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La Pensée du Jour
8
mars 2007
Jeudi de
la Deuxième semaine de Carême
« Nous voyons dans le récit de l’Evangile de ce jour (Luc. Chap. XVI.),
la sanction des lois divines, le châtiment du péché ; combien le
Seigneur nous y apparaît redoutable ! et « qu’il est terrible de tomber
entre les mains du Dieu vivant! » Un homme est aujourd’hui dans le
repos, dans les jouissances, dans la sécurité ; l’inévitable mort vient
fondre sur lui, et le voilà enseveli tout vivant dans l’enfer. Haletant
au milieu des flammes éternelles, il implore une goutte d’eau, et cette
goutte d’eau lui est refusée. D’autres hommes, ses semblables, qu’il a
vus de ses yeux, il y a peu d’heures, sont dans un autre séjour, dans le
séjour d’une félicité éternelle, et un immense abîme le sépare d’eux
pour jamais. Sort effroyable! désespoir sans fin! Et des hommes, sur la
terre, vivent et meurent souvent sans avoir un seul jour sondé cet
abîme, même de leur simple pensée ! Heureux donc ceux qui craignent !
Car cette crainte peut les aider à soulever le poids qui les
entraînerait dans le gouffre sans fond. Quelles épaisses ténèbres le
péché a répandues dans l’âme de l’homme ! Des gens sages, prudents, qui
ne commettront jamais une faute dans la gestion de leurs affaires de ce
monde, sont insensés, stupides, quand il s’agit de l’éternité. Quel
affreux réveil ! et le malheur est sans remède. Afin de rendre la leçon
plus efficace, le Sauveur ne nous a pas raconté la réprobation d’un de
ces grands scélérats dont les crimes font horreur, et que les mondains
eux-mêmes regardent comme la proie de l’enfer ; il nous représente un de
ces hommes tranquilles, d’un commerce aimable, faisant honneur à leur
position. Ici, point de forfaits, point d’atrocités ; le Sauveur nous
dit simplement qu’il était vêtu avec luxe, qu’il faisait tous les jours
bonne chère. Il y avait bien un pauvre mendiant à sa porte ; mais il ne
le maltraitait pas ; il eût pu le chasser plus loin ; il le souffrait
sans insulter à sa misère. Pourquoi donc ce riche sera-t-il dévoré
éternellement par les ardeurs de ce feu que Dieu a allumé dans sa colère
? C’est parce que l’homme qui vit dans le luxe et la bonne chère, s’il
ne tremble pas à la pensée de l’éternité, s’il ne comprend pas qu’il
doit « user de ce monde comme n’en usant pas (I Cor. VII, 31.) », s’il
est étranger à la croix de Jésus-Christ, est déjà vaincu par la triple
concupiscence. L’orgueil, l’avarice, la luxure, se disputent son cœur,
et finissent par y dominer d’autant plus qu’il ne songe pas même à rien
faire pour les abattre. Cet homme ne lutte pas : c’est qu’il est vaincu
; et la mort s’est établie dans son âme. Il ne maltraite pas le pauvre ;
mais il se souviendra trop tard que le pauvre est plus que lui, et qu’il
fallait l’honorer et le soulager. Ses chiens ont eu plus d’humanité que
lui ; et voilà pourquoi Dieu l’a laissé s’endormir jusqu’au bord de
l’abîme où il doit tomber. Dira-t-il qu’il n’a pas été averti ? Il avait
Moïse et les Prophètes ; plus que cela, il avait Jésus et son Eglise. Il
a en ce moment la sainte Quarantaine qui a été annoncée pour lui ; mais
se donne-t-il la peine de savoir même ce que c’est que ce temps de grâce
et de pardon ? Il l’aura traversé sans s’en être douté ; mais il aura en
même temps fait un pas de plus vers l’éternel malheur. »
Dom Guéranger,
L’Année Liturgique.
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