La Pensée du Jour

Vendredi 6 septembre 2002

Saint Germain

"Un jour devait venir où l'on s'apercevrait qu'il était bien nuit. Mais l'on s'en féliciterait avec l'exaspération d'un orgueil insensé, et l'on se ferait applaudir de s'en féliciter : " Nous nous sommes attachés à une œuvre d'anticléricalisme, à une œuvre d'irréligion. Ensemble, et d'un geste magnifique, nous avons éteint dans le ciel des lumières qu'on ne rallumera pas. " Un geste magnifique, le geste d'éteindre des lumières ! Il faut lire Péguy là-dessus, il faut le rire vengeur de Péguy sur cette découverte inconcevablement bouffonne et en même temps inconcevablement tragique, affichée aux murs de toutes les mairies. Pauvre Viviani, châtiment posthume de Condorcet, fils dénudant, lui aussi avec une sorte d'effroyable innocence, la turpitude de son père, lui aussi terriblement châtié par la nuit descendue sur sa raison imbécile, lui aussi destiné à l'être plus cruellement par quelque avorton de sa postérité, qui, s'avisant que c'est peu d'avoir célébré l'extinction des étoiles, décrétera des autels aux ténèbres, et la mort pour les sacrilèges qui n'y feront pas à tâtons l'holocauste de leurs yeux arrachés.
Mais pourquoi parlons-nous au futur ? Nous y sommes, ou nous y touchons, à cet " âge positif " annoncé par Auguste Comte, autre prophète, et qui ne joint pas mal Condorcet à Viviani. On ne peut pas demander aux expérimentateurs d'opérer toujours sur des grenouilles, et il faut qu'ils en viennent enfin à la décérébration de l'humanité. La besogne est bien avancée, et toutes les chances moins une sont pour qu'elle soit conduite à heureuse fin. De son propre poids, la science descend, si elle n'est tirée en haut par la sagesse. L'homme a en lui la science, mais la sagesse ne fleurit que sur les lèvres de l'Eglise. Dans l'Eglise est l'unique chance contraire à l'affreux destin où la science privée des ailes de la sagesse précipite l'homme d'un mouvement affolé. L'homme sera théologien ou batracien, et batracien de laboratoire, amputé du cerveau."

                                  Abbé V.-A. Berto,

                                  Pour la Sainte Eglise Romaine.