La Pensée du Jour

dimanche 2 juin 2002

Présentation de la Beauce à Notre Dame de Chartres

(5ième partie)

D'autres viendront vers vous du noble Vermandois,
Et des vallonnements de bouleaux et de saules.
D'autres viendront vers vous des palais et des geôles.
Et du pays picard et du vert Vendômois.
Mais c'est toujours la France, ou petite ou plus grande,
Le pays des beaux blés et des encadrements,
Le pays de la grappe et des ruissellements,
Le pays de genêts, de bruyère, de lande.
Nous arrivons vers vous du lointain Palaiseau
Et des faubourgs d'Orsay par Gometz-le-Châtel,
Autrement dit Saint-Clair; ce n'est pas un castel;
C'est un village au bord d'une route en biseau.
Nous avons débouché, montant de ce coteau,
Sur le ras de la plaine et sur Gometz-la-Ville
Au-dessus de Saint-Clair; ce n'est pas une ville;
C'est un village au bord d'une route en plateau.
Nous avons descendu la côte de Limours.
Nous avons rencontré trois ou quatre gendarmes.
Ils nous ont regardé, non sans quelques alarmes,
Consulter les poteaux aux coins des carrefours.
Nous avons pu coucher dans le calme Dourdan.
C'est un gros bourg très riche et qui sent sa province.
Fiers nous avons longé, regardé comme un prince,
Les fosses du château coupés comme un redan.
Dans la maison amie, hôtesse et fraternelle
On nous a fait coucher dans le lit du garçon.
Vingt ans de souvenirs étaient notre échanson.
Le pain nous fut coupé d'une main maternelle. (à suivre …)

                                                                                    Charles Péguy.

 

La Pensée du Jour

lundi 3 juin 2002

Présentation de la Beauce à Notre Dame de Chartres

(6ième partie)

Toute notre jeunesse était là solennelle.
On prononça pour nous le Bénédicité.
Quatre siècles d'honneur et de fidélité
Faisaient des draps du lit une couche éternelle.
Nous avons fait semblant d'être un gai pèlerin
Et même un bon vivant et d'aimer les voyages,
Et d'avoir parcouru cent trente et un bailliages,
Et d'être accoutumés d'être sur le chemin.
La clarté de la lampe éblouissait la nappe.
On nous fit visiter le jardin potager.
Il donnait sur la treille et sur un beau verger.
Tel fut le premier gîte et la tête d'étape.
Le jardin était clos dans un coude de l'Orge
Vers la droite il donnait sur un mur bocager
Surmonté de rameaux et d'un arceau léger.
En face un maréchal, et l'enclume, et la forge.
Nous nous sommes levés ce matin devant l'aube.
Nous nous sommes quittés après les beaux adieux.
Le temps s'annonçait bien. On nous a dit tant mieux.
On nous a fait goûter de quelque bœuf en daube,
Puisqu'il est entendu que le bon pèlerin
Est celui qui boit ferme et tient sa place à table,
Et qu'il n'a pas besoin de faire le comptable,
Et que c'est bien assez de se lever matin.
Le jour était en route et le soleil montait
Quand nous avons passe Sainte-Mesme et les autres.
Nous avancions déjà comme deux bons apôtres.
Et la gauche et la droite était ce qui comptait. (à suivre …)

                                                                                        Charles Péguy.