'arbre de la croix. Mais dites-moi, Notre-Seigneur n'était-il pas
sur icelle une fleur plutôt flétrie, fanée et passée que non pas
fleurie ? Regardez-le, de grâce, comme il ose se nommer fleuri,
puisqu'il est si transi, tout couvert et sali de crachats infects et
puants, les yeux haves et ternis, sa face meurtrie de coups, pale et décolorée
à force de douleurs et d'avoir répandu son sang très béni. Bref, les
douleurs de la mort s'étaient déjà saisies de toutes les parties de
son corps.
O mes chères Filles, grandes et belles à merveille sont les
fleurs que cette bénite plante de la Mort et Passion de Notre-Seigneur
fit éclore et épanouir tandis qu'il était sur la croix. Elles
seraient trop longues à vous les rapporter toutes, c'est pourquoi je me
contenterai d'en remarquer quatre seulement, lesquelles je ne ferai que
toucher en passant, les laissant par après considérer le reste de
cette journée à une chacune de vous autres, afin que leurs odeurs très
agréables puissent parfumer toutes vos âmes et les embaumer d'un saint
propos de les odorer souventefois, ainsi que le Sauveur le désire pour
votre avancement en la perfection. Ces quatre fleurs ne sont autre que quatre vertus des plus remarquables et des plus nécessaires. La première est la très sainte humilité,
laquelle comme la violette répand une odeur extrêmement suave en la
mort de Notre-Seigneur;
Quant à la première, Notre-Seigneur ne pratiqua t-il pas au
temps de sa Passion l'humilité la plus profonde, la plus véritable et
sincère qui se puisse imaginer, mais la plus inimaginable, dans tous
les tourments et abjections qu'il endura ? Ne pratiqua t-il pas cette
vertu tout le temps de sa vie ? Elle fut certes très grande en ce que
se pouvant faire appeler Hierosolimitain ou bien de
Bethléem, ville où il était né et qui appartenait à son grand Père
David, il ne le voulut néanmoins pas, pour montrer qu'il choisissait
tout au contraire des grands de ce monde, lesquels prennent les noms les
plus honorables qu'ils peuvent. Mais quant à lui, il choisit le nom de
la moindre ville qu'il peut, gardant toujours pour son partage
l'abjection, la pauvreté et la bassesse.
Or, les Evangélistes (Mt XXVII,45 ; Mc XV,33...) nous
disent que soudain que notre Sauveur eut prononcé les trois premières
paroles que nous avons remarquées, les ténèbres se firent sur toute
la face de la terre par l'espace de trois heures et le soleil s'éclipsa,
non que cette éclipse fut naturelle, mais elle arriva
extraordinairement. La lune ayant rebroussé sa course et se venant
opposer devant la lumière du soleil, les ténèbres s'ensuivirent. En
quoi certes je m'imagine que la lune fit un extrême plaisir aux étoiles,
afin qu'elles eussent l'honneur de venir répandre leur lumière en la
présence de ce vrai Soleil de justice qui sans doute semblait s'être
éclipsé tant sa couleur était ternie. Cette fleur était flétrie par
les douleurs mortelles dont il était déjà environné, de sorte qu'il
semblait expirer, car durant tout ce temps-là il ne dit pas un seul
mot, mais observa un très profond silence par l'espace de trois heures;
d'où vient que l'on a toujours ordonné quelques heures de silence en
tous les monastères bien reformés, pour imiter celui de Notre-Seigneur
en la croix.
Mais que pensez-vous
qu'il faisait, ce doux Sauveur de nos âmes, durant ce silence ? Il
rentrait en soi-même et considérait le mystère de son abjection; car
l'humilité, qu'est-ce autre chose sinon une rentrée en nous-même pour
nous considérer plus mûrement ? Et que cela ne soit ainsi, il nous le
fait entendre par ce qu'il dit par après: Mon
Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé ? (Ps XXI,1 ;
Mt XXVII,46) Ayant considéré sa pauvreté, non tant extérieure que
beaucoup plus intérieure, il élança cette parole de parfaite humilité,
faisant connaître sa disette, son abjection et son délaissement. Il ne
faut néanmoins pas entendre que le Père céleste l'eut abandonné d'un
abandon tel qu'il eut retiré sa protection paternelle pour un Fils tant
aimable, car cela ne se peut, puisqu'il était joint et uni à la
Divinité. Mais quant au sentiment de cette très sainte protection et
union, il était retiré tout entièrement en la pointe de son esprit,
le reste de l'âme étant absolument délaissé à la merci de toutes
sortes de peines et d'afflictions, si qu'il se prit à dire : Pourquoi m'avez-vous abandonné ?
Durant le cours de sa vie il avait toujours, ou pour l'ordinaire,
reçu quelques consolations ; il témoignait aucunes fois de ressentir
de la joie en la conversion des pécheurs, comme il le disait aux Apôtres
(Lc XV 4-10, 32); mais en sa Mort et Passion il n'en avait aucune, tout
lui servait d'affliction, de tourment et d'amertume. Grande donc fut sa
pauvreté intérieure et grand l'acte d'humilité qu'il fit en nous la
donnant à connaître.
Mais encore, que pensons-nous que notre doux Sauveur fit durant
ce long silence ? Pour moi je crois sans doute qu'il regardait tous les
enfants de la Croix, et tous les hommes, mais plus spécialement ceux
qui tireraient du fruit de sa Mort et Passion. Il nous considérait tous
les uns après les autres, méditant les moyens requis pour nous
appliquer le mérite de ses souffrances. O Dieu, quelle douceur du cœur
de notre Maître qui nous aimait si chèrement; nous, dis-je, et ceux-mêmes
qui étaient en l'acte du péché le plus énorme que jamais homme
puisse faire! car il n'y a point de plus grand péché que de haïr Dieu
qui n'est en façon quelconque capable d'être haï en soi-même. Non,
cette haine ne se peut trouver qu'au cœur des hommes forcenés de désespoir
et de rage à cause des véhémentes douleurs qu'ils souffrent ; et cela
fait que quelquefois ils haïssent Dieu et sont du tout incapables de
l'aimer. Mais quant aux Juifs qui crucifièrent Notre-Seigneur, le péché
qu'ils commirent fut un monstre de méchanceté ; et néanmoins
Notre-Seigneur avait des pensées d'amour pour eux, prévoyant les
moyens qu'il leur voulait donner pour tirer le fruit de sa sainte
Passion.
Ceci appartient déjà à la seconde fleur que nous avons pris à
considérer, qui est la patience. Cette patience fut grande plus qu'il
ne se peut dire ; car jamais l'on n'entendit nulle plainte sortir de la
bouche du Sauveur (Is. LIII,7), il ne rendit nul témoignage, comme nous
faisons nous autres, de la grandeur de sa souffrance afin d'émouvoir
ceux qui étaient présents à compassion sur lui. Ses douleurs étaient
indicibles. Je vous laisse à penser : étant attaché avec des clous
sur la croix, navré de la tête jusqu’aux pieds en telle sorte qu'il
n'avait qu'une seule plaie qui tenait tout au long de son très sacré
corps (Is. LIII,6) ; ses os tout disloqués. Et quant aux douleurs intérieures,
elles étaient sans comparaison plus grandes. Or, cette parole que nous
disions naguères ne fut nullement prononcée pour se plaindre, mais
seulement pour nous enseigner comme au fort de nos peines intérieures,
délaissement et abandonnements spirituels nous nous devons adresser à
Dieu et ne nous plaindre qu'à lui même qui seul doit voir notre
affliction, ne souffrant pas que les hommes s'en aperçoivent sinon le
moins qu'il se peut.
Mais quelle fut la douleur de notre Maître oyant ces détestables
blasphèmes que ses ennemis vomissaient contre lui et contre son Père céleste,
et voyant que leur rage ne se pouvait assouvir à force de le
tourmenter? Sans doute, cela lui outre transperçait le cœur plus
sensiblement encore que les clous ne perçaient ses pieds et ses très bénites
mains. Et en outre, quel devait être l'attendrissement que lui causait
la douleur de sa très sainte Mère qui l'aimait si chèrement? Les cœurs
du Fils et de la Mère se regardaient avec une compassion nonpareille,
mais aussi avec une générosité et constance incomparables ; car ils
ne se plaignaient point, ils ne détournaient point leur vue l'un de
dessus l'autre pour rendre leur peine moins sensible, mais ils se
regardaient fixement. Bref, il n'est pas en notre pouvoir de décrire ni
même imaginer quelles furent les souffrances de notre Maître en sa
Passion.
Cependant il ne se plaignit jamais. Il dit bien voirement qu'il
avait soif (Jn XIX,28), mais
quoiqu'il fut très vrai, hélas, il ne demanda pourtant pas à boire,
car c'était du salut des âmes qu'il était altéré. Il manifesta néanmoins
simplement sa nécessité pour notre instruction, si vous le voulez
prendre en ce sens ; après quoi il fit un acte de très grande
soumission, car quelques-uns lui ayant tendu au bout d'une lance un
morceau d'éponge trempé dans du vinaigre pour le désaltérer, il le
suça avec ses très bénites lèvres. Chose étrange ! il n'ignorait
pas que c'était un breuvage qui augmenterait ses peines, néanmoins il
le prit tout simplement, sans rendre nul témoignage que cela lui fâchait
ou qu'il ne l'eut pas trouvé bon, pour nous apprendre avec quelle
soumission nous devons prendre ce qui nous est ordonné quand nous
sommes malades, voire quand nous serions en doute que cela pourrait
accroître notre mal ; et de même devons-nous faire des viandes qui
nous sont présentées, sans rendre tant de témoignages que nous en
sommes dégoûtés et ennuyés.
Hélas! si nous avons tant soit peu de mal nous faisons tout au
contraire de ce que notre très doux Maître nous a enseigné, car nous
ne cessons de nous lamenter et de nous plaindre ; nous ne trouvons pas
assez de gens, ce semble, pour leur raconter toutes nos douleurs par le
menu. Notre mal, pour petit qu'il soit, est incomparable, et ceux que
les autres souffrent ne sont rien en comparaison ; nous sommes plus
chagrins et impatients qu'il ne se peut dire ; nous ne trouvons rien qui
aille comme il faut pour nous contenter. Enfin c'est grande compassion
de voir combien nous sommes peu observateurs de la patience de notre
Sauveur, lequel s'oubliait de ses souffrances et ne tachait point de les
faire remarquer par les hommes, se contentant que son Père céleste,
par l'obéissance duquel il les endurait, les considérât, et apaisât
son courroux envers la nature humaine pour laquelle il pâtissait.
Je passe outre et remarque la troisième vertu que Notre Seigneur
nous présente sur la croix, comme une fleur très agréable : c'est la
très sainte persévérance, vertu sans laquelle nous ne saurions être
dignes du fruit de sa Mort et Passion ; car ce n'est pas tout de bien
commencer si l'on ne persévère jusqu’à la fin puisque c'est chose
assurée que l'état auquel nous nous trouverons à la fin de nos jours,
lorsque Dieu coupera le fil de notre vie, sera celui où nous
demeurerons pour toute éternité. Bienheureuse donc sera l'âme qui
persévérera à bien vivre et à faire ce pour quoi elle a été envoyée,
comme Notre-Seigneur qui persévéra jusqu’à la mort en la pratique
de toutes les vertus, comme saint Paul écrit (Phil. II,8) de l'obéissance
: Il a été obéissant jusqu’à
la mort; c'est à savoir tout le temps de sa vie jusqu’à
la mort. C'est pourquoi il dit enfin très véritablement : Tout
est consommé (Jn XIX,30).
O l'admirable parole que celle-ci : Tout
est consommé ! c'est à savoir : Il ne reste plus rien à faire de
ce qui m'a été commandé. Que les religieux et religieuses seraient
heureux si à la fin de leur vie ils pouvaient dire bien véritablement
avec le Sauveur : Tout est consommé
; j'ai fait tout ce qui m'était commandé soit par les Règles, soit
par les Constitutions ou par les ordonnances des Supérieurs ; j'ai persévéré
fidèlement en tous mes exercices, il ne me reste plus rien à faire.
Mais plus excellente que toute autre est la quatrième vertu, car
elle est la crème de la charité, l'odeur de l'humilité, le mérite,
ce semble, de la patience et le fruit de la persévérance ; grande est
cette vertu, et seule digne d'être pratiquée des plus chers enfants de
Dieu : c'est la très aimable indifférence.
Mon Père, dit notre très doux Sauveur après la sixième
parole, je remets mon esprit entre
vos mains (Lc XXIII,46). Il est vrai, voulait-il dire, que tout est
consommé et que j'ai tout accompli ce que vous m'aviez commandé (Jn
XVII,4); mais pourtant, si telle est votre volonté que je demeure
encore davantage sur cette croix pour souffrir plus longtemps, j'en suis
content; je remets mon esprit
entre vos mains, vous en pouvez faire tout ainsi qu'il vous plaira.
Nous en devrions faire de même, mes chères Sœurs, en toutes
occasions, soit quand nous souffrons ou quand nous jouissons, et répéter:
Mon Père, je remets mon esprit
entre vos mains, faites de moi tout ce qu'il vous plaira, nous
laissant ainsi conduire à la volonté divine, sans jamais nous laisser
préoccuper de notre volonté particulière.
Notre-Seigneur
aime donc d'un amour extrêmement tendre ceux qui sont si heureux que de
s'abandonner entièrement en son soin paternel, se laissant gouverner
par sa divine Providence comme il lui plait, sans s'amuser à considérer
si les effets de cette providence leur sont utiles, profitables ou
dommageables ; étant tout assuré que rien ne nous saurait être envoyé
de ce cœur paternel et très aimable, ni qu'il ne permettra que rien
nous arrive de quoi il ne nous fasse tirer du bien et de l'utilité,
pourvu que nous ayons mis toute notre confiance en lui, et que de bon cœur
nous disions : je remets mon
esprit entre vos mains; et non seulement mon esprit, mais mon âme,
mon corps et tout ce que j'ai, afin que vous en fassiez selon qu'il vous
plaira.
Et
en ceci il sera vérifié que très raisonnablement et véritablement
Notre-Seigneur doit être appelé Roi, troisième qualité que Pilate
lui bailla, et que la bonté de notre Maître a bien voulu lui être
donnée jusqu’à présent; car il veut que nous demeurions absolument
et sans réserve soumis à ses volontés. Notre cher Sauveur expose son
âme, c'est-à-dire sa vie, à la cruauté des ennemis des hommes, pour
les défendre de tous malheurs et leur redonner la paix qu'ils avaient
pour jamais perdue par le péché. Pour nous rétablir en sa grâce et
nous rendre dignes de sa miséricorde, il a pris sur soi les coups de la
justice divine, justice qui se devait exercer sur nous qui étions les
seuls contre qui elle fut irritée à bon droit. Considérons donc si très
justement il ne doit pas être appelé notre Roi, ayant eu un tel soin
de garantir son pauvre peuple de tous malheurs et l'ayant défendu
contre ses ennemis. Or, puisqu'il est notre Roi, il faut soumettre tout ce que nous avons à son service. Nous lui devons nos corps, nos cœurs et nos esprits afin qu'il en fasse comme de choses siennes, et que jamais nous ne les employions pour contrevenir à ses lois divines. Mais quelles sont-elles ces lois de notre Roi ? O quelles elles sont, mes chères Sœurs? C'est tout ce que je viens de dire, qu'il a observé le premier pour nous donner exemple : la très sainte humilité, la générosité, la patience, la constance et invariable persévérance, et enfin la très aimable et excellente vertu d'indifférence. Il veut que nous apprenions de lui ces vertus en la considération de sa Mort et Passion, et désire que nous lui témoignions par icelles notre amour et notre fidélité, puisque ç'a été en les pratiquant qu'il nous a montré l'excellence et l'ardeur du sien envers nous qui en étions si indignes. Que le nom de Jésus soit éternellement Béni ! Amen.
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