Anniversaire du 21 janvier 1793.
Le "Non serviam" de Lucifer se répète dans l'histoire de l'humanité depuis la chute d'Adam et Eve. L'histoire de chacun d'entre nous, et l'histoire des nations, est faite de ce combat entre la grâce du Salut opéré par le Sacrifice de Notre Seigneur Jésus-Christ et la tentation du refus suggérée par le père du mensonge : Satan. Nous devons choisir entre l'étendard du Christ et celui du diable. Ce combat existe dans tous les aspects de la vie humaine et naturellement dans la vie sociale. Notre ennemi n'a de cesse que de supprimer tout ce qui peut nous aider à répondre à l'appel de notre divin Sauveur à Le suivre. Cette prétention à détruire l'œuvre du Christ a toujours existée et elle continuera jusqu'à la fin des temps où l'ennemi du genre humain, déjà vaincu par Notre Seigneur au matin de Pâques, sera définitivement enchaîné en enfer avec les anges rebelles et les damnés. Mais jusqu'à cette heure le diable veut gagner à lui le plus d'âmes, et pour cela il utilise son intelligence redoutable, inspirant cette impiété dont le Cardinal L. Billot nous rappelle les caractères:
" Ce n'est qu'au dix-huitième siècle que l'impiété se développe jusqu'à atteindre une puissance véritable et redoutable. C'est alors seulement que se révèle le vrai caractère d'impiété propre à notre temps, la fureur de l'impiété et, s'il est permis de le dire, la pure quintessence de l'impiété. Ce n'est plus la froide indifférence du scepticisme; ce n'est plus l'imperturbable ironie de l'incrédule devant nos erreurs anodines; c'est une haine inexpiable, une colère enflammée, une rage débordante. Les impies poursuivent la religion comme leur ennemi capital; et ceux qui se donnent le nom de philosophes passent de la haine du christianisme à la haine de son divin auteur. En effet, par une sorte de perversité qui semblerait dépasser la nature humaine, ils nourrissent envers la personne même de Jésus-Christ les sentiments que l'on peut avoir pour un ennemi personnel vivant. Alors aussi, concluant une conspiration et unissant leurs forces, ils jurent d'exterminer du monde l'infâme (Voltaire); ils jurent de l'effacer de la terre au point que l'on ne garde aucun souvenir de lui.
" Ensuite, ils s'insurgent directement contre Dieu en disant: Retire-toi de nous, nous ne désirons pas connaître tes voies, et qu'est-ce que le Tout-Puissant pour que nous le servions? (Jb 21, 14-15). Mais ici, il faut considérer quelle était depuis longtemps la situation en Europe. La religion avait en effet pénétré tout le corps social de la plante des pieds au sommet de la tête. Puisque toute notre civilisation devait son origine au christianisme, et que partout les ministres de la religion occupaient dans l'état politique une place très en vue et très grande, il résultait de là que partout les institutions civiles et religieuses se compénétraient étonnamment. Car on aurait pu dire en vérité de plus ou moins tous les États d'Europe ce qu'un historien anglais a dit du royaume de France: Ce royaume a été construit par les évêques comme la ruche est construite par les abeilles. Ici se dévoile donc le motif pour lequel la rage antireligieuse a entraîné chez les impies promoteurs de la Révolution, par voie de conséquence nécessaire, la haine des institutions sociales, car elles étaient telles que leur principe religieux ne pouvait absolument pas en être séparé. L'édifice ancien, à la construction duquel la nature et la religion, unies par un pacte d'amitié, avaient collaboré, en est venu à déplaire souverainement. Les impies ont donc décrété qu'il fallait le raser, le détruire de fond en comble, pour donner lieu à un nouvel ordre social et politique qui se prêtât à leur premier et principal but de détruire toute religion.
" L’établissement de ce nouvel ordre social a eu pour prétexte la liberté; pour code le contrat social; pour moyen la démagogie; mais pour fin dernière l'établissement d'un État athée et colossal, arbitre suprême de tous les droits, dictateur tout-puissant de ce qui est licite ou illicite, permis ou interdit, sous lequel le nom infâme de Dieu et son culte fussent abolis à jamais. C'est sur ce point de mire qu'ils alignent tout, que se règle tout le reste comme moyens de l'atteindre: à cela doit servir la destruction de la famille, à cela la destruction des corporations, à cela la destruction des libertés tant municipales que provinciales, à savoir qu'il ne subsiste à la fin qu'une seule puissance, celle de l'État impie, sans l'ordre duquel nul ne puisse remuer la main ni le pied sur la face de la terre. Le but poursuivi, c'est cela et non la liberté civile. La liberté est le prétexte, la liberté est l'idole palpable pour séduire les peuples: une idole qui a des mains et ne peut tâter, qui a des pieds et ne peut marcher (Ps.1 13), une divinité sans âme au service de laquelle Satan se prépare à réduire les peuples à une servitude bien pire que celle où il tenait le monde antique par les idoles matérielles du paganisme.
Ce qui est en cause n'est autre que la religion. Nous voulons, disent-ils, organiser une humanité qui puisse se passer de Dieu (Jules Ferry). Et encore: Depuis la Révolution nous sommes en révolte contre l'autorité divine et humaine, avec qui nous avons d'un seul coup réglé un terrible compte le 21 janvier 1793 (Clémenceau)
Le 21 janvier 1793 meurt le Roi Très Chrétien Louis XVI. Cette mort du Roi inspire au Pape Pie VI ces paroles à l'heure où l'impiété semble triompher par la mort de celui qui, Roi par la grâce de Dieu, représente "le Christ qui est Roi des Francs" (sainte Jeanne d'Arc).