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La Pensée du Jour
29
mars 2007
Jeudi de
la semaine de la Passion
« Madeleine avait mené une vie coupable ; sept démons, nous dit ailleurs
le saint Evangile, avaient fixe en elle leur demeure. Il a suffi à cette
femme de voir et d’entendre le Sauveur ; tout aussitôt la haine du pèche
la saisit, le saint amour se révèle à son cœur ; elle n’a plus qu’un
désir, celui de réparer sa vie passée. Elle a péché avec éclat : il lui
faut une rétractation éclatante de ses égarements ; elle a vécu dans le
luxe : désormais ses parfums sont tous pour son libérateur ; de sa
chevelure, dont elle était si fière, elle lui essuiera les pieds ; son
visage ne connaîtra plus les ris immodestes ; ses yeux, qui séduisaient
les âmes, sont noyés dans les larmes. Parle mouvement de l’Esprit divin
qui la possède, elle part pour revoir Jésus. Il est chez le Pharisien,
il est assis à un festin, elle va donc se donner en spectacle; que lui
importe ? elle s’élance avec son vase précieux, et dans un instant la
voilà aux pieds du Sauveur. C’est là qu’elle s’établit, là qu’elle
épanche son cœur et ses larmes. Qui pourrait décrire les sentiments qui
se pressent dans son âme ? Jésus lui-même nous les fera connaître tout à
l’heure d’un seul mot. Mais il est aisé de voir à ses pleurs combien
elle est touchée, à l’emploi de ses parfums et de ses cheveux combien
elle est reconnaissante, à sa prédilection pour les pieds de son Sauveur
combien elle est humble.
Le Pharisien se scandalise. Par un mouvement de cet orgueil judaïque qui
bientôt crucifiera le Messie, il prend de là occasion de douter de la
mission de Jésus. « S’il était prophète, pense-t-il, il saurait quelle
est cette femme. » Lui, s’il avait l’esprit de Dieu, il reconnaîtrait le
Sauveur promis à cette condescendance envers la créature repentante.
Avec sa réputation de vertu, qu’il est au-dessous de cette pauvre femme
pécheresse ! Jésus prend la peine de le lui donner à comprendre, en
faisant de sa bouche divine le parallèle de Madeleine et de Simon le
Pharisien, et dans ce parallèle l’avantage reste à Madeleine. Quelle
cause a donc ainsi transformé la pécheresse de manière à lui mériter non
seulement le pardon, mais les éloges publics de Jésus ? Son amour : «
elle a aimé son Rédempteur, elle l’a aimé beaucoup », et le pardon
qu’elle a reçu est selon la mesure de cet amour. Il y a peu d’heures,
elle n’aimait que le monde et la vie sensuelle ; le repentir a créé en
elle un être nouveau ; elle ne cherche plus, elle ne voit plus, elle
n’aime plus que Jésus. Désormais elle s’attache à ses pas, elle veut
subvenir à ses besoins, elle veut surtout le voir et l’entendre ; et, au
moment de l’épreuve, quand les Apôtres auront fui, elle sera là au pied
de la Croix, pour recevoir le dernier soupir de celui à qui son âme doit
la vie. Quel sujet d’espérance pour le pécheur ! Jésus vient de le dire
: « Celui à qui l’on remet plus, est celui-là même qui aime plus. »
Pécheurs, songez à vos péchés ; mais songez surtout à accroître votre
amour. Qu’il soit en proportion de la grâce du pardon que vous allez
recevoir, et « vos péchés vous seront remis ».
Dom Guéranger,
L’Année Liturgique.
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