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La Pensée du Jour
28
avril 2007
« Mais Jérusalem est
charnelle, et l’humble Nazaréen n’a pas flatté son orgueil. Ses prodiges
étaient éclatants, la sagesse et l’autorité de ses discours sans égales
dans le présent ni dans le passé, sa bonté, sa miséricorde supérieures
encore aux misères de l’homme : Israël n’a rien vu, n’a rien entendu,
n’a rien compris ; il ne s’est souvenu de rien. Sa destinée est, hélas !
fixée en ce moment, et c’est lui qui l’a faite. Daniel le déclara, il y
a cinq siècles : « Le peuple qui l’aura renié ne sera plus son peuple
(Dan. IX, 26). » Qu’ils se hâtent donc de recourir au divin ressuscité,
ceux qui ne veulent pas être ensevelis sous la plus affreuse ruine qui
ait jamais épouvanté le monde.
Une lourde atmosphère pèse sur la cité déicide. Ils ont crié : « Que son
sang soit sur nous et sur nos enfants ! » Ce sang est sur Jérusalem
comme un nuage de colère. Encore quarante ans, et les foudres qu’il
recèle éclateront. Ce sera le carnage, l’incendie, la destruction, et «
une désolation qui demeurera jusqu’à la fin (Ibid.). » Dans son
aveuglement, Jérusalem, qui sait que les temps sont accomplis, va
devenir un foyer de séditions. Des aventuriers se donnant tour à tour
pour le Messie agiteront la nation juive, jusqu’à ce qu’enfin Rome
s’émeuve, et envoie ses légions pour éteindre sous des flots de sang le
foyer de la révolte ; et Israël chassé de sa patrie sera errant, comme
Caïn, par toute la terre.
Oh ! que ne reconnaissent-ils Celui qu’ils ont méconnu, et qui les
attend encore ! pourquoi passent-ils sans remords près de ce tombeau
vide qui proteste contre eux ? N’ont-ils pas demandé que le sang
innocent fût versé ? Ce premier crime, fruit de leur orgueil, demande à
être rétracté, et alors le pardon descendra sur eux. Que s’ils
persistent à le soutenir, c’en est fait ; l’aveuglement est désormais
leur châtiment. Ils s’agiteront dans les ténèbres, et rouleront jusqu’au
fond de l’abîme. Les échos de Bethphagé et de la montagne des Oliviers
n’ont pas eu le temps d’oublier le cri de triomphe qu’ils répétaient il
y a peu de jours : « Hosannah au fils de David ! » Essaie, ô Israël, il
en est temps encore, de faire entendre de nouveau cette légitime
acclamation. Les heures s’écoulent ; la solennité de la Pentecôte
s’ouvrira bientôt. C’est en ce jour que la loi du fils de David doit
être promulguée, que l’abrogation de la loi désormais stérile de Moïse
doit être publiée. En ce jour, tu sentiras deux peuples dans ton sein :
l’un faible quant au nombre, mais appelé à conquérir toutes les nations
au vrai Dieu, s’inclinera avec amour et repentir devant le fils de David
crucifié et ressuscité ; l’autre, superbe et dédaigneux, n’aura que des
blasphèmes pour son Messie, et méritera par son ingratitude de servir à
jamais d’exemple à quiconque endurcit volontairement son cœur. Il nie
encore aujourd’hui la résurrection de sa victime ; mais le châtiment qui
pèse sur lui jusqu’à la fin des siècles, montre assez que le bras
vengeur que l’on y sent est un bras divin, le bras du Dieu de vérité
dont les anathèmes sont infaillibles. »
Dom Guéranger,
L’Année Liturgique.
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