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La Pensée du Jour
7
avril 2007
Samedi
Saint.
« Voici maintenant que s’accomplit pour nous en réalité ce qui arriva en
figure à nos pères. Déjà resplendit la colonne de feu qui guida, durant
la nuit sacrée, le peuple du Seigneur vers les eaux dans lesquelles il
devait trouver son salut ; vers ces eaux qui engloutissent le
persécuteur, et du sein desquelles le peuple du Christ remonte délivré.
Conçu de nouveau dans l’eau fécondée parle Saint-Esprit, le fils d’Adam,
né pour la mort, renaît à la vie par le Christ. Hâtons-nous donc de
rompre notre jeûne solennel ; car le Christ notre Pâque a été immolé.
Non seulement nous sommes conviés au festin du corps de l’Agneau, mais
nous devons encore nous enivrer de son sang. Ce breuvage n’est point
imputé à crime pour ceux qui le boivent, mais il est en eux le principe
du salut. Nourrissons-nous aussi de celui qui est l’Azyme ; car l’homme
ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole de Dieu. Le Christ
est le pain descendu du ciel, bien supérieur à celui qui pleuvait du
ciel dans la manne, et dont Israël fit son festin pour mourir ensuite.
Celui dont ce corps sacré est l’aliment devient possesseur de
l’éternelle vie. Les choses anciennes ont disparu, tout est devenu
nouveau : le couteau de la circoncision mosaïque est émoussé, et le rude
tranchant de la pierre employée par Josué est hors d’usage.
C’est au front et non en secret, que le peuple du Christ reçoit sa
marque glorieuse ; c’est par un bain et non par une blessure, par le
Chrême et non par le sang.
Il convient donc, en cette nuit de la résurrection de notre Seigneur et
Sauveur, d’allumer un flambeau dont la blancheur flatte les regards,
dont le parfum réjouisse l’odorat, dont l’éclat illumine, dont la
matière ne cause pas de dégoût, dont la flamme n’exhale pas une noire
fumée. Quoi, en effet, de plus convenable, de plus joyeux, que de
célébrer les veilles de la nuit en l’honneur de celui qui est la fleur
de Jessé, avec des torches dont la matière est empruntée aux fleurs? La
Sagesse a chanté, parlant d’elle-même : Je suis la fleur des champs et
le lis des vallons. La cire n’est point une sueur arrachée au pin par le
feu; elle n’est point une larme enlevée au cèdre par les coups répétés
de la hache ; sa source est mystérieuse et virginale; et si elle éprouve
une transformation, c’est en prenant la blancheur de la neige. Devenue
liquide par la fusion, sa surface est unie comme le papyrus; pareille à
l’âme innocente, aucune division ne vient la briser, et sa substance,
toujours pure, descend en ruisseaux pour devenir l’aliment de la flamme.
Il convient que l’Eglise attende l’arrivée de son Epoux à la lueur de si
doux flambeaux, et qu’elle reconnaisse par ses démonstrations le don si
abondant de sainteté qu’elle en a reçu. Il convient que les ténèbres
n’aient aucune part dans une si sainte veille, et que cette Vierge sage
prépare son flambeau, pour préluder a l’éternelle lumière ; de peur que
si nous avions encore à verser l’huile dans nos lampes, nous ne fussions
tardifs dans nos hommages. à l’avènement du Seigneur qui doit arriver en
un clin d’œil, et semblable à l’éclair. »
Dom Guéranger,
L’Année Liturgique.
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