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La Pensée du Jour
16
mars 2007
Vendredi de
la Troisième semaine de Carême
« Dans le récit de l’Evangile de ce jour, le Fils de Dieu vient en
personne continuer le ministère de Moïse en révélant à la Samaritaine,
figure de la gentilité, le mystère de l’Eau qui donne la vie éternelle
[…]. Méditons donc cette histoire, où tout nous parle de la miséricorde
du Rédempteur. Jésus est fatigué de la route qu’il a parcourue ; lui, le
Fils de Dieu, à qui le monde n’a coûté qu’une parole, il s’est lassé en
cherchant ses brebis. Le voilà réduit à s’asseoir pour reposer ses
membres harassés ; mais c’est au bord d’un puits, près d’une source
d’eau, qu’il vient prendre son repos. Une femme idolâtre est là, qui ne
connaît que l’eau matérielle ; Jésus veut lui révéler une eau bien plus
précieuse. Mais il commence par lui faire connaître la fatigue dont il
est accablé, la soif qui le presse. Donne-moi à boire, lui dit-il ;
comme il dira dans peu de jours sur la Croix : J’ai soif. C’est ainsi
que, pour arriver à concevoir la grâce du Rédempteur, il faut d’abord
l’avoir connu lui-même sous les traits de l’infirmité et de la
souffrance. Mais bientôt ce n’est plus Jésus qui demande de l’eau, c’est
lui qui en offre, et une eau qui enlève la soif pour jamais, une eau qui
rejaillit jusque dans la vie éternelle. La femme aspire à goûter cette
eau ; elle ne sait pas encore quel est celui qui lui parle, et déjà elle
ajoute foi à ses paroles. Cette idolâtre montre plus de docilité que les
Juifs ; cependant elle sait que celui qui lui parle appartient à une
nation qui la méprise. L’accueil qu’elle fait au Sauveur lui obtient de
nouvelles grâces de sa part. Il commence par l’éprouver. Va, lui dit-il,
appelle ton mari, et reviens ici. Cette malheureuse n’avait point de
mari légitime ; Jésus veut qu’elle l’avoue. Elle n’hésite pas ; et c’est
parce qu’il lui a révèle sa honte qu’elle le reconnaît pour un prophète.
Son humilité sera récompensée, et les sources d’eau vive sont pour elle.
C’est ainsi que la gentilité s’est rendue à la prédication des Apôtres ;
ils venaient révéler à ces hommes abandonnés la gravité du mal et la
sainteté de Dieu ; et, loin d’en être repoussés, ils les trouvaient
dociles, prêts à tout. La foi de Jésus-Christ avait besoin de martyrs ;
ils se rencontrèrent en foule dans ces premières générations enlevées au
paganisme et à tous ses désordres. Jésus, voyant cette simplicité dans
la Samaritaine, juge, dans sa bonté, qu’il est temps de se révéler à
elle. Il dit à cette pauvre pécheresse que le moment est venu où les
hommes adoreront Dieu par toute la terre ; que le Messie est descendu,
et que lui-même est le Messie. Telle est la divine condescendance du
Sauveur pour L’âme simple et docile : il se manifeste à elle tout
entier. Les Apôtres arrivent sur ces entrefaites ; mais ils sont trop
israélites encore pour comprendre la bonté de leur Maître envers cette
Samaritaine ; L’heure approche cependant où ils diront eux-mêmes avec le
grand Paul : « Il n’y a plus de juif ni de gentil, plus d’esclave ni
d’homme libre, plus d’homme ni de femme; mais vous êtes tous une même
chose en Jésus-Christ (Gal. III, 28). » En attendant, la femme de
Samarie, transportée d’une ardeur céleste, devient apôtre elle-même.
Elle laisse son vase sur le bord du puits ; l’eau matérielle n’a plus de
prix à ses yeux, depuis que le Sauveur lui a donné à boire de son eau
vive. Elle rentre dans la ville ; mais c’est pour y prêcher
Jésus-Christ, pour amener à ses pieds, si elle le pouvait, tous les
habitants de Samarie. Dans son humilité, elle donne pour preuve de la
grandeur de son Prophète la révélation qu’il vient de lui faire des
désordres dans lesquels elle a vécu jusqu’aujourd’hui. Ces païens
abandonnés, objet d’horreur pour les Juifs, accourent au puits où Jésus
test reste entretenant ses disciples de la moisson prochaine ; ils
vénèrent en lui le Messie, le Sauveur du monde; et Jésus daigne habiter
pendant deux jours au milieu de cette ville où régnait l’idolâtrie mêlée
à quelques débris des observances judaïques. La tradition chrétienne a
conservé le nom de cette femme, qui, après les Mages de l’Orient, compte
au nombre des prémices du nouveau peuple : elle se nommait Photine, et
répandit son sang pour celui qui s’était tait connaître à elle au bord
du puits de Jacob."
Dom Guéranger,
L’Année Liturgique.
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