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La Pensée du Jour
27
mars 2007
Mardi de
la semaine de la Passion
« Les faits racontés dans le passage du saint Evangile du jour (saint
Jean, Chap. VII) se rapportent à une époque un peu antérieure de la vie
du Sauveur ; mais l’Eglise nous les propose aujourd’hui, à cause de la
relation qu’ils ont avec ceux que nous avons lus dans le livre sacré
depuis plusieurs jours. On voit que non seulement aux approches de cette
Pâque qui devait être la dernière pour la Synagogue, mais dès le temps
de la fête des Tabernacles, qui avait lieu au mois de septembre, la
fureur des Juifs contre Jésus conspirait déjà sa mort. Le Fils de Dieu
était réduit à voyager secrètement, et pour se rendre en sûreté à
Jérusalem, il lui fallait prendre des précautions. Adorons ces
humiliations de l’Homme-Dieu, qui a daigne sanctifier tous les états,
même celui du juste persécuté et réduit à se dérober aux regards de ses
ennemis. Il lui eût été facile d’éblouir ses adversaires par des
miracles inutiles, comme ceux que désira Hérode, et de forcer ainsi leur
culte et leur admiration. Dieu ne procède point ainsi; il ne contraint
pas; il agit sous les yeux de l’homme ; mais, pour reconnaître l’action
de Dieu, il faut que l’homme se recueille et s’humilie, qu’il fasse
taire ses passions. Alors la lumière divine se manifeste à l’âme ; cette
âme a vu suffisamment; maintenant, elle croit et veut croire; son
bonheur, comme son mérite, est dans la foi ; elle est en mesure
d’attendre la manifestation radieuse de l’éternité.
La chair et le sang ne l’entendent pas ainsi; ils aiment l’éclat et le
bruit. Le Fils de Dieu venant sur la terre ne devait pas se soumettre à
un tel abaissement que de faire montre aux hommes de son pouvoir infini.
Il avait à opérer des prodiges pour appuyer sa mission; mais en lui,
devenu le Fils de l’Homme, tout ne devait pas être prodige. La plus
large part de sa carrière était réservée aux humbles devoirs de la
créature : autrement il ne nous eût pas appris par son exemple ce que
nous avions tant besoin de savoir. Ses frères (on sait que les Juifs
étendaient le nom de frères à tous les parents en ligne collatérale),
ses frères auraient voulu avoir leur part dans cette illustration
vulgaire qu’ils désiraient pour Jésus. Ils lui fournissent l’occasion de
leur dire cette forte parole que nous devons méditer en ce saint temps,
pour nous en souvenir plus tard : « Le monde ne saurait vous haïr ; mais
moi, il me hait ». Gardons-nous donc désormais de plaire au monde; son
amitié nous séparerait de Jésus-Christ. »
Dom Guéranger,
L’Année Liturgique.
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