Vendredi 13 décembre 2002

Sainte Lucie

"Comme remarque très bien le grave Tertullien, « il est bienséant à la nature divine, qui ne connaît en soi-même aucune différence de temps, de tenir pour fait tout ce qu'elle ordonne ; à cause que, chez elle, l'éternité fait régner une consistance toujours uniforme : Divinitati competit, quaecumque decreverit, ut perfecta reputare ; quia non sit apud illam differentia temporis, apud quam uniformem statum temporum dirigit aeternitas ipsa  » (Adversus Marcionem, l. III, c. 5 : P.L., 2, 326.) .

De cette belle doctrine de Tertullien je tire ce raisonnement. Marie était mère de Dieu, dès le premier instant auquel elle fut animée. Elle l'était selon les desseins de Dieu, selon les règles de sa providence, selon les lois de cette éternité immuable à laquelle rien n'est nouveau, qui enferme dans son unité toutes les différences des temps. Le beau passage de Tertullien explique bien cette vérité.

Or, c'est selon ces règles que le Fils de Dieu doit agir, et non selon les règles humaines ; selon les lois de l'éternité, non selon les lois des temps. Quand il s'agit du Fils de Dieu, ne me parlez point des règles humaines ; parlez-moi des règles de Dieu.

Marie étant donc sa mère selon l'ordre des choses divines, le Fils de Dieu, dès sa conception, la considérait comme telle. Elle l'était en effet à son égard.

Par conséquent le Fils de Dieu, longtemps avant que d'être homme, aimait Marie comme sa mère. Il se plaisait dans cette affection ; il ne cessait de veiller sur elle ; il l'embellissait de ses dons, il la comblait de ses grâces, depuis le premier instant où elle commença le cours de sa vie, jusqu'au dernier soupir par lequel elle fut terminée."

                                        Bossuet,
                                        Sermon pour la fête de la Conception de la Sainte Vierge : décembre 1652.