Jeudi 12 décembre 2002

Saint Corentin

 

"C'est une sainte et salutaire pensée de méditer continuellement en nous-mêmes, dans l'effusion de nos cœurs, la tendre affection de notre Sauveur pour les hommes, en ce qu'il n'a rien dédaigné de ce qui était de notre nature. Il a tout pris jusqu'aux moindres choses, tout jusqu'aux plus grandes infirmités. Il a bien voulu avoir faim et soif tout ainsi que les autres hommes ; et si vous exceptez le péché, il n'a rejeté de lui aucune de nos faiblesses (Hebr. IV, 15). C'est ce qu'il est venu chercher sur la terre ; et au lieu de nos infirmités qu'il a prises, il nous a communiqué ses grandeurs. Et n'est-ce point pour cette raison que l'Église inspirée de Dieu appelle l'Incarnation un commerce ? En effet, dit saint Augustin (Enar. II in Ps. XXX, n.3 ; Enar. in Ps. CXLVIII, n. 8.), c'est un commerce admirable, où Jésus, ce céleste négociateur, étant venu du ciel en la terre, […/…]qu'a-t-il fait ? ha ! il nous a apporté les biens qui sont propres à cette céleste patrie, qui est son naturel héritage, la grâce, la gloire, l'immortalité ; et il a pris les choses que cette misérable terre produit, la faiblesse, la misère, la corruption. O commerce de charité ! ô riche commerce ! Ha ! combien il devrait élever nos âmes à l'espérance des biens éternels ! Jésus s'est plu dans mon néant, et je ne veux point me plaire dans sa grandeur […/…], et mon cœur aime mieux courir après les délices qui passent et des biens que la mort enlève !"

                               Bossuet,
                              Sermon pour la fête de l'Annonciation, 1662, Exorde.