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Le baptême de Notre Seigneur

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Arrivé à sa trentième année, Notre-Seigneur va commencer sa vie publique :

« Après avoir passé dans la peine et l’abjection les vingt-neuf premières années de sa vie mortelle, Jésus dit alors à sa mère que le temps était venu pour Lui d’aller manifester et glorifier Son Père, de se montrer au monde, auquel Il était resté caché jusque là, et d’opérer le salut des âmes. » (Ludolphe le Chartreux)

Le Maître de l'humilité, se mettant à genoux, demanda sa bénédiction à sa très sainte Mère. Mais s'agenouillant elle-même, et l'embrassant avec beaucoup de larmes, elle lui dit pleine de tendresse : « O mon fils béni, allez avec la bénédiction de votre Père et la mienne; souvenez-vous de moi, et ayez soin de revenir au plus tôt ». Et Il lui fit respectueusement ses adieux. (Petits Bollandistes)

Il partit donc de Nazareth, en Galilée, pour se rendre au Jourdain, là où saint Jean baptisait. Ce lieu était éloigné de dix-huit milles.

Notre-Seigneur va parcourir cette longue route seul,  et à pieds.

« Lui, le Maître du monde, Lui que des millions d’Anges assistent et servent dans Son Royaume, il marche sans aucune suite ni aucun honneur sur la terre, s’exposant à d’extrêmes fatigues. » (Ludolphe le Chartreux)

Il nous montre par là le chemin de l’humilité et de l’abnégation. 

 

Il arrive enfin au Jourdain, où Jean Baptise est entouré d’une grande foule, venue entendre sa prédication et se faire baptiser.

Jésus s’avance vers Jean : « le Créateur s’avance vers Sa créature, le Maître vers le serviteur, la Lumière vers le flambeau. »

 

Des Révélations d’Anne-Catherine Emmerich :

« Le cours d'eau où Jean baptise est comme un bras du Jourdain qui fait un détour d'environ une lieue au levant du fleuve. Ce bras est parfois si étroit qu'on peut le franchir d'un saut, d'autres fois il est plus large. La courbe que fait ce bras du Jourdain renferme de petits étangs et des fontaines qui en tirent leur eau. Un de ces étangs, séparé du bras par une chaussée, est le lieu où Jean baptise à Ainon. Jean a fait divers arrangements dans cet endroit. Il a creusé dans le rivage une petite baie dans laquelle s'avancent des langues de terre.

Jean Baptiste a déjà une vingtaine de disciples.

André et Jean l'évangéliste sont près de lui. La plupart des futurs apôtres et beaucoup de disciples ont été maintenant le trouver, excepté Pierre, qui a été baptisé précédemment, et le traître Judas, qui toutefois est allé déjà chez les pêcheurs des environs de Bethsaïde, et s'est enquis de Jésus et de Jean.

 

Jean-Baptiste a déjà donné le baptême à plusieurs personnes et il est environ dix heures lorsque Jésus, confondu dans les rangs des néophytes, descend aussi à son tour au réservoir.

 

Alors Jean s'incline profondément devant lui et dit : «  J'ai besoin d'être baptisé par Vous et c'est Vous qui venez à moi ? ».

Mais Jésus lui répondit : « Laissez faire, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice, que vous me baptisiez et que je sois baptisé par vous. » 

Il lui dit aussi : « Vous recevrez le baptême du Saint Esprit et du sang. »

Alors Jean l'invite à le suivre à l'île.

Puis il fait encore une belle instruction sur le Messie auquel il devait bientôt céder la place, et il se rabaissa tellement devant Lui que ses disciples en furent tout contristés.

 

Pendant le baptême de Jésus, le cœur de saint Jean-Baptiste était prêt à se briser a force d'amour.

 

Quand la baptême fut accompli, au moment où ils se préparaient à remonter les degrés, la voix de Dieu se fit entendre au dessus de Jésus, qui se tenait, seul, en prière, sur la pierre.

Il vint du ciel un grand bruit, comme le bruit du tonnerre, et tous les assistants tremblèrent et levèrent les yeux en haut. Une nuée blanche et lumineuse s'abaissa, et je vis au dessus de Jésus une forme ailée resplendissante, dont la lumière l'inonda comme un fleuve. Je vis aussi comme le ciel ouvert, et l'apparition du Père céleste sous sa forme accoutumée, et j'entendis, dans la voix du tonnerre, ces paroles : « Celui-ci est mon Fils bien aimé en qui je me complais ».

 

Je vis, à quelque distance, Satan paraître au dessus des eaux du Jourdain : c'était une forme noire et ténébreuse, semblable à un nuage, et, dans ce nuage, je vis s'agiter des dragons noirs et d'autres bêtes hideuses qui se pressaient autour de lui. Il semblait que, pendant cette effusion de l'Esprit Saint, tout ce qu'il y avait de mal, de péché, de venin dans le pays tout entier, se montrât sous des formes visibles, et se retirât dans cette figure ténébreuse comme dans sa source. C'était un spectacle horrible, mais rehaussant l'éclat indescriptible, la joie et la clarté qui se répandaient sur le Seigneur et sur l'île. La sainte fontaine brillait jusqu'au fond, et tout était transfiguré. On vit alors les pierres resplendir joyeusement au fond de la fontaine : et sur elles se montrèrent des anges en adoration ; car l'esprit de Dieu avait rendu témoignage, devant tous les hommes, à la pierre vivante et fondamentale, à la pierre angulaire de l'Eglise, pierre choisie et précieuse, autour de laquelle nous devons être posés comme des pierres vivantes pour former un édifice spirituel, un sacerdoce saint, afin de pouvoir offrir à Dieu, par Son Fils bien aimé en qui Il se complaît, un sacrifice spirituel qui lui soit agréable.

 

Cependant Jésus remonta les degrés et se rendit sous la tente voisine de la fontaine ; Jésus se revêtit alors de Ses habits que Lazare avait gardés. Puis Il sortit de la tente, et, entouré de ses disciples, il alla sur la partie découverte de l'île, près de l'arbre du milieu.

Pendant ce temps, Jean parlait au peuple, en faisant éclater sa joie, et il rendait témoignage de Jésus, proclamant qu'il était le Fils de Dieu et le Messie promis. Il rappela toutes les promesses faites aux patriarches et aux prophètes, lesquelles se trouvaient accomplies maintenant ; il parla de ce qu'il avait vu, de la voix de Dieu que tous avaient entendue, et il déclara qu'il se retirerait bientôt, lorsque Jésus reviendrait.

Il dit à tous d'aller à Lui désormais. » ( Révélations d’Anne-Catherine Emmerich)

 

 

Par son baptême, « Jésus a voulu pratiquer Lui-même ce qu’il prescrirait ensuite aux autres de faire, afin que personne ne repousse le baptême de la grâce puisque Lui-même n’a pas repoussé le baptême de la pénitence.

Il est venu pour écraser la tête du dragon dans l’eau du Jourdain, pour y effacer les péchés du monde et y noyer le vieil homme.

Il est venu aussi pour sanctifier ces eaux par le contact de sa chair immaculée, afin de leur communiquer la puissance de régénérer et de purifier ceux qui seraient baptisés après Lui… » (Ludolphe le Chartreux)

 

Essayons d’approfondir tout ce que Notre-Seigneur vient d’accomplir par son baptême, pour pénétrer les précieux enseignements qui y sont cachés.

 

Jean-Baptiste reconnaît Jésus

 

Ce moment unique où Jésus viendrait recevoir son baptême, Jean-Baptiste savait qu’il arriverait et il a dû l’attendre avec beaucoup d’émotion et un immense désir. Cette rencontre, il l’a sans doute préparée dans son cœur, il s’y est disposé avec une ferveur intense. Elle a dû le maintenir dans la vigilance.

         « Depuis longtemps déjà, saint Jean entretenait dans son cœur un vif désir et un ferme espoir de voir enfin l'arrivée de son Seigneur. Il levait sans cesse les yeux de son esprit vers Dieu, et poussant vers le Ciel de puissantes clameurs, il demandait sans cesse qu'il lui fût donné de voir bientôt la Con­solation d'Israël et l'Attente des nations, qu'il savait être proches. »

 

Et pour Jésus aussi, cette rencontre va être un moment important : ce sera le terme de sa vie cachée, sa manifestation par le Père… le début de son ministère public.

 

En voyant Notre-Seigneur venir à lui, Jean tressaille d’une joie indicible, Il le reconnaît tout de suite !

            « Son regard inspiré, sa pénétration prophétique, son cœur si pur, ne pouvaient manquer de distinguer, entre tous, Celui qu'il était chargé de faire connaître au monde, et qui était l'objet de sa mission divine. » (Petits Bollandistes)

 

Mais la vue de ce Dieu dont il a déjà tant prêché la justice, la sainteté et la puissance suprême, la laisse frappé d'étonnement et de crainte : une frayeur extraordinaire s'empare de lui. C'est pourquoi il lui adresse ainsi la parole : « C'est moi qui dois être baptisé par vous, et non vous par moi ; et cependant vous venez à moi ! ». Il marque ainsi sa profonde stupeur…

 

Il se sent si indigne de se laisser approcher par Jésus… Il est bouleversé et refuse de le baptiser.

En lui disant: «C'est moi qui dois être baptisé par Vous et Vous venez à moi ?» Jean-Baptiste montre bien qu’Il reconnaît Jésus et sait parfaitement qui Il est !

Il sait qu’il a en face de Lui son Dieu et son Sauveur…

 

D’autre part, l’une des vertus qui caractérise saint Jean est l’humilité, elle est son caractère le plus frappant et paraît dans toutes ses paroles et ses actions. Mais en cet instant, il va devoir se laisser dépasser par Jésus dans la pratique même de cette vertu ! Que ne dut-il pas ressentir en voyant Jésus se mettre au rang des pécheurs et s’abaisser devant lui pour lui demander le baptême…

Mais Jean va obéir et se soumettre à la volonté de Jésus, Lui qui ne se sent pas digne de Lui toucher les pieds, Lui qui voudrait se prosterner devant Jésus et demeurer ainsi longuement en adoration, il va devoir Le baptiser…

Pourtant il ne montre pas de résistance, Il Le laisse faire et s’en remet une fois encore dans une entière soumission et confiance aux ordres de Dieu. Sans bien le comprendre, il réalise Son plan d’amour et accomplit ainsi toute justice.

 

L’humilité de Jésus qui vient demander le baptême

 

« Sachez-le bien, mes frères, aucun péché n'obligeait Notre-Seigneur à venir vers Jean. » (St Augustin)

« Le baptême ne pouvait avoir aucun sens pour lui, puisqu’Il était sans péché, Il n’avait rien à se faire pardonner… » (St Jean Chrysostome)

En effet, le baptême impliquait la reconnaissance du péché, il était la confession des fautes « et la tentative de se dépouiller d’une vie ancienne mal vécue pour en recevoir une nouvelle. » (Benoît XVI). Cela n’était évidemment pas possible pour Notre Seigneur qui était sans péché…

 

Mais en se mêlant à la foule anonyme des pécheurs, Jésus veut nous enseigner par son exemple ce qu’est la justice et l’humilité : « Il faut que toute justice s’accomplisse ». Il désire accomplir parfaitement ce qui est juste…

Bien qu’Il soit l'innocence même et la sainteté par essence, Jésus n’a pas voulu entreprendre sa mission évangélique sans s'y préparer d’abord par la pénitence.

Il va ainsi s’incliner et s’abaisser tout entier devant sa mission de Rédempteur… Il ira jusqu’à oublier volontairement qu’Il est Dieu : « Il semble écarter de Lui, comme indigne de Lui, toute distinction qui le mettrait à part de notre chère humanité.

Il veut être et paraître de la même étoffe vivante que nous tous. » (Dom Delatte)

 

« Je suis venu mourir pour les hommes, n'est-ce pas juste que je sois aussi baptisé pour eux?

Il faut que je porte à son comble mon humilité. » (St Augustin)

Accomplir toute justice consiste donc pour Jésus à faire Lui-même le premier ce que tous devront faire ensuite, en leur donnant l’exemple.

Notre-Seigneur exerce ici une humilité surabondante puisqu’il choisit de s’abaisser sous la main de Son serviteur, or c’est bien là l’humilité parfaite qui consiste à « se soumettre même à ses inférieurs et à ne se préférer à personne. » (St Bernard)

Et « dans le monde où se trouve Jésus, cette « justice » est la réponse de l’homme à la Torah, elle manifeste l’acceptation de l’entière volonté de Dieu, la volonté de prendre sur Lui le « joug du Royaume de Dieu. » (Benoît XVI)

Jésus montre par là son adhésion parfaite et sans réserve à la volonté de Son Père, l’acceptation docile de Son joug…

 

Pour nous instruire, Jésus a donc voulu paraître ce qu’Il n’était pas et se mettre au même rang que les pécheurs, s’assimiler à eux, de manière à s’attirer le mépris et la confusion. Dans un monde tellement marqué par le péché, Il exprime par là sa solidarité avec les hommes devenus coupables par leurs fautes mais aspirant à la justice.

Il se fait donc solidaire des pécheurs et se fait leur égal, sans craindre de paraître l’un d’eux... « Il inaugure sa vie publique en prenant la place des pécheurs, et par là, Il anticipe la Croix. » (Benoît XVI)

Nous, nous agissons bien souvent d’une manière toute contraire, voulant paraître ce que nous ne sommes pas, et voulant nous hausser et avoir l’air meilleurs que ce que nous sommes en réalité, afin de nous attirer la gloire et la louange. Si nous croyons avoir une qualité, nous la faisons bien vite valoir et ressortir, mais par contre nous tâchons de dissimuler et de cacher nos défauts.

 

Aussi la conduite de Notre Seigneur doit nous servir d’exemple :

« Que chacun voie s’il veut imiter le Christ (Lui qui se regarde comme inférieur même à son inférieur) ou bien l’Antéchrist qui voulut d’élever au-dessus de toute divinité. Or il ne suffit pas que notre âme soit soumise à Dieu, elle doit être en même temps soumise à toute créature à cause de Dieu… C’est ainsi que  nous devons accomplir toute justice, en établissant la consommation de cette vertu dans la perfection de l’humilité.

Voulez-vous, chrétien, être parfaitement juste ? Allez comme le Christ trouver un plus petit que vous, témoignez-lui votre respect et votre déférence, et abaissez-vous devant votre inférieur. » (St Bernard)

Si Jésus a désiré pratiquer à un tel degré l’humilité, c’est pour que nous la recherchions avec ardeur, que nous l’aimions et la pratiquions nous aussi avec une grande affection.

« Le vrai humble n’enlève pas la gloire au Seigneur pour se l’arroger à lui-même, mais il renvoie tout honneur à Dieu pour ne se réserver que le seul mépris. Il ne blesse et ne condamne jamais le prochain ; il ne se préfère et ne se compare à personne mais il se regarde comme le moindre de tous, souhaitant et choisissant toujours la dernière place. » (Ludolphe le Chartreux)

 

En voyant que la justice va s’accomplir de cette façon et que Notre Seigneur vient mettre ainsi un comble à son humilité, Jean-Baptiste, tout rempli de confusion,  consent et souffre donc que Jésus reçoive son baptême. Il ne résiste pas davantage et ne le contredit pas plus longtemps, mais il Le laisse agir selon Sa volonté et accepte de Le baptiser.

 

Notre-Seigneur descend donc dans le Jourdain.

Il est plongé et caché dans les eaux, sa tête y est immergée sous la main de Jean…

La plongée dans l’eau signifie l’immersion dans la souffrance. Car dans la première Alliance, les eaux sont symboles de souffrance et de mort. (Ps LXVIII, 2) Il s’agit d’un flot qui anéantit et détruit…

« Aux yeux de la pensée antique, les eaux étaient une menace permanente pour le cosmos, pour la terre, le flot originaire capable d’ensevelir toute vie. Et par le biais de l’immersion, le fleuve intègre cette symbolique. » (Benoît XVI Jésus de Nazareth tome I p 35)

 

Et dans l’Evangile, Notre-Seigneur parlera souvent de Sa douloureuse Passion comme d’un baptême… ( « Je dois recevoir un baptême, et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé ! » Lc XII, 50 « Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire et être baptisé du baptême dont je sois être baptisé ? » Mc X, 38).

 

Pour être immergé dans les eaux du Jourdain, Notre-Seigneur doit quitter ses vêtements, geste qui préfigure déjà le dépouillement de Sa Passion, lorsque Ses vêtements Lui seront arrachés…

 

« Arrêtons un instant nos regards sur notre divin Maître ; contemplons le Dieu de Majesté qui se dépouille comme une simple créature. Il se plonge dans l’eau glacée, au milieu de la plus rude saison, et tout cela pour notre amour

Par le contact de sa chair sacrée, Il purifie et consacre les eaux, et leur communique la puissance de nous régénérer et de nous sanctifier.

Car ces eaux n’auraient jamais eu la vertu d’effacer les péchés si elles n’eussent été d’abord sanctifiées par la chair sacrée du Sauveur. »

Notre Seigneur est donc plongé dans ces eaux pour que nous puissions être nettoyés de toutes nos souillures.

Dans le baptême de Jésus, nous trouvons  la purification de nos péchés et la rénovation d’une vie toute spirituelle : nous mourons à nos péchés et vivons en Lui, nous embrassons une vie nouvelle en nous dépouillant de l’homme ancien pour revêtir le nouveau…`

            « Toutes les fois que nous retombons dans le péché, nous nous noyons et nous abîmons ; mais toutes les fois que par la pénitence, nous ressuscitons notre baptême, nous commençons de nouveau à ne plus pécher. Bien que la pénitence soit laborieuse et qu’on ne revienne pas à la sainteté perdue avec la même facilité qu’on l’a reçue la première fois, néanmoins les rigueurs de la pénitence sont pleines de douceur » (Bossuet)

 

Mais l’eau n’est pas seulement symbole de souffrance et de mort, elle est aussi symbole de vie…

« Les grands fleuves de la région – Le Nil, l’Euphrate, le Tigre – sont des grands dispensateurs de vie. De même le Jourdain était source de vie pour toute la région.

En plongeant dans cette eau, il s’agit donc de libérer l’homme de la boue de son passé, qui pèse sur sa vie et le défigure ; il s’agit d’un nouveau commencement, d’une mort et d’une résurrection. Il s’agit de repartir à zéro pour mener une vie nouvelle. Tout cela sera développé par la suite dans la théologie du baptême chrétien mais les germes en sont déjà posés dans la descente dans les eaux du Jourdain et la remontée sur la rive… » (Benoît XVI Jésus de Nazareth tome I p36)

 

La manifestation de Jésus Christ :

            « Les prodiges qui s'accomplirent au baptême de Jésus-Christ avaient pour but de rendre témoignage à ce Dieu humilié ; c'est en sa faveur qu'ils étaient produits. » (Petits Bollandistes)

 

Le Ciel s’ouvrit et le saint-Esprit descendit sur Lui sous la forme visible d’une colombe. (Lc III, 21)

 

Après avoir été baptisé, Jésus se mit en prière, demandant à Son Père d’envoyer le saint Esprit sur ceux qui devaient être baptisés après Lui.

Le ciel s’ouvrit alors et une splendeur incomparable entoura Jésus.

« Les cieux furent ouverts afin de nous montrer ce qui s’opère invisiblement au baptême de chaque chrétien…

Car à ce moment, Dieu nous appelle au Ciel et nous invite à ne plus rien avoir de commun avec la terre. » (St Jean Chrysostome)

Dieu nous manifeste par là qu’Il nous ouvre toutes grandes les portes du Ciel !

 

Le saint Esprit descendit alors sous la forme d’une colombe et vint reposer sur la tête de Jésus. Ce signe sensible revêt trois significations : il nous montre que Jésus possède la grâce dans toute sa plénitude, et que ceux qui reçoivent le baptême reçoivent réellement le Saint-Esprit. Et enfin que le Christ nous baptise par le Saint-Esprit en nous purifiant de toutes nos souillures.

 

Le Saint Esprit apparaît sous la forme d’une colombe car « de tous les animaux, elle seule pratique la fidélité dans l’amour dont elle est l’emblème.

Et la charité que donne le Saint-Esprit est la seule vertu que le démon ne saurait feindre. Le Saint-Esprit s’ est particulièrement réservé le don de la charité, parce que la pratique de cette vertu est la plus sûre marque pour reconnaître la présence de la grâce. » (St Jean Chrysostome)

C’est dans le Saint Esprit que résident la douceur et la simplicité, et il se communique aux âmes douces et humbles, il habite dans les cœurs qui sont remplis de la charité divine…

La colombe vient donc annoncer que la miséricorde divine remet nos péchés et qu’elle confère la grâce à tous ceux qui sont baptisés.

 

« La colombe est aussi l'emblème de l'humilité, de la simplicité, de la douceur et de la paix: elle est le signe de l'unité en Dieu, dans le baptême, dans l'Eglise, et, par conséquent de l'union des coeurs dans la charité. Elle nous apprend que les oeuvres sans la charité ne servent de rien pour le Ciel. » (St Augustin)

« Une autre caractéristique de la colombe est de gémir, et c'est l'amour qui la fait gémir. Et ce n'est pas peu de chose que l'Esprit-Saint nous apprenne nous aussi à gémir. En effet, il nous apprend que nous sommes pèlerins, il nous apprend à soupirer vers la Patrie, et ces soupirs eux-mêmes sont nos gémissements.

Au contraire, celui à qui tout sourit en ce monde, celui qui pense que tout va bien pour lui, qui tressaille de la joie des choses charnelles, de l'abondance des biens temporels et de la vaine félicité du siècle, celui-là a la voix pleine d’orgueil du corbeau; car la voix du corbeau est stridente: il ne gémit pas. » (St Augustin)

 

Nous souvenant du mal que nous avons fait, ne cessons donc pas de gémir dans l’humilité, ne cessons pas de pleurer en brisant notre propre cœur. « Dieu veut que soit ravi par nos pleurs ce royaume des cieux qui n’est pas dû à nos mérites.

Livrons-nous donc aux gémissements, faisons mourir nos fautes par nos pleurs afin que les jours qui nous sont accordés ne le soient pas en vain.

Et que ni la gravité de nos fautes ni leur nombre ne brise notre ferme espoir. Pensons combien sont insondables dans le cœur du Dieu tout-puissant les profondeurs de la miséricorde ! » (St Grégoire le Grand)

 

« Jean-Baptiste, le plus privilégié et le plus grand d'entre tous les prophètes, en baptisant son divin Maître, est donc admis à contempler des choses sublimes, que l'œil n'avait point encore vues, à entendre des secrets que l'oreille n'avait jamais écoutés, et à goûter par avance les délices que le cœur de l'homme n'avait jamais conçues, et qui sont réservées par Dieu à ceux qui l'aiment. » (Petits Bollandistes)

Car il est le premier à qui la Très sainte Trinité daigne se révéler d'une manière claire et manifeste. Il est comme plongé au sein de la sainte Trinité…

            « Non seulement les noms des trois per­sonnes divines, cachées au monde depuis quatre mille ans, lui sont découverts et entièrement dévoilés ; mais les adorables personnes elles-mêmes lui sont manifestées. Il touche le Fils de ses propres mains ; il voit de ses yeux l'Esprit-Saint descendre du ciel ; et il entend de ses oreilles la voix du Père reconnaissant et proclamant Jésus pour son Fils. » (Ibid)

 

Et la descente du Saint-Esprit permet à Jean-Baptiste d’entrer dans une connaissance plus parfaite de Jésus : «Pour moi, dit-il, je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, c'est le même qui m'a dit: «Celui sur qui tu verras descendre et demeurer le Saint-Esprit en forme de colombe, c'est celui qui baptise dans le Saint-Esprit».

La colombe a donc fait connaître le Christ à Jean d’une manière plus profonde, non comme à un homme qui ne Le connaissait pas du tout, mais comme à un homme qui Le connaissait sous certains rapports seulement, sans Le connaître sous d'autres.

Et que lui a donc appris la colombe?

Elle lui apprend que le vrai ministre de chaque sacrement est le Christ Lui-même. Nul ne sera sauvé ou rendu agréable à Dieu que par Lui…

« Jean apprend à mieux connaître Celui qu'il connaissait déjà; mais il apprend à Le connaître sous un rapport sous lequel il ne le connaissait pas encore, et non à un point de vue où il Le connaissait déjà. Que connaissait-il déjà? Le Seigneur.

Que ne savait-il pas encore? Que le pouvoir de donner le baptême du Christ ne serait transmis par le Sauveur à aucun homme, tandis que la mission de le conférer en son nom serait confiée par lui à ses serviteurs. » (St Augustin)

 

 

Une voix se fit entendre des cieux : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me complais ( Mt III,17)

 

Si la plongée de Notre-Seigneur dans le Jourdain est une anticipation de Sa mort sur la Croix, de l’acceptation de la mort pour les péchés de l’humanité entière, la voix du Père qui se manifeste est comme une anticipation de la résurrection et de la gloire qui sera réservée au Fils bien-aimé…

 

Jésus Christ est vraiment Celui en qui rien n’a pu déplaire à Dieu, en qui rien n’a pu venir offenser Son divin regard. Le Père trouve tout son plaisir et toute sa joie en Lui. Et Il n’aime rien sur la terre qu’en cet unique objet de Sa complaisance…

Et « Il vaut mieux pour nous que nous soyons aimés par le Père en Jésus Christ, plutôt que d’être aimé en nous-mêmes… Car quelque vertueux que nous puissions être, nos mérites bornés et limités ne pourraient nous attirer du côté de Dieu qu’un amour simplement fini, mais si le Père nous regarde et nous aime en Jésus Christ, l’amour qu’Il a pour son Fils s’étend sur nous et nous attirent un amour infini ! » (Bossuet).

C’est ce qu’avait bien compris sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, lorsqu’elle s’adresse au Père dans son acte d’offrande : « Puisque Vous m’avez aimée jusqu’à me donner Votre Fils unique pour être mon Sauveur et mon Epoux, les trésors infinis de Ses mérites sont à moi, je Vous les offre avec bonheur et Vous supplie de ne me regarder qu’à travers la Face de Jésus et dans Son Cœur brûlant d’amour… »

 

Le Père va ainsi manifester ainsi Son Fils bien-aimé d’une manière éclatante. Car le baptême inaugure Son ministère public.

 

Après le baptême de Notre-Seigneur, plus personne en recevra le baptême de Jean-Baptiste :

« Après que Jésus-Christ l'eut reçu, ce baptême cessa aussitôt d'être donné par Jean. On ne voit pas qu'à partir de ce moment quelqu'un ait été baptisé par lui. Car la raison d'être du baptême de Jean était de nous manifester l'humilité de Notre- Seigneur. » (St Augustin)

 

Mais les disciples de saint Jean-Baptiste, ainsi que toute la foule du peuple qui était rassemblée autour de saint Jean, bien qu’étant témoin de tout ce qui vient de se passer, est encore loin d’en com­prendre tout le mystère. Tous ont écouté d'une oreille attentive; ils ont entendu sinon la voix céleste, du moins les paroles de Jean à Jésus.

Pourtant ils ne comprennent pas encore toute la portée du témoignage de l’Esprit et de celui du Père.

Mais le Christ est désormais investi de Sa mission.

La descente de l’Esprit qui vient de s’accomplir constitue comme une forme d’inauguration formelle de sa charge.

« Ce n’est pas dans raison que les Pères ont vu là une analogie avec l’onction par laquelle, en Israël, les rois et les prêtres étaient officiellement investis de leur fonction.

Dans la conclusion de la scène du Baptême, il nous est montré que Jésus a reçu la véritable onction, qu’Il est « l’ Oint » attendu et que Lui est conféré la dignité royale et sacerdotale devant Israël… » (Benoît XVI)

 

 

«Qui s’aime soi-même ne peut aimer Dieu.

Mais celui qui, devant les trésors incomparables de l’amour divin, ne peut plus s’aimer, celui-là aime vraiment Dieu !

Il ne cherche jamais sa gloire mais seulement la gloire de Dieu.

Un être amoureux de Dieu cherche toujours la gloire de Dieu, en tous les commandements qu’il accomplit. Son propre abaissement l’emplit de joie, ainsi devient-il familier de Dieu. Joyeux de la gloire de Dieu, il répète toujours : il faut qu’Il croisse et que je diminue

Saint Jean-Baptiste est un homme désespéré de n’aimer Dieu avec toute l’ardeur dont il rêve. Il L’aime cependant assez pour que son cœur soit sans trêve la proie d’une ferveur immense.

En lui Dieu est glorifié, et lui-même se réduit à néant. En dépit des éloges dont il est l’objet, cet homme ne sait pas ce qu’il est. Dans sa grande volonté d’abaissement, il ne songe pas à sa dignité. Il accomplit simplement son service envers Dieu, mais dans l’amour passionné qu’il Lui porte il perd toute notion de sa propre valeur, il engloutit dans les abîmes de sa tendresse les plus légitimes fiertés et ne veut plus jamais voir en lui qu’un obscur serviteur, qui en sa volonté d’abaissement ne cherche à se prévaloir de rien…

Prenons modèle sur cet homme, fuyons les honneurs et la gloire : il n’est de trésos plus excellents que notre amour d’un Dieu qui nous a véritablement aimés. »

Diadoque de Photicée

 



« Il est temps que je m'en aille, et que je glorifie mon Père en le faisant connaître ; l'heure est venue où je dois me montrer et travailler au salut du monde, pour lequel mon Père m'a envoyé ici-bas. Demeurez donc forte, ô bonne mère, car je reviendrai bientôt vers vous » (saint Bonaventure)

« L'ardeur de ses désirs l'emportait certainement de beaucoup sur ceux du saint vieillard Siméon, dont les soupirs et les cris du cœur avaient touché les oreilles du Très-haut, et en avaient obtenu la promesse qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir contemplé le Christ du Seigneur. Le Précurseur avait mérité, par ses prières incessantes, une réponse analogue de la part de Celui qui l'avait envoyé ; car une voix céleste lui avait dit : « Celui sur qui vous verrez descendre et s'arrêter l'Esprit, c'est celui-là qui baptise dans le Saint-Esprit » (Petits Bollandistes)

« Le Ciel s’est ouvert au-dessus de Jésus. Car sa communion de volonté avec le Père, la « justice » qu’Il accomplit parfaitement, ouvre le Ciel dont l’essence est justement que la volonté du Père y est totalement accomplie. » (Benoît XVI Jésus de Nazareth Tome I p 43)