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La prédication de saint Jean-Baptiste et le baptême de conversion

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« En ces jours-là parut Jean-Baptiste. Il prêchait dans le désert de la Judée.

« Repentez-vous disait-il, car le Royaume des Cieux approche ». C’est de lui que parlait le prophète Isaïe dans cet oracle : Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. (Is XL, 3)

Les gens de Jérusalem, de toute la Judée, et de toute la contrée qui environne le Jourdain venaient à lui ; ils confessaient leurs péchés et se faisaient baptiser par lui dans les eaux du Jourdain.

Comme il voyait venir à son baptême beaucoup de pharisiens et de sadducéens, il leur dit : « Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ? Portez donc des fruits de la véritable pénitence. N’allez pas vous dire : Nous avons Abraham pour Père ! car je vous déclare que de ces pierres-ci Dieu peut susciter des enfants à Abraham. La cognée est déjà mise à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Je vous baptise, moi, dans l’eau, en signe de pénitence ; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne d’enlever ses chaussures ; Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient en sa main la pelle à vanner et va nettoyer son aire ; il amassera le froment dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint pas. » (Mt III, 1-12/ Mc I, 1-8 / Lc III, 1-9)

 

 

Alors que saint Jean-Baptiste poursuit sa vie retirée au désert, la parole du Seigneur se fait entendre et il se met à parcourir toute la région du Jourdain en prêchant le baptême de conversion pour la rémission des péchés.

Selon l’Evangile, la mission de Jean commence en ces jours-là, seul saint Luc est plus précis : il s’agit de « l’an quinze du règne de l’empereur Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de Judée, Hérode tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d’Iturée et de Trachotide, Lysias tétrarque d’Abilène, sous le pontificat d’Anne et Caïphe ». (Lc III, 1-2)

 

La voix du Seigneur se fait entendre à Jean ; c’est donc par une inspiration divine qu’il quitte le désert, il est éclairé intérieurement que le moment de commencer son ministère est advenu.

Il fait preuve d’une obéissance parfaite.

Lui qui était devenu familier de la solitude, lui qui était tout enveloppé de silence, il doit quitter le doux cœur à cœur intime de la prière et c’est pour se mettre au service du peuple, laissant les foules très nombreuses le rejoindre…

 

Il sort donc du désert où il a mené une vie très austère, et il commence à prêcher et à exhorter à la pénitence.

Très vite, des disciples le rejoignent, et des foules de plus en plus nombreuses viennent à lui.

Parmi ses disciples, il faut compter saint André selon l’affirmation de saint Jean.

Et l’autre disciple avec André était saint Jean 1'évangéliste selon saint Jean Chrysostome, Théophy­lacte et saint Thomas d’Aquin.

 

Les foules peuvent voir en la personne de saint Jean un homme « amaigri par le jeûne et les mortifications corporelles, mais fort et nerveux ; il est rempli d’une dignité, d’une pureté et d’une simplicité incroyable ; il va droit au but et son ton est celui du commandement. Son visage est maigre, grave et austère.

Il ne parle que d'une chose : de la pénitence et de l'approche du Seigneur. Tous ceux qui l’approchent sont étonnés et deviennent sérieux quand il paraît. Sa voix est perçante comme une épée, claire, forte, et cependant très agréable. Il traite tous les hommes, quels qu'ils soient, comme des enfants. Et partout, il va son chemin : rien ne le détourne de sa voie, il ne regarde à rien, il n'a besoin de rien  ».

 

Faites pénitence !

« Tout entier à sa mission, grave, austère, simple, inspiré, il criait sans cesse : Faites pénitence, préparez vous ; le Sauveur vient ! ». (Anne-Catherine Emmerich)

 

C’est par la pénitence que Jean-Baptiste va disposer les hommes à recevoir le Christ.

Il prêche un baptême de pénitence pour la rémission des péchés. Car la rémission des péchés est intimement liée à la pénitence.

(En effet, « la rémission des péchés ne se rapportait pas au baptême que Jean donnait mais à la pénitence qui accompagnait ce baptême ; car la pénitence seule remettait les péchés. Et ce baptême n’était conféré qu’aux adultes disposés à la pénitence. Seul le baptême du Christ sera un baptême de grâce, remettant les péchés par la vertu de Jésus Christ. » Ludolphe le Chartreux)

« Jean-Baptiste est le premier mes­sager de la miséricorde, il annonce le dogme consolant du pardon et du rachat des péchés par le moyen de la pénitence. » (Petits Bollandistes)

 

Jean donne ce baptême de conversion dans le Jourdain.

Le mot Jourdain signifie descente, ce qui est riche de sens : cela montre que les baptisés avaient d’abord à descendre de l’orgueil  du vieil homme pour parvenir à l’humilité de la confession de leurs péchés et à l’amendement, afin de mériter la grâce d’une vie nouvelle.

Jean invite donc vigoureusement à faire pénitence et à se repentir de ses péchés.

Son baptême prépare ainsi à croire en Jésus Christ qui allait venir, car la pénitence dispose à L’accueillir et à pouvoir bien profiter de Son avènement .

 

Alors qu’il baptise, Jean constate que certains viennent à lui par curiosité, beaucoup de prêtres et de sadducéens demandent à être baptisés avec la foule mais sans confesser leurs péchés : ils viennent à lui le cœur rempli de mondanité et d’hypocrisie, non par religion véritable mais par respect humain…

Jean réagit alors avec virulence : « Race de vipères, qui vous a appris, sans faire pénitence, à fuir la colère à venir, à éluder la sévérité du jugement futur ?

Il les remet face au jugement de Dieu, à qui rien n’est caché et qui voit les plus secrets replis de nos cœurs…

 

Jean prêche la pénitence afin d’ éloigner les âmes du péché, car il sait bien que c’est le péché qui empêchera de recevoir le Christ ; aussi la meilleure manière de préparer Ses chemins est d’aider les âmes à s’en purifier et à s’amender.

 

Et avant lui, Dieu a déjà envoyé tant de prophètes pour appeler à la conversion… Car tout le désir de Dieu est de nous libérer de cet esclavage pour nous rendre à notre dignité, qui est d’être à Son image et de Lui ressembler.

Aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident, Dieu veut mettre loin de nous nos péchés (Ps CII, 12). Il veut les éloigner de nous, les effacer, les laver. Mais pour que cela puisse advenir, il est nécessaire de prendre conscience de l’effet provoqué par nos péchés sur le Cœur de Dieu : « Ils sont comme un cri terrible à Ses oreilles attentives, et un spectacle d’horreur à Ses yeux toujours ouverts. » (Bossuet). Ce spectacle Lui cause une grande aversion.

Et Lui Seul en mesure réellement toute la gravité.

 

Jean exhorte donc tous ceux qui s’approchent de lui à recevoir la grâce de la pénitence. Et cela ne peut pas se vivre sans certaines douleurs, sans larmes et sans angoisses. « Il faut nécessairement que le bien nous coûte » (Bossuet). Si la pénitence est sincère, le cœur souffre nécessairement une certaine violence… Et si la conversion du pécheur est comme une nouvelle naissance, il doit forcément passer par la douleur et les gémissements de l’enfantement.

Le premier pas vers la conversion est de reconnaître ses péchés, d’ouvrir les yeux sur eux ; or « le mal présent de leurs péchés ne trouble pas les pécheurs, car il ne tombent pas sous leurs sens, qui seuls guident toute leur conduite. Aussi rien n’est capable de les émouvoir puisque ce mal n’est pas sensible ». (Bossuet)

 

Mais la voix de Jean-Baptiste qui s’élève depuis le fond du désert a pour mission de réveiller les conscience endormies pour les sortir de leur léthargie…

« Vox Domini concutientis desertum, et commovebit Dominus desertum Cades » (Ps XXVIII,7 « La voix du Seigneur ébranle le désert ; elle remue et agite le désert de Cadès »).

« Ouvrez, frayez la route, enlevez tout obstacle du chemin de mon peuple, car ainsi parle le Très-Haut qui habite une demeure éternelle : Je suis avec l’homme contrit et humble, pour ranimer l’esprit des humbles, pour ranimer les cœurs contrits ». (Is LVII, 14)

 

Il est significatif que la voix qui appelle à la conversion et à la pénitence se fasse entendre dans le désert. Car pour écouter cette voix, il faut aimer la retraite, le silence et la solitude, elle ne se fait pas entendre dans le bruit et le tumulte des hommes. La première chose que Dieu fait toujours quand Il veut attirer à Lui une âme et la faire rentrer dans son amitié, c’est de l’attirer dans le silence de la prière et de lui parler en secret. Il l’instruit dans le fond de son cœur.

« Un pénitent est un homme pensif et attentif à son âme : Cogitabo pro peccato meo (Ps XXXVII, 19 : Mon péché occupe toutes mes pensées).

Car qu’est-ce qui nous fait oublier Dieu si ce n’est le bruit du monde qui nous étourdit : toutes nos heures sont si occupées que notre conscience n’a plus le loisir de nous parler. Le monde ôte à l’esprit sa réflexion et toute sa force…

Les heures s’écoulent trop vite, les journées finissent trop tôt, en sorte que l’âme n’a jamais un moment à soi, le bruit du monde l’étourdit.

Pourtant seul un recueillement salutaire peut faire sortir de cette dissipation et ouvrir la voie à la guérison. » (Bossuet)

Le désert représente donc la vie qui est éloignée des attraits séducteurs et trompeurs du monde, et c’est dans ces profondeurs que doivent descendre ceux qui veulent faire pénitence en vérité, en acceptant de prendre un peu de distance avec ce qui les accapare et les tient prisonniers à la surface d’eux-mêmes.

 

Saint Jean-Baptiste ne va pas ménager ceux qui viennent à lui, loin de là : il leur parle clairement et les avertit que la cognée est déjà mise à la racine des arbres.

Le coup a déjà porté, puisque la cognée est à la racine, et « alors que le tranchant est déjà entré bien avant, saint Jean menace d’un second coup qui viendra bientôt pour abattre tout à fait l’arbre infructueux : « tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu »… Et Jésus Lui-même reprendra cette image au début de sa prédication : « Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu ; car tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n’entreront pas dans le Royaume des Cieux mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les Cieux. » (Mt VII, 19-21)

Ainsi le coup a déjà porté une première fois car celui qui pèche est frappé par le péché même qu’il commet. Une blessure profonde suit son acte, par lequel son cœur est changé. Car le péché est le plus grand de tous les maux ; il corrompt directement dans l’âme le principe de la vie et de la grâce, et il cause ainsi une première plaie : par son péché même, le pécheur provoque donc en lui une blessure profonde. Si le péché est contraire à Dieu, il est aussi contraire à l’homme, il met le désordre en lui et le rend malheureux. Il le sépare de la joie immense d’être à l’image de Dieu et de porter en son âme les traits de Son Visage ; en un mot, il défigure l’âme, il lui fait perdre sa beauté.

( « Qui autem diligit iniquitatem, odit animam suam » Ps X, 6 « Celui qui aime l’iniquité se hait soi-même »).

Saint Jean-Baptiste va donc « combler les vallées », c’est-à-dire relever les consciences abattues et humiliées, et il va « abaisser les montagnes et aplanir les collines », en abattant les orgueilleux pour les remettre à leur juste place.

Il lance des flèches acérées, pour avertir, dénoncer.

Car « le Règne de Dieu ne pourra s’établir dans les âmes qu’à la condition d’une droiture et d’une pureté parfaites ; toute aspérité, toute tortuosité ne peuvent que compromettre ou ralentir la venue du Seigneur. » (Dom Delatte)

 

Et il invite chacun à faire dès maintenant et promptement de dignes fruits de pénitence : Facite ergo fructus dignos poenitentiae. (Lc III, 8). Il invite à faire une pénitence efficace par la contrition et la confession des péchés. Et saint Jean ne dit pas un fruit mais des fruits de pénitence, au pluriel, pour montrer qu’ils doivent être nombreux et que c’est en faisant le bien que nous fuyons le mal. (Ps XXXVI, 27).

Ce qu’il demande, c’est un changement intérieur de vie.

 

Mais les Juifs, très fiers de la noblesse de leur origine, ne voulaient pas s’avouer pécheurs, parce qu’ils descendaient de la race d’Abraham.

Aussi Saint Jean-Baptiste leur interdit de se glorifier d’avoir Abraham pour père, car l’homme qui ne ressemble pas à son père paraît être un enfant illégitime : « Celui qui ne correspond pas à la sainteté de sa race est déchu de la dignité de cette race. Tous ceux qui sont de la postérité d’Abraham ne sont pas ses fils spirituels mais ceux-là seuls qui sont ses fidèles imitateurs ».

(Ludolphe le Chartreux)

 

Que nous faut-il faire pour porter des fruits de conversion ?

 

La foule qui accoure auprès de Jean pour recevoir le baptême de conversion est prête à s’amender, mais elle se demande ce qu’il faut faire pour porter de bons fruits. L’Evangile selon saint Luc nous rapporte sa réponse : « Que celui qui a deux tuniques en donne une à celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même » (Lc III,11).

Saint Jean invite à partager son superflu avec celui qui est dans l’indigence, il exhorte aux œuvres de miséricorde.

Car « la charité n’atteint pas son sommet d’un seul coup, mais elle s’élève par degrés successifs. Cette charité commence par donner son superflu à l’indigent qui est pressé par la misère ; puis si elle est entretenue par la Parole de Dieu et par l’espérance de la vie future, elle permet d’arriver à cette perfection qui nous dispose à donner notre vie pour nos frères. » (St Augustin)

 

Saint Jean Baptiste n’impose pas aux foules de pesants fardeaux ou des obligations très difficiles à remplir, il ne leur demande pas de tout quitter et ne les accable pas d’excessives rigueurs, il leur ordonne simplement de pratiquer la charité par les œuvres de miséricorde.

Et Jésus reprendra cet enseignement, Il nous montrera que c’est de Lui que nous prenons soin lorsque nous nous mettons au service du plus petit de nos frères. Il nous montrera aussi que les œuvres de miséricorde nous purifient : « Donnez en aumônes ce que vous avez, et pour vous, tout deviendra pur » (Lc XI, 41), et que c’est sur elles que nous serons jugées au soir de notre vie.

 

Nous voyons par là le prix immense des œuvres de miséricorde puisqu’elles nous sont commandées en premier pour faire de dignes fruits de pénitence.

Et saint Jean-Baptiste ne s’arrête pas « à une compassion sentimentale, mais stérile ; il va directement et d’un seul coup à la charité véritable, qui ne se contente pas de donner d'une main indifférente, froide, ou rétrécie, mais qui ajoute une nouvelle valeur, un nouveau degré d'excellence à l'aumône en la faisant par amour et au prix de sacrifices réels et personnels. »

 

Et « par le partage des tuniques, nous pouvons entendre aussi les vertus, qui sont comme les vêtements de notre âme ; celui qui les possède doit les appliquer au bien de son prochain. Par la nourriture également, nous pouvons entendre les aliments de notre âme, qui doivent être employés à la nourriture spirituelle du prochain » (Ludolphe le Chartreux).

Par ses exhortations, saint Jean donne donc des préceptes qui sont en harmonie avec l’état particulier de chacun : aux publicains il dit « N’exigez rien  au delà de ce qui vous est fixé », aux soldats : « Ne molestez personne ; et contentez-vous de votre solde ». A tous il enjoint la pratique de la miséricorde, comme la loi commune pour tous les états, car la miséricorde est la plénitude des vertus.

 

Jean confesse devant les Juifs qu’il n’est pas le Christ, mais seulement Son Précurseur et Son messager.

 

Au désert, Jean témoigne qu’il n’est pas le Christ.

« Les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : Qui êtes-vous ?

Il confessa, il ne nia pas, il confessa : Je ne suis pas le Christ.

Qui êtes-vous donc ? lui demandèrent-ils ; êtes-vous Elie ? Il répondit : je ne le suis pas.

Etes-vous le prophète ? Il répondit : non.

Ils continuèrent à le questionner : si vous n’êtes ni le Christ, ni Elie, ni le Prophète, pourquoi donc baptisez-vous ?

Jean répondit : pour moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se trouve quelqu’un que vous ne connaissez pas. C’est celui qui vient après moi ; et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses chaussures. » (Jn I, 19-27)

 

Jean est une lampe préparée pour le Christ, chargée de L’éclairer : « J’ai préparé une lampe  pour celui qui m’est consacré, je couvrirai ses ennemis de confusion et sur Lui éclatera la gloire de ma sainteté ». (Ps CXXXI, 17-18)

Notre-Seigneur Lui-même en rendra témoignage : « Jean était une lampe qui brûle et qui luit : et pour un peu de temps, vous avez voulu vous réjouir à sa clarté ». (Jn V, 35)

Mais il n’est pas la lumière (Jn I, 8), il emprunte sa clarté à la lumière véritable qu’est le Christ, il la reçoit à sa source première, il n’est que Son flambeau.

Pourtant, la sainteté rayonnante de sa vie, son austérité, la sagesse et l’efficacité de sa prédication, ainsi que la nouveauté de son baptême, porte le peuple juif à penser que saint Jean est peut-être le Christ annoncé et promis par la Loi.

Les pharisiens, voyant que cette opinion se propage de plus en plus, commencent à en concevoir de vives inquiétudes, ils ont du mal à accepter qu’il s’arroge le pouvoir de baptiser et ils sont remplis de doutes à son sujet. Certains en viennent à se déclarer contre lui.

Comme il est issu de la race sacerdotale, ils envoient donc auprès de lui des prêtres et des lévites versés dans la Loi, afin de lui demander qui il est et pourquoi il baptise ainsi.

Interrogé sur ce qu’il est, saint Jean avoue la vérité avec beaucoup d’humilité. Lui qui ne songe qu’à décroître et à s’abaisser dès que le Christ paraîtra se sert de cette occasion pour découvrir aux Juifs le Sauveur. Il dit donc très nettement « Je ne suis pas le Christ » (Jn I,20), mais il ne nie pas être son Précurseur.

Pourtant, ils font si peu d’estime de son jugement qu’ils ne veulent pas reconnaître le Christ qu’il leur montre.

 

Auprès d’eux, Jean-Baptiste se désigne simplement comme la Voix de Celui qui crie dans le désert, pour préparer les chemins de Celui qui vient.

« Ego vox clamantis in deserto » (Jn I,23)

« La voix par elle-même est un son confus qui ne dévoile aucun secret du cœur; c’est à la parole seule qu’il appartient de révéler les mystères de l’âme. Jean est donc appelé la voix et non pas la parole, parce que Dieu ne l’a point choisi pour faire connaître ses conseils, mais uniquement pour annoncer qu’Il méditait quelque grand dessein en faveur des hommes; ce n’est que par son Fils qu’il a dévoilé par la suite dans toute leur clarté les mystérieux desseins de Sa volonté divine » (St Jean  Chrysostome)

Il a raison de dire qu’il est une voix, car par ce qu’il est, tout parle en sa vie : ses jeûnes et ses austérités, son visage, ses vêtements, sa solitude, le désert qu’il habite ; tout parle en lui plus fort que sa prédication et inspire une crainte salutaire qui rend meilleur et convertit les âmes.

Et en effet, ceux qui se convertissent ne vont pas être frappés ni attirés par l'éclat de ses miracles ; car il n'en opéra aucun. « Ce sont ses vertus et ses austérités qui font de si puissantes impressions sur l'esprit et sur le cœur de tous ceux qui l'écoutent. La sainteté de sa vie engage ceux qui l'en­tendent à réformer la leur; les plus voluptueux cessent de l'être en voyant un homme si mortifié. » (Petits Bollandistes)

 

En l’entendant se désigner comme « la voix », nous voyons par là encore sa profonde humilité, car « quoi de moins subsistant et de plus « rien » qu’une voix, un son, un air frappé ? En un instant, tout est dissipé. Jean-Baptiste montre par là qu’un autre parle en lui. La voix ne subsiste que par celui qui parle… S’il cesse de vouloir parler, la voix cesse en un instant et il n’en reste rien. Il n’y a rien de plus dépendant d’autrui que la voix. » (Bossuet)

 

Montrer au monde Jésus Christ

 

Si Jean-Baptiste exhorte à la pénitence, il annonce surtout Celui qui doit venir après lui… Il n’a qu’un désir : préparer les cœurs à Sa venue.

« Pendant les trois mois qui précédèrent le baptême, Jean parcourut plusieurs fois le pays, annonçant celui qui devait venir après lui. » (Anne-Catherine Emmerich)

 

         « Pour moi », dit-il, « je vous baptise dans l'eau pour vous porter à la pénitence ; mais Celui qui doit venir après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter ses chaussures, ni d'en délier les cordons en me prosternant devant lui. C'est celui-là qui vous baptisera dans l'eau et dans le feu, au lieu que je ne vous ai baptisé que dans l'eau. »

Par le baptême qu’il donne, le Précurseur rend témoignage à Jésus-Christ.

« Il dit en effet, lui-même, qu'il était venu baptiser dans l'eau pour mani­fester à Israël Celui qui devait baptiser dans le Saint-Esprit. » (Petits Bollandistes)

C’est comme une Profession de foi au Rédempteur.

Jean baptisa le peuple du baptême de pénitence, en disant qu'ils devaient croire en Celui qui allait venir après lui. » (Ibid)

 

Pourtant son langage paraît étrange aux Juifs et reste très obscur à leurs yeux, ils sont incapables de le comprendre.

Par le témoignage de sa vie, Jean-Baptiste est bien le digne avant-coureur de Celui qui n’aura pas de lieu pour reposer sa tête, qui a vu le jour dans une étable, qui a vécu du travail de ses mains, et qui devra enfin terminer sa vie sur une Croix.

Et dès le commencement cela déroute les attentes que les foules se font du Royaume et du Messie qu’elles espèrent:

            « Etait-il possible d'attendre et d'espérer trouver des richesses matérielles, des plaisirs ter­restres, un bonheur sensuel ou des délices charnels dans un royaume dont le représentant pratiquait la pauvreté la plus absolue, les jeûnes les plus rigoureux, la mortification la plus complète, et la guerre la plus cruelle à lui-même ? » (Petits Bollandistes)

 

Jean annonce donc aux Juifs le Christ, et leur montre déjà quelle sera sa puissance, celle de l’humilité.

Il veut essayer de leur faire comprendre Sa prééminence : « Celui qui vient derrière moi est plus puissant que moi » (Mt III, 11).

« Voici celui dont j’ai dit : Lui qui vient après moi est passé devant moi, parce qu’avant moi, Il était.

Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu et grâce pour grâce.

Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique qui est dans le sein du Père, Lui, l’a fait connaître ». (Jn I, 16-18)

Jésus sera la source de la grâce. Nous voyons par là quelle connaissance saint Jean-Baptiste avait déjà du Christ :

« Il éprouvait que le Fils de Dieu était au monde par les effets qu’Il faisait déjà sur lui. Aussi pouvait-il confesser que nous recevons tous de Sa plénitude, il sentait que c’était de Lui que lui arrivait toute cette plénitude de grâce. » (Bossuet)

Et Saint Thomas affirme « qu’avant même d’être baptisé et de prêcher, Jésus avait coutume de venir auprès de Jean. »

 

Jean-Baptiste n’ignorait donc ni la personne, ni la sainteté du Seigneur, ni même son caractère de Messie, Il est instruit intérieurement de tous ces mystères...

Mais il « observe les usages d’un bon maître et ne livre pas immédiatement à ses disciples les choses les plus profondes et cachées de la science.

Ainsi Jean ne dira pas immédiatement que le Christ est le Fils de Dieu; mais il commence par Le présenter comme le dépassant, pour, de là, conduire ceux qui l’écoutent à des choses plus profondes. » (St Thomas)

 

            « Si Jean-Baptiste ne découvre pas, aux yeux des Juifs, les mystères de l'Incarnation et de la Rédemption, c'est parce que, trop charnels et trop grossiers, leurs esprits n'étaient pas encore capables de croire ces mystères impéné­trables, auquel il fallait les préparer peu à peu, en leur faisant connaître les sublimes prérogatives de l'humanité glorieuse du Dieu fait chair pour les conduire insensiblement à la foi.

 

Le saint Précurseur va donc leur insinuer ce qu'ils doivent espérer trou­ver en lui, ce qu'ils auront à lui demander lorsqu'il aura paru. Il ne leur parle point de conquête ni de victoire ; il ne leur met pas sous les yeux les prodiges et les miracles que le Christ devra opérer ; il ne leur promet aucun bien temporel ; il ne leur annonce pas même la délivrance de l'esclavage dans lequel ils gémissent sous le rapport politique et civil : mais, dirigeant leurs cœurs vers un ordre d'idées exclusivement spirituel, il leur montre l'abondance des grâces et la multitude des biens spirituels qu'ils recevront par son entremise.

Il enseigne donc à ses auditeurs qu'il ne doivent espérer de la venue du Christ d'autres biens que ceux de la grâce, d'autres dons que ceux qui con­viennent à l'âme. Il bat ainsi en brèche, d'une manière adroite et détournée, les préjugés grossiers et les espérances ridicules que les Juifs s'étaient formés au sujet du Messie; car ils l'attendaient comme un mo­narque destiné à conquérir le monde à la pointe de l'épée. » (Petits Bollandistes)

 

 

Jean-Baptiste sait bien que le peuple n’est pas encore en mesure de recevoir ou de comprendre davantage. Et Il attend patiemment que Notre-Seigneur se manifeste et se révèle Lui-même, en venant recevoir son baptême.

 



« Jean ne prit point de son propre mouvement mais sur un avertissement divin le ministère qu’il exerça. Il entendit le Verbe de Dieu qui parlait par la seule grâce à son esprit. » Ludolphe le Chartreux

« Jean-Baptiste, le plus grand des Prophètes, ne pouvait manquer d'avoir des disciples : ses prédications lui en gagnaient tous les jours. En effet, l'Evangile nous en parle en plusieurs circonstances, mais sans rien dire de précis à ce sujet, ni sur leur nombre, ni sur leurs noms, si ce n'est celui d'André. Nous lisons, dans une légende autorisée par l'Eglise, puisqu'elle se trouve dans le Bréviaire romain, qu'un grand nombre de ces hommes qui marchaient sur les traces des prophètes Elie et Elisée, furent préparés, par les instructions de Jean-Baptiste, à la venue de Jésus-Christ ; et qu'après s'être convaincus de la vérité de ce qui leur avait été annoncé par le Précurseur, ils embrassèrent la foi de 1'Evangile. Ils eurent l'honneur de construire, plus tard, le premier sanctuaire dédié au culte de la sainte Vierge, sur le mont Carmel. » Petits Bollandistes

Jn I, 40: “Or, André, le frère de Simon-Pierre, était l'un des deux qui avaient entendu la parole de Jean, et qui avaient suivi Jésus.”

Petits Bollandistes, 24 juin

Des révélations d’Anne-Catherine Emmerich

« La meilleure disposition qu’on puisse avoir pour l’avènement de Nostre-Seigneur, c’est de faire pénitence : il faut tous passer par là sans exception ; car comme nous sommes tous pécheurs, aussi avons-nous tous besoin de pénitence. » Sermon de St François de Sales

 

« Reviens, fils rebelle, je n’aurai plus pour toi un visage sévère, car je suis miséricordieux. Je ne garde pas rancune éternelle. Reconnais seulement ta malice : tu t’es révolté contre le Seigneur ton Dieu, tu as couru en tous sens vers les étrangers, tu n’as pas écouté ma voix. (Jr III)

            « Convertissez-vous et détournez-vous de tous vos péchés, qu’il n’y ait plus pour vous d’occasion de mal. Débarrassez-vous de tous les péchés que vous avez commis contre moi et faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau ». (Ez XVIII, 32).

 

« Le bois qu’on veut aplanir doit gémir longtemps sous le rabot : on ne réduit pas sans travail les passions qu’on veut abattre, ou les habitudes qu’on veut corriger. Il faut tout d’abord une main ferme, et même rude. Les grands combats sont au commencement. Mais le royaume de Dieu souffre violence et ce sont les violents qui s’en emparent. » Bossuet

«  Abaissez, dit le glorieux saint Jean, les montagnes et les collines. Quelles sont ces montagnes sinon la présomption, l’orgueil et l’estime qu’on a de soy ? qui est un très grand empeschement pour l’avènement de Nostre-Seigneur ; car il va pénétrant au fond des cœurs pour y découvrir l’orgueil qui y est caché. » Sermon de St François de Sales

« Le baptême de Jean se distingue des ablutions religieuses habituelles. Il ne peut être répété et doit être l’accomplissement concret d’une conversion intérieure qui redéfinit pour toujours la vie entière. Il est lié à un appel enflammé pour un nouveau mode de pensée et d’action. » (Benoît XVI Jésus de Nazareth  tome I p34)

« Les saints, toujours habiles et expérimentés dans l'art difficile de la con­duite des âmes, n'ont pas coutume d'effrayer et de décourager les pécheurs dès le début de leur conversion ; ils ont soin de leur montrer d'abord la voie la plus facile, et, pour les encourager et les stimuler, ils prennent eux­-mêmes des sentiers ardus et difficiles, qu'ils franchissent comme en se jouant. » (Petits Bollandistes)

 

« Je vis plusieurs magistrats et prêtres venir vers Jean des endroits environnants et de Jérusalem : ils lui demandèrent qui il était, qui l'avait envoyé, ce qu'il enseignait ; ils voulaient qu’il rende compte de sa manière d’agir: je le vis répondre avec une sévérité et une hardiesse extraordinaires, annoncer la venue prochaine du Messie, et les accuser d'endurcissement et d'hypocrisie. Ce ne fut portant pas encore cette fois qu'il employa l'expression de " race de vipères ". » (Anne-Catherine Emmerich)

« Elle est très digne de nous être proposée en exemple, cette grande humilité de saint Jean qui, malgré la haute considération et l’autorité supérieure dont il jouissait parmi les Juifs, ne se laissa point enfler d’orgueil jusqu’au point de s’arroger un nom et un honneur étranger » (Ludolphe le Chartreux)

« Jean demeure toujours dans le sentiment de sa petitesse et de son néant ; se voyant pressé de répondre, il dit : « Je suis la voix de celuy qui crie au désert ». Voyez, je vous prie, la parfaite humilité de ce glorieux saint, comme il va toujours s’approfondissant dans son néant descendant toujours un degré plus bas en humilité. O noble vertu d’humilité, tant nécessaire à l’homme en cette vie mortelle ! Ce n’est pas sans raison qu’on dit qu’elle est la base et le fondement de toutes les vertus ; car sans elle il n’y a pont de vraye vertu, et bien qu’elle ne soit pas la première (la charité et l’amour de Dieu la surpassant en dignité et excellence), si est-ce néanmoins que la charité a une telle convenance avec l’humilité qu’elles ne vont jamais l’une sans l’autre. » (Sermon de St François de Sales)

            « L’humilité et la charité vont ensemble comme saint Jean-Baptiste et Notre-Seigneur, d’autant que l’humilité précède la charité, comme saint Jean a précédé Notre-Seigneur : c’est elle qui prépare les chemins ; c’est une voix qui crie « Aplanissez les chemins du Seigneur ». Comme saint Jean-Baptiste est venu devant Notre-Seigneur pour préparer le peuple à le recevoir, ainsi faut-il que l’humilité vienne préparer les cœurs pour par après recevoir la charité ; car elle ne pourra jamais demeurer dans un cœur que l’humilité ne lui ait premièrement préparé le logis. » (Saint François de Sales).

« Jean prêchait avec beaucoup de feu sur l'approche du Messie, sur la pénitence et sur ce qu'il devait se retirer bientôt. Jésus se tenait au milieu de la foule des auditeurs. Jean eut le sentiment de sa présence ; il le vit et fut rempli d'une joie et d'une ardeur inaccoutumées : mais il n'interrompit pas son discours et se mit ensuite à baptiser. » (Des Révélations d’Anne-Catherine Emmerich)