ICRSP




La conception, la naissance et l'enfance de saint Jean-Baptiste

Télécharger l'enregistrement

 

 

L’évangile de saint Luc est le seul qui nous renseigne sur l’origine de Saint Jean-Baptiste.

 

La conception de Jean le Précurseur (Lc I, 5-25) 

 

 Zacharie est prêtre et sert dans le rang d’Abia, ce qui le distingue parmi les plus anciennes familles ; sa femme, nommée Elisabeth, est de la race d’Aaron, frère de Moïse, premier de la lignée des prêtres en Israël. Tous deux sont des justes devant Dieu, et de famille sacerdotale. Ils suivent fidèlement tous les commandements du Seigneur, sans qu’on ne puisse rien leur reprocher.

Ils ont une foi très profonde, qui transparaît dans l’éclat de leurs vertus.

            « Ces vertus étaient la raison de leur amour réciproque et faisaient d’eux le modèle des époux. »[1]

Mais une souffrance est venue visiter leur foyer et étreint douloureusement leur coeur: ils n’ont pas eu d’enfant car Elisabeth est stérile, et tous deux sont déjà bien avancés en âge.Tout espoir humain de maternité est désormais exclu. Et ils restent seuls, sans descendance.

Toute sa vie, Elisabeth a porté courageusement cette lourde épreuve qui pesait sur elle. Sans doute a-t-elle souvent pensé à tant d’illustres femmes qui par le passé ont connu la même douleur : Sarah, l’épouse d’Abraham (Gn XVII), Rebecca, l’épouse d’Isaac, Rachel, l’épouse de Jacob, la femme de Manoah (Jg XIII), Anne, la mère de Samuel (1 Sa I) : elle a dû souvent les implorer et recourir à leur intercession, et peut-être en entendant et en méditant dans la prière le récit de leur vie continuait-elle secrètement d’espérer contre toute espérance ?

 

Et comme Dieu se plaît à tout tirer du néant, l’événement tant désiré arriva !

 

Tandis que Zacharie remplit devant Dieu les fonctions sacerdotales, le sort, c’est-à-dire la divine Providence, le désigne pour entrer dans le sanctuaire du Seigneur et y brûler l’encens.

C’est pour lui un immense honneur, et certainement un moment très important de son existence.

Il pénètre avec émotion dans le sanctuaire, il se dirige vers l’autel des parfums et voit l’immense voile qui cache le Saint des saints. Et là, il offre l’encens, rempli de crainte en pensant à la sainteté de Dieu, en pensant aussi à sa mission, alors qu’il n’est qu’un pauvre pécheur, de représenter tout le peuple devant Lui…

Et sa prière monte vers Dieu, pleine de ferveur, de supplication et aussi de révérence devant Sa majesté. (Ps 140,2)

C’est alors que l’Ange Gabriel lui apparaît, du côté droit de l’autel où il officie.

« Afin que tout se ressente ici de l’esprit de sainteté, ce fut pendant l’exercice de sa fonction sacerdotale que Dieu lui envoya son ange pour lui annoncer la conception de saint Jean-Baptiste. » (Bossuet)

 Comme celle de Notre-Seigneur, la conception de saint Jean-Baptiste est donc annoncée par l’Ange Gabriel. Avant de promettre le Christ, il est chargé de promettre son saint Précurseur !

A sa vue, Zacharie, tout comme la sainte Vierge, est troublé ! Mais son trouble n’est certainement pas de la même qualité…

Il sait bien qu’il n’est pas possible de voir Dieu sans mourir, et sa réaction est assez semblable à l’épouvante de Manoah : « Nous allons sûrement mourir car nous avons vu Dieu ! »  (Jg XIII,22). La vue de l’Ange le plonge dans l’abîme de son néant, elle lui fait sentir plus que jamais son indignité et sa bassesse, ainsi qu’une grande frayeur face au divin, et cette crainte le prépare à se soumettre avec obéissance au plan divin.

Le trouble de la très sainte Vierge Marie, au contraire, ne proviendra ni d’un manque de foi, ni de la crainte de mourir. Il sera causé seulement par sa profonde humilité, par le sentiment de sa petitesse et le frémissement de son cœur devant la grandeur de Dieu et d’une manifestation divine si puissante.

Et saint Luc marque bien la différence : Zacharie est troublé dès l’apparition de l’ange, tandis que la Vierge Marie ne le sera qu’après qu’il eût parlé.

 

Mais l’Ange le rassure :

            « Ne crains point, Zacharie, ta prière a été exaucée. Ta femme Elisabeth t’enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. Il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance : car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira ni vin, ni boisson fermentée ; et il sera rempli de l’Esprit Saint dès le sein de sa mère. Il convertira au Seigneur, leur Dieu, de nombreux fils d’Israël : il marchera devant Dieu avec l’esprit et la puissance d’Elie, pour ramener les cœurs des pères vers leurs enfants et les rebelles à la sagesse des justes, afin de préparer au Seigneur un peuple bien disposé. »

 

La naissance de Jean-Baptiste est donc le fruit de prières ferventes, et sûrement de beaucoup de larmes : Dieu voit nos besoins mais Il aime et prend plaisir à ce que nous nous tournions vers Lui pour demander et implorer. Nous reconnaissons alors Sa bonté et Sa puissance, nous nous remettons dans la dépendance à son égard, attendant tout de Lui et nous Lui témoignons par là notre confiance, qui est le fruit de l’amour.

Les paroles de l’Ange annoncent aussi à l’avance la vie de pénitence et d’abstinence de Jean, et c’est par ce même moyen que nous pouvons préparer nous aussi les voies à Jésus. En nous privant de tout ce qui flatte les sens, ou les enivre dans une joie vaine, car cette ivresse est pernicieuse : elle aveugle la raison, elle fait perdre le goût de la grâce et conduit à de nombreux désordres.

La joie du monde prive de la joie céleste de l’Esprit Saint… Elle nous ôte le goût de Dieu et nous rend sourds à Sa Voix.

 

Toute la destinée de Jean-Baptiste est ici annoncée par avance à Zacharie.

Dans l’épreuve de ne pas avoir d’enfant, il s’est lentement dépouillé de lui-même, de tout ce que son désir pouvait avoir d’égoïste, et sa prière s’est magnifiquement élargie en l’attente de tout son peuple : l’attente du Messie.

Zacharie connaissait fort bien les Ecritures et les prophéties habitaient sa mémoire : celle du prophète Isaïe (Is XL,3.5) : « Une voix crie : préparez dans le désert une route pour le Seigneur… Alors la gloire du Seigneur se révélera et toute chair la verra. », ou encore celle du prophète Malachie (Mal III,1) : « Voici que j’envoie mon messager, pour qu’il prépare le chemin devant ma face. Et soudain il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez ; et l’Ange de l’alliance que vous désirez, le voici qui vient ! ».

Il peut donc reconnaître dans les paroles de l’Ange l’avènement des temps nouveaux. Et il est très beau que cette annonce ait lieu pendant la liturgie, car elle est bien le lieu où nous proclamons solennellement et publiquement les promesses de Dieu et où nous ravivons notre espérance, notre foi en leur réalisation.

Pourtant le trouble de Zacharie montre aussi que sa foi n’est pas inébranlable. Des doutes s’élèvent en son cœur et il a bien du mal à s’en remettre aveuglément et avec confiance aux promesses reçues.

Il raisonne trop et demande un signe : « Comment saurai-je la vérité de ces paroles ? Je suis vieux, et ma femme est déjà avancée en âge. »

Et la condamnation de l’Ange nous éclaire sur ce manque de foi. « Pour n’avoir pas cru en mes paroles, tu vas être réduit au silence sans pouvoir parler jusqu’au jour où ces choses arriveront ».

Nous voilà bien loin du « fiat » débordant de foi et d’obéissance de la Vierge Marie…

« J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé » dira plus tard saint Paul. Mais puisque Zacharie                                                                                                                                                                     n’a pas cru, le voilà contraint à un silence forcé.

Pourtant son incrédulité n’anéantit pas la promesse de Dieu.

 

Elisabeth, quant à elle, est plus forte dans la foi : malgré le sentiment de sa totale pauvreté et la souffrance de son humiliation, jamais son espérance ne s’est éteinte. Elle est une vraie fille d’Abraham et sait que rien n’est impossible à Dieu et qu’il n’y a rien de trop merveilleux pour Lui. (Gn XVIII, 14).

Elle devient donc enceinte. Pendant cinq mois, elle n’ose pas se montrer, elle demeure dans la retraite et le recueillement, et communie au silence de Zacharie, jusqu’à ce que la Vierge Marie, ayant conçu elle aussi, vienne la visiter.

Elle se tait, mais son silence est rempli de douceur, de joie et d’intimité ; il est déjà tout habité par la présence de l’enfant qui va naître. Elle laisse monter en son âme sa joie et chante avec gratitude les merveilles que Dieu accomplit : « Voilà ce qu’a fait pour moi le Seigneur, au temps où il Lui a plu d’enlever ce qui faisait ma honte devant les hommes. »

 

La Visitation

 

Après avoir reçu la visite de l’Ange Gabriel et avoir conçu du Saint Esprit, la Vierge Marie quitte Nazareth avec la permission de saint Joseph et se rend en Judée, dans les montagnes, visiter sa cousine sainte Elisabeth. On arrivait chez Zacharie par des chemins escarpés à travers les rochers : en parcourant ces paysages sublimes, la sainte Vierge élevait son cœur vers son Créateur et sa paisible contemplation était continuelle. En son cœur, la louange ne cessait pas.

Marie est partie en toute hâte, non pas qu’elle soit pressée de vérifier la véracité des paroles de l’Ange au sujet de sa cousine, mais sa charité la presse (II Co V, 14). Rien ne peut la retenir, elle est comme portée par cet amour qui brûle en elle, et elle ne voit pas passer le chemin !

 

Regardons bien comment marche la Reine du ciel et de la terre : « elle n’est pas portée sur quelque riche monture, mais elle va simplement à pieds. Elle entreprend sans crainte ce voyage long et difficile, et avec elle marchent la réserve dans les paroles et les actions, l’humilité, la pauvreté… »[2].

En arrivant chez sa cousine, elle la salue la première, pleine de douceur et de modestie.

« Or, dès qu’Elisabeth eut entendu la salutation de Marie, l’enfant tressaillit dans son sein et elle fut remplie du Saint Esprit. »

L’enfant reconnaît la présence du Seigneur et Lui donne un signe de joie : « il s’agite comme s’il voulait se lever, sortir du sein de sa mère et aller au-devant de son Sauveur pour Le saluer »[3].

Il commence déjà son ministère de Précurseur ! Il n’est pas encore né mais déjà il prophétise[4] !

Elisabeth est alors remplie du Saint Esprit : la grâce de sanctification de son enfant est si grande qu’elle rejaillit sur elle…

Alors « transportée d’une sainte joie et pénétrée d’un feu sacrée, elle embrasse Marie avec effusion et jette un grand cri d’allégresse ».

C’est comme si elle comprenait tout en un instant ! Elle saisit l’invisible présence du Sauveur d’Israël qui vient à elle à travers sa cousine, elle repense à la prophétie d’Isaïe, qui devient vivante devant ses yeux ! « Le Seigneur Lui-même va vous donner un signe : la vierge concevra et elle enfantera un fils qu’elle appellera Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu-avec-nous. » (Is VII, 14)

 

Quelle grâce inouïe de voir s’accomplir sous ses yeux les promesses de l’Ecriture !

Son cri marque à la fois sa surprise et sa joie ! Elle se sent si indigne de cette grâce… « D’où me vient ceci, que la Mère de mon Sauveur vienne à moi ? ».

Elle réalise intérieurement qu’elle n’avait aucun droit d’y prétendre : « ce n’est point par quelque vertu ou perfection, ou par quelque noblesse, qu’elle a pu devenir digne d’un si grand honneur, d’une si grande félicité, c’est une pure grâce de Dieu. » (Ludolphe le Chartreux)

 

Et elle se sent poussée à chanter les louanges de Marie : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de vos entrailles est béni. Vous êtes heureuse d’avoir cru. »

Elle chante la béatitude de la foi (la première béatitude de l’Evangile !), et si la foi de Marie est immense, celle d’Elisabeth est grande aussi ; elle lui fait percevoir les réalités les plus sublimes, cachées sous des apparences si simples et modestes…

 

A ce cri de louange d’Elisabeth, la Vierge Marie répond par son Magnificat. Elle ne peut taire plus longtemps les dons qu’elle a reçus. Elle laisse éclater l’excès de sa joie dans ce cantique d’allégresse que lui inspire le Saint Esprit.

C’était un usage chez les Juifs de composer des cantiques au Seigneur quand Il venait d’opérer des merveilles à leur égard. Et à son tour, la Vierge Marie désire glorifier le Seigneur, célébrer Sa grandeur et Sa magnificence[5].

 

La Vierge Marie fut toujours brève en ses discours, c’est ici le seul passage de l’Evangile où elle parle en beaucoup de mots. La louange et l’action de grâces la font quitter sa réserve et son profond silence.

Elle reconnaît que Dieu a regardé son humilité, qu’Il s’est penché sur sa petitesse, et que tout ce qui est bon en elle a sa source en Lui. Elle chante aussi toutes les raisons que nous avons d’espérer en Dieu : Il est miséricordieux, puissant, sage, fidèle en Ses promesses !...

Et son Magnificat n’a rien de mièvre ou de romantique, il exalte aussi la justice de Dieu et Sa puissance, Lui qui déploie la force de son bras, qui disperse les superbes, renverse les puissants de leur trône et renvoie les riches les mains vides…

Toute fausse grandeur doit être anéantie en Sa présence, la gloire du monde doit tomber pour que seule soit exaltée Sa grandeur et qu’Il règne à jamais, Lui Seul.

 

Marie demeure environ trois mois avec Elisabeth.

La Vierge Marie assiste sa cousine avec respect et affection. Nous voyons ici encore la profonde humilité de la Vierge Marie, elle est heureuse de servir. Sa vie d’oraison continuelle ne l’empêche pas d’être active pour aider Elisabeth : elle se dépense avec joie pour elle et oublie ses propres fatigues pour lui offrir ses soins charitables.

Nous ne savons pas si la sainte Vierge a assisté ou non à la naissance de Jean, l’Evangile le garde secret.

Mais il nous semblerait curieux qu’elle soit repartie quelques jours seulement avant ce moment pour lequel elle avait tant prié, ce jour qu’elle attendait et préparait avec sa cousine depuis trois mois…[6]

Et il est touchant de penser que Jean reposa probablement dès sa naissance dans les bras de la Mère de Dieu ! qu’elle le serra sur son cœur, le berça tendrement, le caressa et le couvrit de baisers, en pensant aussi au tout-petit qui demeurait en son sein et qu’elle aurait bientôt la joie de contempler à son tour.

 

La naissance du Précurseur

 

« Le jour où Elisabeth devait enfanter arriva et elle enfanta un fils. » (Lc I, 57)

La naissance de saint Jean-Baptiste est entourée de joie, comme l’avait annoncé l’Ange Gabriel.

« Les voisins et les proches apprirent que le Seigneur avait fait éclater Sa miséricorde à son égard et ils s’en réjouissaient avec elle. »

Comme Zacharie et Elisabeth jouissaient d’une grande estime et de l’affection générale à cause de la sainteté irréprochable de leur vie, un grand nombre de personnes viennent prendre part à leur bonheur et présenter leurs félicitations.

Le huitième jour après la naissance, suivant le précepte de la Loi, l’enfant est circoncis. C’est un jour de fête et de grandes réjouissances. On donnait alors son nom à l’enfant, et la coutume des anciens voulait que soit donné au premier-né le nom de son père, surtout pour un fils après lequel on n’en espérait pas d’autres.

Mais contre toute attente, Elisabeth, prenant la parole, dit qu’il s’appellerait Jean. Et Zacharie le confirme en écrivant ces paroles : son nom est Jean (Lc I,63).

En sachant toute l’importance attachée au nom dans la tradition hébraïque, nous pouvons comprendre l’étonnement de ceux qui assistent à la scène.

L’enfant aurait dû s’appeler Zacharie, et ce changement, confirmé par les deux parents, ne pouvait qu’avoir une signification très importante, révélant en quelque sorte la vocation de cet enfant.

Jean veut dire « le Seigneur fait grâce ».

Certains pressentirent probablement que ce nom était donné d’En-Haut ! et qu’il ouvrait quelque chose de nouveau.

« D’un nom nouveau on t’appellera, que la bouche du Seigneur dictera. Tu seras une couronne brillante entre les doigts de ton Dieu. » (Is LXII, 2-3)

 

En confirmant le nom de son enfant, Zacharie donne un beau témoignage de sa foi dans les paroles de l’Ange et surtout de son obéissance. Il donne ce nom qu’il n’aurait jamais choisi par lui-même de faire porter à son enfant.

Et il se sent soudain écrasé de gratitude et de joie.

Sa foi a été purifiée au feu de l’épreuve et elle peut maintenant éclater en louange et en action de grâce. Le mal que son incrédulité avait causé est en quelque sorte réparé par cet acte d’obéissance, et à l’instant Zacharie retrouve l’usage de la parole.

La sainteté de son enfant rayonne sur son visage de père et il peut la chanter dans son magnifique cantique prophétique.

Car malgré son manque de foi et sa défiance passés, Zacharie reçoit alors l’esprit de prophétie ; « Dieu agit souvent ainsi vis-à-vis de nous : Il nous rend ce qu’Il nous avait ôté et Il guérit l’âme de ceux qu’Il avait d’abord frappé et châtié. [7]»

Il sait se servir même de nos défiances et de nos résistances pour nous conduire plus loin et accomplir à travers nous Ses desseins de Salut[8]. Où le mal avait abondé, la grâce a surabondé (Rm V, 20).

Les premières paroles de Zacharie sont pour bénir Dieu, il se sent transporté d’amour pour Lui, qui nous visite avec tendresse, qui ne délaisse jamais son peuple. Et il reconnaît Sa force de salut qui nous délivre de tous nos ennemis.

Quels sont ces ennemis dont nous avons à être délivrés ?

« Ce sont nos vices et nos mauvais désirs qui nous tiennent captifs par le péché et qui seuls peuvent nous perdre. Ce sont les démons, nos vainqueurs dès l’origine du monde ; et nos convoitises, qui nous font la guerre dans nos membres ; les péchés et les faiblesses qui nous accablent. » (Bossuet)

C’est seulement en nous laissant délivrer de tous ces maux que nous pouvons marcher sans crainte en présence de Dieu.

Alors nous commençons à Le servir dans la justice et la sainteté. Nous commençons à devenir des saints, rien de moins.

Et il ne s’agit pas de servir Dieu seulement lorsque nous nous sentons portés par la douceur d’une dévotion nouvelle, mais de persévérer tout au long de nos jours. Car une vertu seulement passagère n’est pas digne de Lui, la qualité de la vraie sainteté est la persévérance.

 

Après avoir chanté que nous sommes rachetés par Dieu pour devenir des saints, Zacharie prophétise ensuite sur son enfant, dont la mission sera de marcher devant le Seigneur pour préparer Ses chemins.

Il lui révèle tout ce qu’il va devenir…

Et Zacharie reconnaît déjà en Jésus le Très-Haut, le Seigneur, c’est-à-dire Dieu !

Préparer Ses chemins, c’est donner au peuple de connaître le Salut par la rémission des péchés. Car seul le péché fait obstacle à notre suite du Christ. Et sa rémission nous conduit au chemin de la paix.

 

Tous ceux qui assistent à la circoncision de Jean se demandent ce que deviendra cet enfant !

Ils ne peuvent en détacher leur regard, et longtemps encore ils méditeront dans leur cœur tout ce dont ils viennent d’être témoins et qui restera gravé en eux pour toujours. (Lc I, 66)

Ils se sentent partagés entre la crainte, l’étonnement et l’émerveillement. Mais ce qui domine surtout leur cœur, c’est la joie !

Elle est comme un écho de la joie même de Dieu. Saint Jean-Baptiste est le premier cadeau de Sa miséricorde, prémices du don plus grand encore qu’Il va offrir par la naissance de Son Fils Bien-Aimé. Et la joie de Dieu est de déverser sur nous Son Amour miséricordieux.

 

Marie est certainement remplie de bonheur en entendant le cantique de Zacharie, il fait si bien écho à son Magnificat.

Elle doit finalement quitter sa cousine Elisabeth pour retourner à Nazareth.

Cette séparation fut sans doute très cruelle de part et d’autre, après tant de grâces partagées. Mais leurs cœurs ne se séparent pas.

 

L’enfance de saint Jean-Baptiste

 

 

« Quant à l’enfant, il croissait et se fortifiait. Et il fut dans les déserts jusqu’au moment où il se présenta à Israël. »

 

Dès sa plus tendre enfance, Jean-Baptiste est très intérieur et montre une prédilection pour la retraite et la solitude ; il est déjà avide de se laisser consumer par la présence de Dieu.

Son développement physique va de pair avec sa croissance spirituelle. Son âme s’enrichit toujours plus de grâces et de vertus…

 

Ses premières années sont baignées de silence, au point que nous n’en savons rien.

Comme Notre Seigneur, Jean a connu lui aussi la vie cachée.

Nous ignorons s’il pût profiter longtemps des soins et de l’affection de ses parents, déjà âgés à sa naissance… Peut-être Dieu les a-t-il rappelés rapidement à Lui ?

Les Pères de l’Eglise parlent du meurtre de Zacharie par Hérode. Au moment du massacre des enfants de Bethléem, Hérode, plein de fureur, aurait fait également chercher Jean-Baptiste, même s’il était né hors du territoire désigné…

Ne l’ayant pas trouvé, puisqu’ Elisabeth avait déjà fuit avec l’enfant, il aurait fait mettre à mort Zacharie.

Ainsi, Jean-Baptiste aurait déjà été persécuté et poursuivi à mort dès sa naissance…

Mais l’évangile nous dit que la main de Dieu était avec lui. (Lc I, 66)

La divine providence veillait donc sur chacun de ses jours et prenait soin de Lui.

Et c’est dans le désert de la solitude que Dieu le conduit, car c’est là qu’Il perfectionne ses Saints.

            « Dieu ne voulait pas faire élever au milieu du monde le prédicateur de la vérité ; car la vérité n'est point connue dans le monde. C'est ainsi qu'il retira Moïse de la cour de Pharaon, où il était élevé trop délicatement, et l'envoya dans le désert de Madian. » (des Petits Bollandistes)

Cependant l’évangile ne nous fait pas connaître ce désert où Jean-Baptiste passa sa jeunesse jusqu’à ce qu’il plût au Seigneur de l’envoyer prêcher…

 

 

 

 

 



[1] Extrait des Petits Bollandistes

[2] Ludolphe le Chartreux ( « La grande vie de Jésus Christ » tome I p 95)

[3] Ibid

[4] Jr I,5 : « Avant même que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré : comme prophète des nations, je t’ai établi ! »

Is LXIX : « Le Seigneur m’a appelé dès le sein maternel. Dès les entrailles de ma mère, il a prononcé mon nom. Il m’a dit : mon serviteur c’est toi ! »

[5] « Le don que Dieu m’a fait m’élève à une telle hauteur que ma langue ne pourra jamais l’exprimer ; mais pour Lui rendre grâces, je Lui offre mon âme tout entière ; à Lui ma vie, ma sensibilité, mon intelligence pour observer tous ses commandements. » (St Ambroise lib. 1, in Luc)

[6] Est-il croyable que Marie aurait quitté Elisabeth alors que Jean allait naître, et qu’elle serait partie sans attendre la naissance de ce enfant du miracle ? N’était-elle pas plutôt impatiente de considérer de ses yeux et de toucher de ses chastes mains le précurseur de son Fils ? (Petits Bollandistes)

[7] Ludolphe le Chartreux

[8] « Voyez combien le Seigneur est généreux, comme Il pardonne facilement les péchés : non seulement Il restitue les biens enlevés, mais Il y ajoute des dons inattendus. Zacharie était muet naguère et maintenant il parle comme un prophète : car c’est le comble de la grâce de Dieu que ceux qui l’avaient nié Lui rendent hommage. Ah ! ne perdons jamais confiance. Que le sentiment de nos fautes les plus invétérées ne nous fasse pas abandonner l’espoir des récompenses divines ; car Dieu ne dédaigne pas de changer Ses desseins à notre égard si nous consentons nous-mêmes à réparer nos fautes. » (St Ambroise lib.7 in Luc)