La Pensée du Jour

 

Mercredi 19 Février 2003

Saint Gabin.

 

"Nous sommes de toutes parts environnés de mystères ; nos rapports avec Dieu en sont pleins : notre froideur et son amour, sa longanimité et notre insolence… Nous ne savons ce qui est le plus étrange, le plus inexplicable. Si nous considérons attentivement combien peu nous aimons Dieu et de quelle manière nous le lui témoignons, nous serons forcés de reconnaître que les hommes n'accepteraient pas les uns des autres un pareil service ; ils le rejetteraient avec mépris, ils le regarderaient comme une insulte. Un père déshériterait son fils, un ami romprait avec son ami le plus tendre si on répondait à leur amour comme nous répondons à celui de notre Père céleste. Cependant c'est le Dieu éternellement béni à qui, étant ce qu'il est, nous osons, étant ce que nous sommes, offrir ce semblant moqueur d'adoration ! Va-t-il ouvrir les cieux, lancer sur nous ses traits enflammés, nous annihiler à jamais, pour que nous ne soyons pas plus longtemps la honte de son admirable création ? Ou bien rejettera-t-il notre service avec indignation ou du moins avec une dédaigneuse indifférence ? Nous ne comprenons pas aisément pourquoi il ne le fait pas ! Mais, tout au contraire, il daigne accepter et récompenser notre pitoyable affection, et ses récompenses et ses bénédictions nous égarent ; car nous commençons à mesurer nos mérites d'après la grandeur de ses récompenses et non d'après leur bassesse réelle ; nous croyons l'avoir traité avec une grande générosité dont sa munificence même est la preuve, tandis que, au contraire, nous trouvons qu'il demande beaucoup de nous ; notre esprit ne voit plus ses droits, notre cœur ne les sent pas. Et Dieu voit tout cela, et il n'en témoigne rien, non qu'il soit insensible à notre ingratitude, mais parce qu'il ne veut même pas la voir. On ne peut concevoir d'amour plus tendre que celui du Très-Haut qui a prédestiné de toute éternité, puis tiré du néant les objets de son choix et de sa prédilection. Cependant Dieu ne paraît pas sentir notre froideur et notre perversité ; il paraît, au contraire, priser ce que nous lui donnons et jouir de sa possession. Il voulait davantage ; il avait posé d'autres conditions, il demandait plus qu'il n'a obtenu, mais il ne se plaint pas, et ne pouvant faire accepter ses conditions, il se contente des nôtres.

Est-il possible que ce soit de Dieu que nous osons parler de la sorte ? Pourquoi nous tous, ses enfants, ne formons-nous pas une ligue pour consoler son cœur ? Et vous, anges du ciel, pourquoi votre adoration de sa divine majesté ne se change-t-elle pas toute en larmes ?"

 

 

R.P. Frédéric William Faber