D. - N'auriez-vous point quelques bons avis convenables à
réprimer toutes ces émotions qui mettent tant d'obstacles à la vertu et à la
grâce ?
R. - Oui, j'en ai appris quelques-uns d'un Père spirituel,
qui me semblent fort utiles.
- Lorsqu'un autre sera d'opinion contraire à la mienne, s'il n'y a point de
péché, et que ce soit en chose petite, je prendrai la sienne, me
persuadant que je me puis tromper.
- - Lorsque j'aurai quelque pensée de présomption, j'aurai aussitôt
recours à d'autres pensées qui m'humilient.
- - Étant sollicité par quelqu'un, ne l'éconduire que si nous sommes dans
l’impossibilité de le satisfaire et l’encourager par nos paroles.
- - Lorsque je sentirai une grande inclination à faire quelque chose, je
laisserai, s'il y a moyen, passer cette chaleur avant que de commencer.
- - Lorsque je sentirai mon cœur ému de colère, je ne dirai mot,
quoiqu'il me semble avoir raison.
- - Avant que de répondre aux demandes qu'on me pourrait faire, je
laisserai passer le premier mouvement, qui souvent me fait commettre force
impertinences.
- - J'aurai à cœur la douceur, la bénignité et affabilité avec tous.
- - Je ne me fâcherai jamais pour quoi que ce soit.
- - Je ne parlerai jamais de moi, qu'en grande nécessité, et alors avec
humilité.
- - Lorsque je voudrai dire quelque chose, j'y penserai bien auparavant,
pour ne pas commettre quelque imprudence; et je me tairai plutôt que de
parler impertinemment.
- - Lorsque je me sentirai porté à juger mal des actions d'autrui, j'en
chasserai par douceur la pensée.
- - Aux occasions d'endurer quelque chose, j'élèverai le cœur à Dieu
avec grande confiance, et je me garderai bien de donner quelque témoignage
d'impatience.