La Pensée du Jour
vendredi 21 juin 2002
"Quelle pourrait être la
finalité de toute la souffrance de la Croix acceptée d'avance ? Une telle
offrande n'est pas concevable sans concevoir, si faiblement soit-il, le pourquoi
de cette offrande. Et apparaît alors dans toute sa lumineuse simplicité,
l'essence de la mystérieuse agonie du Christ.
Mon Père, s'il est possible, que passe loin de moi ce calice ! Cependant non comme je veux moi, mais comme vous voulez (Matthieu, 26,39.). Quand Jésus a prononcé ce si possible, demandait-il d'être libéré de la charge du salut des âmes ? Quand son esprit a lancé cet appel, avait-il soudain préféré, ne serait-ce que pour quelque moment, se détacher de sa mission et puis vivre, vieillir et s'éteindre un jour, selon le sort de tout homme ?
Ce sont là des pensées qui s'évanouissent comme des fictions vaines de l'orgueil de l'homme; elles s'évanouissent quand notre entendement et notre cœur pénètrent humblement et avec abandon dans l'enceinte de Gethsémani. Là, nos catégories selon lesquelles nous percevons et nous jugeons s'estompent, ou plutôt sont transformées, prenant une autre teneur et une autre ampleur. Et c'est ainsi que tant l'entendement que le cœur, dans une harmonie de paix, reçoivent le mystère de l'Être qui priait étendu sur la terre pour le salut des hommes. Car l'appel du si possible ne signifiait pas la lassitude et que le Christ préférât qu'un autre se charge du salut des hommes. Le Christ ne priait pas seulement pour lui ; il priait au nom de tous les hommes, auxquels il s'était lié par son offrande : comme vous voulez.
Le Christ, Personne unique d'essence divine, vivait intérieurement comme Rédempteur des hommes dans sa plénitude humaine, la souffrance, par amour inconcevable, devant la méchanceté et le péché qui engendraient sa Passion et sa Mort.
Alors l'âme, avec tout son potentiel d'intelligence et d'amour, pénètre dans le mystère de l'Incarnation et de l'agonie de Gethsémani et comprend que la Rédemption de l'homme n'était pas l'œuvre d'un enseignement nouveau, ni l'exemple d'une perfection grande et inconnue jusqu'alors. L'homme comprend que sa rédemption n'était pas un renouveau moral ; elle était tout d'abord un acte touchant le principe de l'être de l'homme, touchant la régénération de la loi de génération de l'homme."
Cardinal Joseph Siri,
Gethsémani.