|

La Pensée du Jour
31
mars 2007
Samedi
de la semaine de la Passion.
« Les ennemis du Sauveur sont arrivés à ce degré de fureur qui fait
perdre le sens. Lazare ressuscite est devant leurs yeux ; et au lieu de
reconnaître en lui la preuve incontestable de la mission divine de
Jésus, et de se rendre enfin à l’évidence, ils songent à faire périr ce
témoin irrécusable, comme si Jésus, qui l’a ressuscité une fois, ne
pouvait pas de nouveau lui rendre la vie. La réception triomphale que le
peuple fait au Sauveur dans Jérusalem, et dont la commémoration fera
l’objet de la solennité de demain, vient encore accroître leur dépit et
leur haine. « Nous n’y gagnons rien, disent-ils ; tout le monde va après
lui. » Hélas ! cette ovation d’un moment sera promptement suivie d’un de
ces retours auxquels le peuple n’est que trop sujet. En attendant, voici
jusqu’à des Gentils qui se présentent pour voir Jésus. C’est l’annonce
du prochain accomplissement de la prophétie du Sauveur : « Le royaume
des cieux vous sera enlevé, pour être donné à un peuple qui en produira
les fruits (MATTH. XXI. 43.) ». C’est alors que « le Fils de l’homme
sera glorifié », que toutes les nations protesteront par leur humble
hommage au Crucifié, contre l’affreux aveuglement des Juifs. Mais
auparavant il faut que le divin « Froment soit jeté en terre, qu’il y
meure » ; puis viendra le temps de la récolte, et l’humble grain rendra
cent pour un.
Jésus cependant éprouve dans son humanité un moment de trouble à la
pensée de cette mort. Ce n’est pas encore l’agonie du jardin ; mais un
frisson l’a saisi. Ecoutons ce cri : « Père ! sauvez-moi de cette heure.
» Chrétiens, c’est notre Dieu qui s’émeut de crainte, en prévoyant ce
qu’il aura bientôt à souffrir pour nous. Il demande d’échapper à cette
destinée qu’il a prévue, qu’il a voulue. « Mais, ajoute-t-il, c’est pour
cela que je suis venu ; ô Père, glorifiez votre nom. » Son cœur est
calme maintenant ; il accepte de nouveau les dures conditions de notre
salut. Entendez aussi cette parole de triomphe. Par la vertu du
sacrifice qui va s’offrir, Satan sera détrôné ; « ce prince du monde va
être jeté dehors. » Mais la défaite de Satan n’est pas l’unique fruit de
l’immolation de notre Sauveur ; l’homme, cet être terrestre et dépravé,
va quitter la terre et s’élever jusqu’au ciel. Le Fils de Dieu, comme un
aimant céleste, l’attirera désormais à soi. « Quand je serai élevé de
terre, dit-il, quand je serai attaché à ma croix, j’attirerai tout à
moi. » Il ne pense plus à ses souffrances, à cette mort terrible qui
tout à l’heure l’effrayait ; il ne voit plus que la ruine de notre
implacable ennemi, que notre salut et notre glorification par sa croix.
Nous avons dans ces paroles le cœur tout entier de notre Rédempteur ; si
nous les méditons, elles suffisent à elles seules pour disposer nos âmes
à goûter les mystères ineffables dont est remplie la grande Semaine qui
s’ouvre demain. »
Dom Guéranger,
L’Année Liturgique.
Retour Accueil
Archives
|