La Pensée du Jour
lundi 4 mars 2002
" Les jugements des enfants des hommes sont téméraires, parce qu'ils ne sont pas juges les uns des autres, et jugeant ils usurpent l'office de Notre-Seigneur; ils sont téméraires, parce que la principale malice du péché dépend de l'intention et conseil du cœur, qui est le secret des ténèbres pour nous; ils sont téméraires, parce qu'un chacun a assez à faire à se juger soi-même, sans entreprendre de juger son prochain... Selon les causes des jugements téméraires, il faut y remédier.
Il y a les cœurs aigres, amers et âpres de leur nature, qui rendent pareillement aigre et amer tout ce qu'ils reçoivent, et convertissent, comme dit le Prophète, le jugement en absinthe, ne jugeant jamais du prochain qu'avec toute rigueur et âpreté...
Certains jugent témérairement non point par aigreur mais par orgueil, leur étant avis qu'à mesure qu’ils dépriment l'honneur d'autrui, ils relèvent le leur propre...
Quelques-uns n'ont pas cet orgueil manifeste, mais seulement une certaine petite complaisance à considérer le mal d'autrui, pour savourer et faire savourer plus doucement le bien contraire, duquel ils s'estiment doués...
Plusieurs s'adonnent au jugement téméraire, pour le seul plaisir qu'ils prennent à philosopher et deviner des mœurs et humeurs des personnes, par manière d'exercice d'esprit...
Les autres jugent par passion, et pensent toujours bien de ce qu'ils aiment et toujours mal de ce qu'ils haïssent...
La charité est le grand remède à tous les maux mais spécialement pour celui-ci... Si une action pouvait avoir cent visages, il la faut regarder en celui qui est le plus beau... Quand nous ne pouvons excuser le péché, rendons-le au moins digne de compassion, l'attribuant à la cause la plus supportable qu'il puisse avoir, comme à l'ignorance et à l'infirmité. "
Saint François de Sales,