|
Pensée du Jour 5 mars 2009 Je vous dirai un exemple de ceci [l’humilité], mais familièrement, car c'est ainsi que je veux traiter avec vous autres. Il est de saint Pacôme (Surius, ad diem 14 Maii), cet illustre Père des Religieux, duquel je vous ai souvent parlé. Il se promenait un jour avec quelques uns de ces bons Pères du désert, s'entretenant de devis pieux et dévots ; car voyez-vous, ces grands Saints ne parlaient jamais de choses vaines et inutiles, tous leurs discours étaient de choses bonnes. Donc, pendant cette conférence un des Religieux qui avait fait deux nattes en un jour, vint les étendre au soleil en la présence de tous ces Pères. Ceux-ci le virent bien, mais pas un ne pensa pourquoi il faisait cela, car ils n'allaient point picotant sur les actions des autres ; ils crurent donc que leur Frère faisait cela tout simplement ; aussi n'en tirèrent-ils aucune conséquence. Ils ne censuraient point les actions d'autrui, ils n'étaient pas comme ceux qui vont toujours épluchant les faits du prochain, faisant sur tout ce qu'ils voient des livres, des commentaires et des interprétations. Ces bons Religieux ne pensèrent donc rien de celui qui étendait ainsi ses deux nattes ; mais saint Pacôme, qui était son Supérieur et à qui seul il appartenait d'examiner le mouvement qui le poussait, entra un peu en considération sur cette action ; et comme Dieu donne toujours sa lumière à ceux qui le servent, il lui fit connaître que ce Frère était conduit par un esprit de vanité et de complaisance pour ses deux nattes, et qu'il avait fait cela afin que lui et tous les autres Pères vissent qu'il avait bien travaillé ce jour-là. Voyez-vous, ces anciens Religieux gagnaient leur vie du travail de leurs mains, ils s'employaient non point à ce qu'ils voulaient ou aimaient, mais oui bien à ce qu'on leur ordonnait ; ils exerçaient leur corps par le travail manuel, et l'esprit par la prière et oraison, joignant ainsi l'action avec la contemplation. Or, leur occupation plus ordinaire était de tresser des nattes et chacun en devait faire une par jour ; le Frère dont nous parlons en avant fait deux pensait pour cela être plus vaillant que les autres, c'est pourquoi il les vint étendre au soleil devant tous à ce qu'on le connut. Mais saint Pacôme, qui avait l'Esprit de Dieu, les lui fit jeter au feu et demander à tous les Religieux de prier pour celui qui avait travaillé pour l'enfer ; puis il le fit mettre cinq mois en prison pour pénitence de sa faute, afin de servir d'exemple aux autres et leur apprendre à faire leurs œuvres avec humilité.
Saint François de Sales, _____________________
|