Pensée  du Jour

26 février 2009

 

             Et non seulement il faut faire jeûner les sens du corps, mais aussi les puissances et passions de l'âme, oui même l'entendement, la mémoire et la volonté, d'autant que l'homme a péché par le corps et par l'esprit.

            Combien de péchés sont entrés en l'âme par :

- les yeux, que la Sainte Ecriture (I Joan., II, 16) marque pour la concupiscence de la vue ? C'est pourquoi il les faut faire jeûner, les portant bas et ne leur permettant pas de regarder des objets frivoles et illicites ;

- les oreilles, les privant d'entendre les discours vains qui ne servent qu'à remplir l'esprit d'images mondaines ;

- la langue, en ne disant point des paroles oiseuses et qui ressentent le monde ou les choses d'iceluy. On doit aussi retrancher les discours inutiles de l'entendement, ainsi que les vaines représentations de notre mémoire, les appétits et désirs superflus de notre volonté, en somme lui tenir la bride afin qu'elle n'aime ni ne tende qu'au souverain Bien ; et par ce moyen nous accompagnerons le jeûne extérieur de l'intérieur.

C'est ce que nous veut signifier l'Eglise en ce saint temps de Carême, nous enseignant à faire jeûner nos yeux, nos oreilles et notre langue : pour cela elle quitte tous ses chants harmonieux afin de mortifier l'ouïe ; elle ne dit plus d'alléluia et se revêt toute de couleur sombre et obscure. Et en ce premier jour elle nous adresse ces paroles : « Souviens-toi, ô homme, que tu es cendres et que tu retourneras en cendre. » (Gen. III, 19) comme si elle nous voulait dire : O homme, quitte à cette heure toutes les joies et liesses, toutes les considérations joyeuses et plaisantes, et remplis ta mémoire de pensées amères, âpres et douloureuses, faisant par telles cogitations jeûner l'esprit avec le corps (Cf. tom.VIII huj.edit, pp.78-79).

Saint François de Sales,
Sermon pour le Mercredi des Cendres (9 février 1622).

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