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Sermon du 31 octobre 2021 donné à l’occasion de la Messe solennelle en l’honneur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Roi, fête titulaire de l’Institut

par Mgr Wach,
Prieur Général de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre

Monsieur le Supérieur,
Messieurs les chanoines,
Ma Mère,
Messieurs les abbés,
Mes sœurs,
Mes bien chers frères,

La sainte Église de Dieu, dans sa divine liturgie, nous offre aujourd’hui de contempler et de vivre avec toute la Cour céleste la gloire de Notre Jésus, Roi du Ciel et de la terre.

Nous adorons cette royauté d’amour qui découle de l’arbre de la Croix. Roi et rédempteur, prêtre et victime, Dieu et homme, voilà le Christ Sauveur du monde qui se présente à nous aujourd’hui.

Avec vous, chers prêtres, séminaristes et sœurs de l’Institut du Christ Roi, il me plaît de considérer ce matin deux aspects de cette royauté universelle du Seigneur.

Le premier qui est cultuel. C’est Vous, ô Jésus, Vous seul qui êtes l’Hymne parfaite puisque Vous êtes la vraie Gloire du Père. Personne ne peut dignement glorifier votre Père que par vous : Per ipsum et cum ipsum et in ipso est tibi Deo Patri… Omnis honor et gloria. Vous êtes venu sur terre pour rendre un culte d’amour à votre Père. Vous êtes le trait d’union entre la liturgie de la terre et la liturgie du Ciel à laquelle vous voulez nous associer tous. Votre Incarnation est venue unir d’une manière substantielle et vivante l’humanité et la création toute entière à la liturgie divine. C’est un Dieu qui loue Dieu. Louange pleine et parfaite qui a son apogée dans le Sacrifice du Calvaire.

Avant de quitter la terre, vous avez donné à votre Église la mission de continuer, jusqu’à la consommation des siècles, la prière et la louange que votre cœur n’a cessées de faire monter vers votre Père durant votre vie mortelle, et qui Lui offre encore incessamment au tabernacle et dans la splendeur du Royaume céleste.

Et c’est aux prêtres de votre Église que revient l’incomparable devoir d’exercer leur sacerdoce pour Vous continuer sur terre à travers les siècles.

Le Pape saint Pie X, à l’aube du siècle dernier, prenait comme devise : « Tout restaurer dans le Christ ». Celle-ci est toujours d’une grande actualité et d’une pressante nécessité. Mais la restauration de toutes choses dans le Christ ne s’accomplira pas sans que les chrétiens — et plus particulièrement les prêtres et les personnes consacrées — remettent à la place qui est la sienne, c’est-à-dire la première, la sainte Liturgie : le culte que l’homme doit rendre à Dieu.

Et c’est pourquoi nous, dans l’Institut du Christ Roi, avons choisi saint Benoît comme premier saint patron pour mieux nous faire comprendre que la Liturgie est la raison d’être du Sacerdoce hiérarchique. Les prêtres sont faits pour elle, et c’est l’exercice de leurs fonctions ministérielles qui les fait subsister dans leur identité sacerdotale.

La Liturgie est le cœur de l’Église. Culte du Christ, elle émane de son Cœur « Temple Saint de Dieu » et « Tabernacle du Très-Haut ». Sur la terre comme au Ciel, le Christ, notre Grand-Prêtre, rend à son Père le seul Culte agréé. Dans le Cœur de Jésus, la liturgie terrestre et la liturgie céleste ne forment qu’une seule et parfaite louange.

Là est le trône de la Miséricorde divine.

Là est l’Autel et le lieu de l’immolation du Rédempteur.

C’est en vue de dispenser le Sang de la Rédemption et les richesses infinies du Cœur blessé de Jésus que nous, prêtres, membres du Sacerdoce hiérarchique, avons été marqués du Caractère et comblés de la grâce de l’Ordre.

Notre première fonction est donc cultuelle, et c’est par le culte — donc par les seuls mérites du Christ — qu’est opérée la sanctification de l’homme.

Ainsi que l’a enseigné le dernier Concile : la liturgie est la source et le sommet de la vie chrétienne. C’est par le culte du Christ, dans l’administration des Sacrements, que les fidèles reçoivent le sacerdoce baptismal, et croissent dans la vie chrétienne. Ainsi s’étend le Royaume du Christ Roi.

En eux prie le Christ, ils sont rendus agréables à la Justice du Père et sont l’objet des complaisances de son Esprit d’Amour, en vertu de leur humble union à l’unique Sacrifice du Verbe.

Il convient donc que les fidèles du Christ s’abreuvent à la source pure de la liturgie catholique. C’est ce que Pie XI, à une époque déjà troublée par la peste de l’indifférentisme, et menacée par l’odieuse déchristianisation de la société, avait bien compris en instaurant la fête liturgique de la royauté du Christ. Le pape déclarait en effet dans l’admirable encyclique Quas Primas :

Il faut faire connaître le plus possible la doctrine de la dignité royale de notre Sauveur. Or, aucun moyen ne semble mieux assurer ce résultat que l’instruction d’une fête propre et spéciale en l’honneur du Christ Roi. Car pour pénétrer le peuple des vérités de la foi et l’élever ainsi aux joies de la vie intérieure, les solennités annuelles des fêtes liturgiques sont bien plus efficaces que tous les documents, même les plus graves, du Magistère ecclésiastique.

Ceux-ci n’atteignent habituellement que le petit nombre et les plus cultivés, celles-là touchent et instruisent tous les fidèles. Les uns, si l’on peut dire, ne parlent qu’une fois, les autres le font chaque année et à perpétuité. Et si les derniers s’adressent surtout à l’intelligence, les premières étendent leur influence salutaire au cœur et à l’intelligence, donc à l’homme tout entier.

Le deuxième aspect de cette royauté est sociétal, or, je n’hésite pas à vous rappeler ce qu’un des plus grands évêques de France du xixe siècle, le Cardinal Pie, enseignait avec autorité à la face d’un monde ivre de sa propre raison : « Les problèmes de la société se résoudront par l’exercice public du culte divin ».

En effet, dans la sainte Liturgie, est manifestée d’une manière efficace la soumission amoureuse de la créature à son Seigneur.

Cette soumission à Dieu est à la base de l’ordre, ordre intérieur, mais aussi ordre extérieur et donc social : harmonie parfaite, ordre par excellence de la prééminence auquel l’ordre temporel reçoit ses lois et par lequel il est sanctifié.

Nous en revenons toujours là, malgré les discours des uns et des autres : il n’y aura de véritable paix que dans le règne social du Christ.

Écoutons ce que disait notre regretté Pape Benoît XVI :

Aujourd’hui, Dieu lui-même est méprisé. Dieu est pour les hommes une entrave. Ou bien on Le réduit à une simple phrase pieuse, ou bien Il est nié totalement, mis au ban de la vie publique, au point de perdre toute signification. La tolérance, qui admet pour ainsi dire Dieu comme une opinion privée, mais Lui refuse le domaine public, la réalité du monde et de notre vie, n’est pas tolérance mais hypocrisie, et la justice ne peut pas exister.

N’assistons-nous pas effarés, abasourdis même, à un désastre sans égal dans le monde et notre société contemporaine. Gricigliano étant en Toscane, tout proche de la superbe Florence, il me vient souvent à dire que nous sommes retournés à la Renaissance… mais seulement pour sa décadence, car nous ne voyons aujourd’hui ni art, ni poésie, ni musique, ni tout ce qui a fait la beauté de ces temps jadis bien troublés.

Alors, mes chers amis, pour ce faire, j’ai la témérité, toujours avec le Cardinal Pie, de souhaiter le refleurissement et l’extension sur toute la terre du culte catholique. Pour l’Action sacrée, en laquelle la Justice surnaturelle et la Charité opèrent, la Chrétienté fut constituée. Ainsi seulement sera-t-elle à nouveau établie. C’est dans la pratique religieuse publique, participation au Sacrifice parfait du Sauveur, que la Chrétienté de demain sera sanctifiée, et par là confirmée et restaurée.

Mais prenons garde ! La Liturgie est constituée d’allégories, de symboles, de cérémonies, d’exhortations, de magnificence telle que l’Église l’a voulu ; c’est pour mieux manifester la grande et sublime réalité qu’est la Croix du Roi que nous fêtons aujourd’hui.

Louange pleine et parfaite qui a son apogée dans le Sacrifice du Calvaire.

Oui, mes bien chers amis, le secret, le salut, le triomphe de l’Église c’est la Croix du Christ, c’est la Croix du Calvaire, la Croix de la Passion, celle qui est sur notre maître-autel, celle, écoutez bien, celle qui doit être dans notre cœur, dans notre chair. Pas de Salut sans la Croix, pas de Rédemption sans la Passion, pas de chrétienté sans chrétiens, pas d’Église sans prêtre et pas de prêtre sans croix.

Alors il me semble que vous avez choisi la bonne voie : celle de souffrir, celle d’offrir, celle de s’unir à la Croix du Roi de Gloire car ainsi vous aurez tous part à sa Gloire, nous aurons tous part à sa Gloire, si nous embrassons, si nous aimons la Croix de notre royal Sauveur.

Nous connaîtrons l’incompréhension, le rejet, la trahison, la haine, certes, nous serons des signes de contradiction — comme se plaisait à le répéter souvent le saint Pape Jean-Paul II, de vénérable mémoire.

Mais, comme chrétiens, nous affirmons à la face du monde que la souffrance est salvifique lorsqu’elle est unie à celle de notre Sauveur. C’est le cœur même de notre religion d’Amour. Et je souhaite que vous, prêtres, futurs prêtres et religieuses de l’Institut du Christ Roi, vous approfondissiez toujours plus ce Mystère.

Oui, le Christ est Roi et sa Couronne lui vient de sa Croix. Le Christ triomphe par sa Rédemption. Sachons donc répondre à son appel, prendre notre croix et Le suivre.

Beaucoup sont appelés, peu sont élus !

Pour nous secourir, l’Église nous montre, l’Église nous donne comme modèle la Reine du Ciel et de la terre, qui est à la fois la mère des douleurs et la mère des douceurs.

Vous voulez que le Christ règne, chrétiens, religieuses, séminaristes, prêtres ? Alors faites-Le régner en vous !

Prononçons donc aujourd’hui notre « fiat » pour que la Volonté de Jésus et de Marie soit faite sur la terre comme au Ciel.

Ainsi soit-il.