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L’apparition de Jésus ressuscité à Sa très sainte Mère

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« L’hiver est passé et les pluies ont cessé ; les fleurs sont écloses en notre terre, la tourterelle a fait entendre sa voix dans nos campagnes et la vigne fleurie a exhalé son agréable odeur. » (Ct II, 11-13)

Matin de Pâques : dans le jardin, l’astre du jour va bientôt laisser entrevoir Ses premiers rayons, la rosée scintille sous les étoiles et tout est baigné d’un profond silence ; le ciel commence à s’éclairer et à s’illuminer. L’aurore approche…
Les gardes qui veillent sur le Tombeau de Jésus se sont laissés gagner par le sommeil, ils sont profondément assoupis devant la lourde porte de pierre.
A l’intérieur du Tombeau, Notre-Seigneur se réveille du sommeil de la mort, Son âme se réunit à Son Corps sacré, Sa chair glorieuse se revêt d’une beauté éternelle, une lumière surnaturelle jaillit de Ses cinq plaies, Il est revêtu de splendeur et de gloire…
« Cette chair que l’on jugeait vouée à la corruption du sépulcre en sort toute transformée, la vie qui semblait à jamais éteinte reprend une nouvelle naissance, et la santé qui paraissait absorbée pour toujours revient plus brillante après le trépas… » (St Augustin)
Jésus jaillit alors hors du Tombeau, Son divin regard se pose sur tout ce qui l’entoure et Il sourit en le contemplant.
Tout son être tressaille d’allégresse ! Et la création qui l’entoure semble participer à Sa joie et à Sa beauté.
Les feuillages et les herbes s’agitent et se balancent sous la brise légère du matin, les oiseaux font entendre leurs premiers chants, quelques étoiles brillent encore au firmament tandis que les corolles des fleurs commencent à s’entrouvrir…
La création seule est témoin de ce moment unique où Jésus foule à nouveau notre terre, revêtu de Sa splendeur et majestueux dans Son vêtement de gloire !
Son Corps est revêtu des quatre principales prérogatives de la gloire : la clarté, l’agilité, la subtilité et l’impassibilité. Il est tout transfiguré, éblouissant de beauté et de lumière.

Au même instant, la Vierge Marie est agenouillée en prière, elle n’a pas du tout dormi. Elle parle à Jésus dans son cœur, par moments elle ploie encore sous l’intensité de sa douleur en repensant à tout ce qu’elle vient de vivre ces dernières heures, elle est abattue, épuisée de fatigue et son visage est marqué par la douleur et par l’abondance des larmes qu’elle a versées…
Elle pense au corps de son Fils bien-aimé dans le tombeau, marqué de tant de plaies cruelles, elle repense à l’effroi qu’elle     a ressenti en Le tenant sans vie entre ses bras, Lui qui est la Vie.
Son cœur continue d’agoniser, mais elle redit intérieurement son oui au Père, pour que tout advienne selon Sa volonté ; elle n’est plus qu’offrande d’amour au Père.
Et elle ne trouve d’adoucissement à sa peine que dans la vivacité de sa foi et la fermeté de son espérance…

Les saintes femmes, quant à elles, ont passé toute la soirée à préparer les aromates pour aller oindre le corps de Jésus, elles aussi ont veillé toute la nuit dans la prière, incapables de trouver le sommeil après ces heures douloureuses. Bien qu’il fasse encore sombre, elles viennent de quitter silencieusement la maison pour rejoindre le Tombeau.
Mais elles ont persuadé la sainte Vierge de ne pas les accompagner.
Nous pouvons être étonnés que Marie soit restée ainsi à la maison au lieu d’aller au sépulcre avec elles.
Mais « trois raisons peuvent justifier sa conduite : la première est qu’elle n’aurait pu voir le tombeau de son Enfant bien-aimé sans éprouver à nouveau une douleur très poignante, qui aurait transpercé son âme comme un nouveau glaive », prolongeant ainsi le martyre terrible de son âme.
« Il est à présumer aussi que si elle eût voulu accompagner les saintes femmes, saint Jean, chargé de la garder, ne l’eût pas laissée partir » de crainte que sa désolation ne soit trop intense devant le Corps si meurtri de son Jésus.
« Une autre raison est que Marie avait déjà versé tant de larmes et poussé tant de soupirs qu’elle ne pouvait plus se soutenir. Elle était si épuisée de fatigue et si brisée par l’affliction qu’elle aurait risqué de tomber en défaillance.
Enfin, le troisième motif est que la sainte Vierge savait intérieurement que Jésus devait ressusciter, immortel et incorruptible : aussi elle ne voulait pas aller Le chercher là où Il n’était déjà plus. »
 
Marie reste donc seule et retirée : distraite quelques minutes de son oraison par le départ des saintes femmes, elle plonge à nouveau un profond recueillement ; son âme oscille entre la tristesse et l’espérance.
Au fil des heures, elle remarque que la douce flamme de l’espérance domine au creux de sa douleur, que cette petite lueur ne cesse de grandir et de l’envahir plus profondément, de se faire plus forte et plus consolante : elle repasse alors en son cœur les paroles de Jésus : « Détruisez ce Sanctuaire, et moi en trois jours je le relèverai… » (Jn II, 19) « Le Fils de l’homme doit être livré aux mains des hommes, ils le tueront, et le troisième jour il ressuscitera. » (Mt XVII, 23)
« Voici que je chasse les démons et que j’ accomplis des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour, je suis consommé ! » (Lc XIII, 32)
Combien ces paroles sont douces et réconfortantes à sa mémoire… Elle les savoure !
Immergée dans la prière, elle se fait suppliante, implorant son Jésus bien-aimé de hâter l’heure de Sa résurrection, de tenir Ses promesses. Elle L’appelle secrètement. Elle le désire et L’attend.

Soudain, alors qu’elle est toute absorbée dans ses méditations, Jésus apparaît à ses yeux, elle ne sait pas comment Il est entré ; elle Le voit tout à coup devant elle, sublime et rayonnant. Elle Le reconnaît instantanément.
Son visage est radieux, tout brillant de gloire et de beauté.
A sa vue,  elle se prosterne et L’adore profondément.
Elle reste ravie en extase d’amour et en contemplation, remplie d’une joie qu’elle ne peut contenir et qui est pourtant toute paisible et pleine de douceur.
Mais Jésus ne veut pas la voir rester ainsi à genoux devant Lui. Il tend Ses mains vers elle et la relève ; Marie peut alors constater la marque de Ses blessures.
Combien elle est émue en regardant les plaies lumineuses de Son enfant.
Elle se jette dans Ses bras et l’embrasse affectueusement, toute en larmes, tandis que Jésus la serre contre Son divin cœur et la caresse tendrement.
Tout chagrin disparaît de l’âme de Marie, et sa douleur se change en une allégresse indicible.

Tous deux s’étant assis, Marie contemple avec admiration la face de Jésus, elle plonge ses yeux dans les siens, si lumineux ; « elle considère avec attention les cicatrices de chacune de Ses blessures ; elle s’assure et se convainc qu’Il n’éprouve plus aucune peine ni souffrance. » (Ludolphe le Chartreux)
Elle a l’impression de renaître elle aussi à la vie ! Jamais elle ne L’a vu si beau ! Le blanc de Sa tunique paraît n’être que lumière…
Par moment, elle ose à peine Le regarder tant elle est éblouie par Sa majesté divine. Près de Lui, elle se sent la plus petite des créatures, un pur néant, mais tellement comblée de grâces.
Elle voudrait que le temps s’arrête et ne plus jamais cesser de regarder à loisir son enfant !
Et « quelle jubilation en son âme lorsqu’elle pense qu’Il est ressuscité pour vivre pendant toute l’éternité, lorsqu’elle réalise qu’elle contemple en Lui Le Roi du Ciel et de la terre, le Maître souverain de toute créature ! » (Ibid)
Tous les deux prolongent quelques instants leur suave entretien : « Notre-Seigneur apprend à Marie comment Il a délivré des enfers les âmes des justes et des patriarches, ses ancêtres, ainsi que tout ce qu’Il a fait pendant Ses trois jours d’absence ». (ibid)
Il lui dit aussi toute la consolation et toute la force qu’Il a reçu de sa présence à la Croix, de ses prières et de son amour maternel.

Mais très vite Jésus doit repartir pour aller consoler et réveiller la foi de Ses disciples, afin qu’ils deviennent les messagers de Sa résurrection.
Cette séparation ne coûte pas à Marie, elle ne cherche pas à retenir Jésus ou à Le garder pour elle, elle ne s’attarde pas à Sa présence sensible ; elle n’a plus qu’un unique désir : se conformer à la volonté du Père sur elle à chaque instant.
Et les plus petites choses servent à rendre son amour plus pur et plus oblatif, elle est trop pauvre et trop pure pour avoir même la pensée de retenir Jésus à elle.

Et Notre-Seigneur ne lui est pas apparu pour conforter sa foi, car Il sait bien que pour croire, sa très sainte Mère n’avait pas besoin de signe extérieur, d’apparition visible et sensible.
Mais Il est venu à elle simplement par surabondance d’amour, pour partager tout ce qu’Il est avec celle qu’Il aime le plus. 
Il ne lui demande pas d’aller témoigner, Il ne l’envoie pas vers Ses disciples comme Il le fera bientôt avec Marie-Madeleine, car la place de Marie est d’être toute cachée, toute enclose dans le Cœur glorifié de son Enfant, unie à Lui d’une manière plus intense que jamais...
Elle est comme cachée en Lui, et séparée de tout ce qui est de ce monde : son corps est encore sur la terre mais son âme est déjà ressuscitée avec Jésus, comme l’exprimera saint Paul :
« Du moment que vous êtes ressuscité avec le Christ, recherchez les choses d’en-haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite du Père. Songez aux choses d’en-haut, et non plus celles de la terre. Car vous êtes morts et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu. » (Col III, 1-3).
La sainte Vierge est désormais toute immergée dans le mystère pascal de son Fils, il illumine son âme comme le plus précieux des trésors, et elle le savoure dans une intimité secrète et pleine de silence. Elle se repose déjà avec Lui dans le sein du Père, elle jouit de Sa gloire.
Elle sait que Son corps glorieux n’est pas pour la terre, c’est pourquoi elle Le laisse partir sans tristesse ; elle sait que même si elle recevra encore quelques visites de son Jésus, Il est fait maintenant pour le ciel, qu’Il va rejoindre au plus vite la maison de Son Père, et elle est heureuse de Son bonheur.
Quel plaisir elle éprouve aussi en pensant à toutes les âmes qu’Il a rachetées par les fruits abondants de Sa Passion, elle ne cesse d’y penser et de s’en réjouir, c’est en son cœur une source d’immense consolation…

Après le départ de Jésus, la sainte Vierge pénètre à nouveau dans une contemplation sublime : elle ne parle ni aux apôtres, ni aux saintes femmes de la visite de son Fils, mais elle la garde dans son cœur comme le plus précieux des secrets et elle attend que Jésus se manifeste Lui-même à eux.