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La
Pensée du Jour Samedi 15 Février 2003 Saint Claude de La Colombière. Saint
François d'Assise décrit pour frère Léon ce qu'est "la joie
parfaite".
[suite] Et
comme de tels propos avaient bien duré pendant deux milles, frère Léon
fort étonné l'interrogea et dit : "Père, je te prie de la
part de Dieu, de me dire où est la joie parfaite". Et Saint
François lui répondit : "Quand nous arriverons à Sainte Marie
des Anges, ainsi trempés par la pluie et glacés par le froid, souillés
de boue et tourmentés par la faim, et que nous frapperons à la porte
du couvent, et que le portier viendra en colère et dira : "Qui
êtes-vous ?", et que nous lui répondrons : "Nous
sommes deux de vos frères", et qu'il dira : "Vous ne
dites pas vrai, vous êtes même deux ribauds qui allez trompant le
monde et volant les aumônes des pauvres dehors dans la neige et la
pluie, avec le froid et la faim, jusqu'à la nuit", alors si
nous supportons avec patience, sans trouble, sans murmurer contre lui,
tant d'injures et tant de cruauté et tant de rebuffades, et si nous
pensons avec humilité et charité que ce portier nous connaît véritablement
et que Dieu le fait parler contre nous, ô frère Léon, écris que là
est la joie parfaite. Et si nous persistons à frapper, et qu'il sorte
en colère et qu'il nous chasse comme des vauriens importuns, avec force
vilenies et soufflets en disant : "Allez-vous en d'ici, misérables
petits voleurs, allez à l'hôpital, car ici vous ne mangerez ni ne
logerez", si nous supportons tout cela avec patience, avec allégresse,
dans un bon esprit de charité, ô frère Léon, écris que là est la
joie parfaite. Et si nous, contraints pourtant par la faim, et par le
froid, et par la nuit, nous frappons encore et appelons et le supplions
pour l'amour de Dieu avec de grands gémissements de nous ouvrir et de
nous faire cependant entrer, et qu'il dise, plus irrité encore : "Ceux-ci
sont des vauriens importuns, et je vais les payer comme ils le méritent",
et s'il sort avec un bâton noueux, et qu'il nous saisisse par le
capuchon, et nous jette à terre, et nous roule dans la neige et nous
frappe de tous les nœuds de ce bâton, si tout cela nous le supportons
patiemment et avec allégresse, en pensant aux souffrances du Christ béni,
que nous devons supporter pour son amour, ô frère Léon, écris que
cela est la joie parfaite. Et enfin, écoute la conclusion, frère Léon : au dessus de toutes les grâces et dons de l'Esprit Saint que le Christ accorde à ses amis, il y a celui de se vaincre soi-même, et de supporter volontiers pour l'amour du Christ, les peines, les injures, les opprobres et les incommodités : car de tous les autres dons de Dieu nous ne pouvons nous glorifier puisqu'ils ne viennent pas de nous, mais de Dieu, selon ce que dit l'Apôtre : "Qu'as-tu que tu ne l'aies reçu de Dieu ? Et si tu ne l'as reçu de lui, pourquoi t'en glorifies-tu comme si tu l'avais de toi-même ?" Mais dans la croix de la tribulation et de l'affliction, nous pouvons nous glorifier parce que cela est à nous, c'est pourquoi l'Apôtre dit : "Je ne veux point me glorifier si ce n'est dans la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ". A qui soit toujours honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen." Saint François d'Assise.
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