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La Pensée du Jour
10
mars 2007
Samedi de
la Deuxième semaine de Carême
[Dans le récit de l’Évangile de ce jour] « Deux frères sont en présence,
et l’aîné se plaint du sort que la bonté du père a fait au plus jeune.
Celui-ci s’en est allé dans une région lointaine, il a fui loin du toit
paternel, afin de s’abandonner plus librement à ses désordres : mais
quand il s’est vu réduit à la plus extrême disette, il s’est ressouvenu
de son père, et il est venu solliciter humblement la dernière place dans
cette maison qui aurait dû être un jour la sienne. Le père a accueilli
le prodigue avec la plus vive tendresse : non seulement il lui a
pardonné, mais il lui a rendu tousses droits de fils. Il a fait plus
encore : un festin a été donné pour célébrer cet heureux retour ; et
c’est toute cette conduite du père qui excite la jalousie du frère aîné.
Mais c’est en vain qu’Israël s’indigne contre la miséricorde du Seigneur
: l’heure est venue où la plénitude des nations va être convoquée pour
entrer au bercail universel. Si loin que leurs erreurs et leurs passions
aient entraîné les Gentils, ils entendront la voix des Apôtres. Grecs et
Romains, Scythes et barbares, tous, frappant leurs poitrines, accourront
demandant à être admis en participation des faveurs d’Israël. Mais on ne
leur donnera pas seulement les miettes qui tomberont de la table, comme
le demandait la Chananéenne; ils seront admis sur le pied d’enfants
légitimes et honorés. Les plaintes envieuses d’Israël ne seront pas
reçues. S’il refuse de prendre part au banquet, la fête ne s’en
célébrera pas moins. Or, cette fête, c’est la Pâque ; ces enfants
rentrés nus et exténués dans la maison paternelle, ce sont nos
Catéchumènes, sur lesquels le Seigneur s’apprête à répandre la grâce de
l’adoption.
Mais ces enfants prodigues qui viennent se mettre à la merci de leur
père offensé, sont aussi les Pénitents publics dont l’Eglise, en ces
jours, préparait la réconciliation. Ce passage de l’Evangile a été
choisi pour eux aussi bien que pour les Catéchumènes. L’Eglise, qui
s’est relâchée de sa sévère discipline, propose aujourd’hui cette
parabole à tous les pécheurs qui se disposent à faire leur paix avec
Dieu. Ils ne connaissaient pas encore l’infinie bonté du Seigneur qu’ils
ont abandonné: qu’ils apprennent aujourd’hui combien la miséricorde
l’emporte sur la justice dans le cœur de celui qui « a aimé le monde
jusqu’à lui donner son propre Fils unique (JOHAN. III, 16.) ». Quelque
lointaine qu’ait été leur fuite, quelque profonde qu’ait été leur
ingratitude, tout est préparé, dans la maison paternelle, pour fêter
leur retour. Le père tendre qu’ils ont quitté attend à la porte, prêt à
courir au-devant d’eux pour les embrasser ; leur première robe, la robe
de l’innocence, va leur être rendue ; l’anneau que portent seuls les
enfants de la maison ornera de nouveau leur main purifiée. La table du
festin est dressée pour eux, et les Anges vont y faire entendre les
mélodies célestes. Qu’ils crient donc du fond de leur cœur : « O Père,
j’ai péché contre le Ciel et contre vous ; je ne mérite plus d’être
appelé votre fils ; traitez-moi comme l’un de vos mercenaires. » Le
regret sincère de leur égarement passé, l’humilité de l’aveu, la ferme
résolution d’être désormais fidèles : ce sont là les seules et faciles
conditions que le père exige de ses prodigues pour en faire les fils de
sa prédilection. »
Dom Guéranger,
L’Année Liturgique.
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