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La Pensée du Jour
9
mars 2007
Vendredi de
la Deuxième semaine de Carême
« Ce ne sont plus ici les ombres et les figures de l’antique alliance,
qui ne nous montraient notre Rédempteur que dans le lointain et sous des
traits empruntés ; nous sommes en face de la réalité même. Encore un peu
de temps, et la victime trois fois sainte aura succombé sous les coups
de ses envieux. Qu’elle est terrible et solennelle la parole de Jésus
dans ces dernières heures ! Ses ennemis en sentent tout le poids ; mais,
dans leur orgueil, ils veulent lutter jusqu’à la fin contre celui qui
est la Sagesse du Père, s’obstinant à ne pas reconnaître en lui cette
Pierre redoutable qui brise celui qui la heurte, et qui écrase celui sur
lequel elle tombe. Cette Vigne, c’est la Vérité révélée, la règle de la
foi et des mœurs, l’attente du Messie Rédempteur, l’ensemble des moyens
du salut ; c’est aussi la famille des enfants de Dieu, son héritage, son
Eglise. Dieu avait choisi la Synagogue pour être dépositaire d’un tel
trésor ; il voulait que sa vigne fût gardée fidèlement, qu’elle
fructifiât entre les mains des vignerons, qu’ils la reconnussent
toujours pour son bien à lui, l’objet de ses complaisances. Mais dans
son cœur sec et avare, la Synagogue a voulu s’approprier la Vigne du
Seigneur. En vain a-t-il envoyé à diverses reprises ses Prophètes pour
revendiquer ses droits : les vignerons infidèles les ont fait périr. Le
Fils de Dieu, l’héritier, vient lui-même en personne. Le recevront-ils
du moins avec honneur et déférence ? rendront-ils hommage à son divin
caractère ? Non ; ils ont formé l’affreux projet de le tuer, et, après
l’avoir expulsé comme un étranger sacrilège, ils le mettront à mort.
Accourez donc, ô Gentils ! venez exercer la vengeance du Père ; ne
laissez pas pierre sur pierre dans cette ville coupable qui a crié : «
Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » Mais vous ne serez
pas seulement les ministres de la justice céleste ; vous êtes devenus
l’objet de la prédilection du Seigneur. La réprobation de ce peuple
ingrat vous ouvre les portes du salut. Soyez désormais les gardiens de
la vigne jusqu’à la fin des siècles ; nourrissez-vous de ses fruits ;
ils sont à vous. De l’Orient à l’Occident, du Midi à l’Aquilon, venez à
la grande Pâque qui se prépare ; il y a place pour vous tous. Descendez
dans la piscine du salut, peuple nouveau formé de tous les peuples qui
sont sous le ciel. Soyez la joie de L’Eglise votre Mère, qui ne cesse
d’enfanter, jusqu’à ce que le nombre des élus étant rempli, son Époux
descende comme un juge formidable pour condamner « ceux qui n’auront pas
connu le temps de sa visite (Luc. XIX, 44.) ».
Dom Guéranger,
L’Année Liturgique.
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