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La Pensée du Jour
30
mars 2007
Vendredi
de la semaine de la Passion et les Sept Douleurs de la Très Sainte
Vierge.
« La vie du Sauveur est menacée plus que jamais. Le conseil de la nation
s’est réuni pour aviser à se défaire de lui. Ecoutez ces hommes que la
plus vile des passions, la jalousie, a rassemblés. Ils ne nient pas les
miracles de Jésus ; ils sont donc en mesure de porter un jugement sur sa
mission, et ce jugement devrait être favorable. Mais ce n’est pas dans
ce but qu’ils sont venus ; c’est pour s’entendre sur les moyens de le
faire périr. Que se diront-ils à eux-mêmes ? quels sentiments
exprimeront-ils en commun pour légitimer cette résolution sanguinaire ?
Ils oseront mettre en avant la politique, l’intérêt de la nation. Si
Jésus continue de se montrer et d’opérer des prodiges, bientôt la Judée
va se lever pour le proclamer son Roi, et les Romains ne tarderont pas à
venir venger l’honneur du Capitole outragé parla plus faible des nations
qui soit dans l’Empire. Insensés, qui ne comprennent pas que si le
Messie eût dû être roi à la manière de ce monde, toutes les puissances
de la terre seraient demeurées sans force contre lui ! Que ne se
souviennent-ils plutôt de la prédiction de Daniel, qui a annoncé que
dans le cours de la soixante-dixième semaine d’années, à partir du
décret pour la réédification du temple, le Christ sera mis à mort, et le
peuple qui l’aura renié ne sera plus son peuple (Dan. IX, 25) ; qu’après
ce forfait un peuple commandé par un chef militaire viendra, et
renversera la ville et le temple ; que l’abomination de la désolation
entrera dans le sanctuaire, et que la désolation s’établira à Jérusalem,
pour y demeurer jusqu’ à la fin (Ibid. 26, 27.) ! En mettant à mort le
Messie, ils vont du même coup anéantir leur patrie.
En attendant, l’indigne pontife qui préside aux derniers jours delà
religion mosaïque s’est revêtu de l’éphod, et il a prophétisé, et sa
prophétie est selon la vérité. Ne nous en étonnons pas. Le voile du
temple n’est pas déchiré encore ; l’alliance entre Dieu et Juda n’est
pas rompue. Caïphe est un homme de sang, un lâche, un sacrilège ; mais
il est pontife. Dieu parle encore par sa bouche. Ecoutons ce nouveau
Balaam : « Jésus mourra pour la nation, et non pour la nation seulement,
mais aussi pour rassembler et réunir les enfants de Dieu qui étaient
dispersés. » Ainsi la Synagogue expirante est contrainte de prophétiser
la naissance de l’Eglise par l’effusion du sang de Jésus ! Ça et là sur
la terre il y a des enfants de Dieu qui le servent, au milieu de la
gentilité, comme le centenier Corneille ; mais aucun lien visible ne les
réunit. L’heure approche où la grande et unique Cité de Dieu va
apparaître sur la montagne, « et toutes les nations se dirigeront vers
elle (ISAI. II, 2.). » Après que le sang de l’alliance universelle aura
été répandu, après que le sépulcre aura rendu le vainqueur de la mort,
cinquante jours seront à peine écoulés, que la trompette sacrée de la
Pentecôte convoquera, non plus les Juifs au temple de Jérusalem, mais
tous les peuples à l’Eglise de Jésus-Christ. Caïphe ne se souvient plus
déjà de l’oracle qu’il a lui-même proféré ; il a fait rétablir le voile
du Saint des Saints qui s’était déchiré en deux, au moment ou Jésus
expirait sur la Croix ; mais ce voile ne cache plus qu’un réduit désert.
Le Saint des Saints n’est plus là ; « on offre maintenant en tout lieu
une hostie pure (MALACH. I, II) », et les vengeurs du déicide n’ont pas
encore apparu, avec leurs aigles, sur la montagne des Oliviers, que déjà
les sacrificateurs ont entendu retentir au fond du sanctuaire répudié
une voix qui disait : « Sortons d’ici. »
Dom Guéranger,
L’Année Liturgique.
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